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15/12/2015

L'implicite « bombardement idéologique télévisé » (2/2)

PPP-696x393.jpgNotre cher Pier Paolo Pasolini écrit, quant à lui, dans ses Écrits corsaires il y a quarante-cinq ans : « Le bombardement idéologique télévisé n'est pas explicite : il est tout entier dans les choses, tout indirect. Mais jamais un « modèle de vie » n'a vu sa propagande faite avec autant d'efficacité qu'à travers la télévision. Le type d'homme ou de femme qui compte, qui est moderne, qu'il faut imiter et réaliser, n'est pas décrit ou analysé : il est représenté ! Le langage de la télévision est par nature le langage physico-mimique, le langage du comportement ; qui est donc entièrement miné, sans médiation, dans la réalité, par le langage physico-mimique et par celui du comportement : les héros de la propagande télévisée – jeunes gens sur des motos, jeunes filles à dentifrices – prolifèrent en millions de héros analogues dans la réalité. C'est justement parce qu'elle est purement pragmatique que la propagande télévisée représente le moment d'indifférentisme de la nouvelle idéologie hédoniste de la consommation et qu'elle est donc très efficace. » Nous pouvons, en passant, comparer les consommateurs hédonistes aux libéraux libertaires dès lors que le permissif libertaire devient un excellent faire-valoir du consumérisme donc du néolibéralisme marchand.
D’ailleurs, les propos suivants de Pasolini, concernant son pays l’Italie, peuvent nous éclairer sur les « révolutions » se rapportant aux émeutes françaises de 1968 et même, pour prendre un autre exemple francophone, à la Révolution tranquille québécoise (années 1960). Notre auteur et réalisateur né à Bologne distingue alors deux révolutions imbriquées, ayant « pris place à l'intérieur de l'organisation bourgeoise », à savoir :
– « la révolution des infrastructures ». Ainsi : « Les routes, la motorisation, ont désormais uni les banlieues au centre [du pays], en abolissant toute distance matérielle ; »
– « la révolution des mass media » (donc des médias de grande audience) « plus radicale et décisive » que la précédente dont pourtant elle dépend. Car la première a renforcé le centre du pays. Par la deuxième ensuite, le centre s’est « assimilé tout le pays ».
Par cette double révolution débouchant sur une concentration nationale des pouvoirs économiques, médiatiques et politiques, « une grande œuvre de normalisation parfaitement authentique et réelle est commencée et elle a imposé […] des modèles voulus par la nouvelle classe industrielle, qui ne se contente plus d’un « homme qui consomme » mais qui prétend par surcroît que d’autres idéologies que celle de la consommation sont inadmissibles ».
D’où ma défense d’un confédéralisme réel, ou fédéralisme décentralisateur, remettant en cause les précédents phénomènes de concentration et de standardisation culturelle au profit des démocraties et coutumes locales, plus globalement de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Une dernière remarque, ceci dit, concernant la télévision. Il ne s’agit pas non plus de noircir le tableau concernant son existence. Même s’il est bien rare que je regarde la télé, je sais qu’il existe des chaînes thématiques intéressantes, comme sur l’histoire ou la géographie.
Quant à la modernisation de la télé au sens technique, je visionnais, l’autre jour, sur le site internet de l’Institut national des archives, une vidéo sur l’activité du Mastrou, nom du train assurant des voyages historiques ardéchois situé sur la ligne Tournon-Lamastre. Ce train existe toujours mais la vidéo en question datait, en l’occurrence, des années 1960 et était en noir et blanc. Certes, je ne peux naturellement être nostalgique de cette bichromie puisque je suis d’une génération ayant directement connu la télé en couleur (même si, jusqu’à mes dix ans, l’un des deux téléviseurs de mes parents était en noir et blanc) ; mais, tandis que cette vidéo montre des plans des paysages de la nature ardéchoise, je me suis fait tout simplement remarquer que la couleur permettait quand même de mieux apprécier ces derniers.
Au passage, ce genre de site internet est intéressant dans la mesure où il permet de revisiter le passé, par des archives télé et radio. Comme quoi, nous pouvons nous servir de la modernité technique (en l’occurrence, Internet) pour de belles raisons ; en l’occurrence, pour découvrir l’histoire. Louison Chimel, Les Cahiers d'un Anarchiste conservateur

10/12/2015

L'implicite « bombardement idéologique télévisé » (1/2)

cerveau.jpgNous pouvons être indirectement concernés par une forme de maltraitance. Mais « indirectement » sous-entend que nous n’en sommes pas conscients, tels les individus enchaînés dans la caverne de Platon. D’où le mythe philosophique de la caverne auquel je consacre une partie dans L’Anarque.
Par rapport au mot « canal », le mot « chaîne », employé pour parler de chaîne de télé, est plus intéressant. Car, par définition, une chaîne peut nous enchaîner…
Étant donnée la place très importante qu’occupe la télévision dans le quotidien des individus issus des classes populaires des pays riches (neuf ans en moyenne sur toute une vie pour un individu), il va de soi que, selon les pouvoirs économiques et politiques arrosant les médias principaux, elle ne doit pas être un instrument de prise de conscience des abus de pouvoir.
À partir de là, la télé – qui est, pour Pier Paolo Pasolini, « autoritaire et répressive comme jamais aucun moyen d’information au monde ne l’a été » (Écrits corsaires) – doit seulement divertir le quidam – restant ignare et non averti –, et le divertissement doit être conçu d’abord par nos élites ploutocratiques puis par les peuples qu’ils manipulent – en nette opposition à toute forme d’intelligence puisque icelle est matière à faire éclore le sens critique. En outre, la télévision – par la place croissante qu’y occupe la publicité – est un moyen majeur d’asservissement des peuples à la pratique de la consommation.
Plus la télévision occupe l’individu, plus elle doit donc proposer des programmes intellectuellement et moralement neutres – voire tout simplement vides – entrecoupés d’écrans publicitaires se répétant en grande quantité (multiplication par 70 de la présence de ces derniers depuis 1970).
Pier Paolo Pasolini écrit, dans ses Écrits corsaires – sortis en 1976 ! –, qu’il ne peut « plus fixer » son « regard, plus de quelques instants, sur un écran de télévision ». « C’est physique », ajoute-t-il, ceci lui « donne la nausée ». Quarante ans après ces écrits – le monde de la télé ayant bien évolué depuis encore, d’où l’exemple de la téléréalité que je prends ici –, j’avoue que, sans faire du zèle, mon ressenti est similaire à celui de l’auteur italien. Plus exactement, je me situe toujours entre stupéfaction et profond agacement lorsqu’il m’arrive de croiser du regard un écran diffusant une émission de téléréalité. Pourquoi ? Déjà, il est logique que cela ne soit pas rigoureusement de la téléréalité dans le sens où ce genre de programme est largement scénarisé. Je ne suis pas pour qu’on montre n’importe quel segment de
la réalité quotidienne mais seulement ceux qui informent honnêtement et interpellent éthiquement, afin de développer la conscience critique et morale ainsi que la volonté d’engagement social.
Un programme de type fiction (film, feuilleton, série) peut exposer, avec une certaine efficacité esthétique, les vices et les vertus de l’être humain. Il existe bien des œuvres cinématographiques poignantes. En tant que fiction, l’émission de téléréalité, pour sa part, ne reflète aucune esthétique authentique de la réalité (bon sens populaire, décence ordinaire). Car ce qui est généralement mis en scène (ceci peut varier légèrement selon le thème de l’émission) est « la jetabilité, l'interchangeabilité et l'exclusion » ainsi que l'inutilité de « s'allier pour vaincre » puisque l'autre reste « un adversaire à éliminer », expressions du sociologue Zygmunt Bauman tirées de son livre La vie liquide dans lequel il avance, et oppose, deux concepts :
– la société liquide, soulignant le phénomène moderne des relations humaines sans lendemain. L’impermanence sociale en question concerne la vie aussi bien personnelle que professionnelle (précarité de l’emploi, vie sentimentale fluctuante) et résulte d’une anthropologie de l’être devenu avant tout un consommateur qui, une fois qu’il a obtenu ce qu’il désirait, peut « jeter » et passer à autre « chose », c’est-à-dire à un autre objet (un bien) ou un autre sujet (une personne), sans distinguer le caractère humain de l’attachement relatif au second cas ;
– la société solide, retrouvable avant certaines mutations du système capitaliste aux conséquences ultralibérales déshumanisantes. Soit cette société de la pérennité, dans laquelle l’individu construit véritablement son avenir dépendant d’un devenir commun donc d’une réelle conscience collective qui traverse les sphères de la vie politique, professionnelle, amicale et familiale.

Aucune forme d’esthétique, même cinématographique, n’est, de toute manière, retrouvable dans ces émissions. Leurs dirigeants embauchent des personnes qui, la plupart du temps, ne connaissent rien au métier d’acteur mais doivent quand même se plier à des règles scénaristiques en étant, par exemple, isolées sur une île (éventuellement baptisée « de la tentation » pour construire le titre du programme) ou dans un grand studio aménagé pour y vivre quelques jours ou semaines. Les prestations de ces gens – se contentant d’être souvent « jeunes et beaux » pour entretenir le visionnage du téléspectateur – donnent dans de l’improvisation du grotesque – vivent les embrouilles et crêpages de chignon car l’adversaire m’a piqué mes chaussettes ou mon rouge à lèvres ! –, allant même jusqu’à simuler une situation de survie sur ladite île alors que, sur le même temps, une majorité de Terriens est réellement, elle, dans la survie.
C’est vrai que le voyeurisme, forcément retrouvable dans la capacité à suivre ce genre d’émission, amène aussi à suivre des personnes obèses dans leur quotidien, qui tentent de suivre un régime. À partir de là, vous pouvez effectivement compatir pour celles-ci. Mais vous avez aussi l’indécente possibilité de vous moquer d’elles allégrement derrière votre écran. Dans les deux cas, il est certain que vous consommez à outrance votre curiosité, vous n’anoblissez pas votre comportement ni pour vous-même ni pour les autres ; concrètement, vous êtes en train de ne rendre service à personne. Vous nourrissez les propagateurs de tentations (d’où mon précédent clin d’œil à une émission particulière) qui bannissent tout questionnement commençant par un « pourquoi ? » afin d’idéaliser celui commençant par un « pourquoi pas ? ». Or, la sagesse se situe, bien sûr, dans le premier – qui sous-entend la considération permanente de la moralité à travers un sens des limites –, pas dans le second – qui, lui, sous-entend l’éventuelle et folle capacité de tout remettre en question, quitte notamment à voir autrui comme un objet.

« Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. » (Malcolm X) C’est bien ce que les producteurs des précédents programmes demandent à leurs vedettes éphémères et sans ta-lent particulier (puisqu’il faut nous faire comprendre que n’importe qui, même un être particulièrement obscène, peut avoir son heure de gloire télévisuelle et que la télé n’est sûrement pas un monde de mérite) : réveiller et jouer des sentiments qui se rapportent plutôt aux bas instincts qu’à l’anoblissement. Si toutefois c’est bon pour faire augmenter le nombre de téléspectateurs, le monde sans mérite de la télévision saura vous faire tirer la larmichette, en exaltant sans pudeur l’atrocité de tel ou tel règlement de compte, attentat ou conflit militaire. Seul compte l’instant présent. Une quelconque volonté de prise de recul peut être médiatiquement jugée suspecte dès qu’elle risque de remettre en cause les intérêts économiques et, plus largement, la vision du monde de ceux qui arrosent justement les médias dominants et les politiciens à leurs ordres. Pour l’homme ordinaire, il ne s’agit pas d’user de réflexion mais de se soumettre, avant tout par l’émotivité, à une représentation virtuelle du monde réel, adaptée aux objectifs des dirigeants de la planète.
Bienvenue dans le monde, à vrai dire, de la compassion sponsorisée, s’étendant depuis longtemps déjà, et à tire-larigot, à ce que nous appelons la presse à scandale dont les rumeurs et ragots qu’elle propage peuvent concerner non pas seulement les coucheries des « people » mais aussi leurs problèmes de santé. Louison Chimel, Les Cahiers d'un Anarchiste conservateur

05/12/2015

Le « management de la terreur »

01/12/2015

Brève autobiographie sur l'orgueil

handicap-dance-jpg.jpg« Cesse de jouer la comédie, marche normalement maintenant ! » Ce sont les propos d’un homme qui a pris le temps de s’arrêter à ma hauteur en voiture alors que j’étais à pieds, en train de traverser l’une des placettes de la ville iséroise de Vienne. Je l’ai regardé fixement quelques secondes, en ne disant rien. Puis je suis reparti. Je me rendais à l’une des soirées du festival de jazz qui se déroule chaque été au même endroit (Théâtre antique de Vienne). Je ne voulais pas rompre, en l’occurrence, mon enthousiasme ni mon effort physique (rejoindre à pieds le lieu des concerts) à cause du propos de ce bonhomme.
Il n’empêche que, plus tard, je me brouillais un petit peu avec un des responsables de la sécurité qui surveillait l’accès à la plateforme pour les spectateurs handicapés. Rien de bien méchant. Il râlait car le collègue que j’étais censé retrouver ce soir-là était arrivé après moi et avait négocié une place auprès de moi alors que lui n’a pas de handicap et qu’il n’était pas non plus mon accompagnateur – le personnel de sécurité m’avait bien vu arriver seul.
Témoin de ma répartie, le camarade me dit, une fois les choses calmées : « Toi, tu es droit comme un i. » Je rigolai en lui rétorquant de façon décalée, en allusion à mes importants problèmes de scoliose : « Tu m’as bien regardé ? » Il ajoute : « Ce n’est pas drôle. En tout cas, je voulais dire que tu as un orgueil énorme mais c’est ça qui te sauve. »

Je ne connaissais pas cet homme depuis longtemps. Mais, si je relaie céans ce dialogue, c’est parce que sa remarque m’a fait méditer par la suite. En définitive, je la valide. À la différence de la simple fierté, l’orgueil enfreint à la justice. Or, quelle justice ? La justice légalisée ? Elle peut beaucoup se différencier de la justice légitime alors bon… Et puis, dans la phrase du collègue, à vrai dire, nous pouvons remplacer l’orgueil par la fierté. Même si, pour autant, je n’affirmerai jamais « je suis fier », je trouve qu’heureusement – parfois ou souvent – j’ai agi par simple fierté – voire par orgueil, au risque de ne pas être très juste. Mais, à ma place, s’il faut développer une certaine spiritualité pour entretenir un bien-être psychologique et moral, le combat qu’est la vie au quotidien est matérialiste (elle suscite, autrement dit, le réveil de l’ego) dans la mesure où l’autre, dans plusieurs situations et pour plusieurs raisons, vous rappelle votre différence (allusion ici à mon handicap physique). Soyons plus précis, il peut arriver qu’un individu :
– te méprise en considérant a priori que tu es moins autonome que ce que tu l’es réellement ;
– te jalouse si jamais tu fais des choses qu’il ne s’est jamais accordé à faire. Il peut se demander par exemple : « Depuis quand les « handicapés » ont des choses à dire ? Moi qui ne le suis pas, être moins compétent que lui dans quelque domaine que ce soit n’est pas concevable ! » Or, si on jalouse mon esprit, que compte-t-on me laisser ?
– t’affirme maladroitement qu’être handicapé comporte un avantage. À la différence, en effet, des personnes névrosées qui ont une apparence banale et une santé physique convenable, au moins mon handicap se voit ; comme si celui-ci ne portait aucune conséquence sur le moral ou la psychologie, comme si l’imperfection extérieure était automatiquement compensée par une perfection intérieure.

Se battre, donc, c’est certes lutter contre l’éventuelle rancœur qui ronge l’intérieur, rend antipathique et plus globalement asocial. Mais c’est aussi, parfois, savoir mépriser, au risque de sembler, sur le moment, autocentré, arrogant, insolent (Þ 1.6.2. La vie est un combat). Si je n’avais pas été l’auteur de certains actes qui peuvent être jugés comme relevant de l’orgueil – qu’on me les reproche ou pardonne –, je serais tout simplement déjà mort.
Dans ce cas, les gens incapables de m’encadrer peuvent reconnaître au moins qu’aujourd’hui je les laisse tranquilles. Je n’aime pas du tout entretenir des liens moralement infructueux voire carrément nuisibles.
En même temps que j’avoue ma tendance orgueilleuse, j’affirme sincèrement que je recherche la paix ; d’abord la mienne, bien sûr ; mais c’est naturellement pour la rendre aux autres. Je parle non seulement de la paix que nous pouvons trouver dans la solitude (ayant toutefois sa dimension insidieuse) mais aussi, bien sûr, à plusieurs, à travers les liens harmonieux, solidaires et fraternels – bien que menacés dans le monde moderne de l’atomisation des individus par le totalitarisme de la nomadisation et de la consommation.

Louison Chimel - Extrait de Anarchiste conservateur, tome 1

29/11/2015

Point de la semaine : notre incapacité politique (partie 2)

Proudhon.gifRendre impossible le sabotage ou le parasitage, par une posture égoïste, d’une reconquête de la démocratie réelle — et donc de la souveraineté populaire — nous ramène, selon Jean-Claude Michéa dans son entretien pour la revue A contretemps de Juillet 2008, à « la dimension anarchiste de la question politique » qui « devrait toujours accorder une importance décisive aux trois principes suivants » :
– « la rotation permanente des fonctions dirigeantes ». En effet, gardons à l’esprit ces paroles visionnaires de Mikhaïl Bakounine dans Dieu et l’État : « L’affaire de tous les pouvoirs établis est de s’éterniser en rendant la société confiée à ses soins toujours plus stupide et par conséquent plus nécessiteuse de son gouvernement et de sa direction. » Chose vraie aussi bien « pour les académies scientifiques » que « pour les assemblées constituantes et législatives, alors même qu’elles sont issues du suffrage universel. Ce dernier peut en renouveler la composition, il est vrai, ce qui n’empêche pas qu’il ne se forme en quelques années un corps de politiciens, privilégiés de fait, non de droit, qui, en se vouant exclusivement à la direction des affaires publiques d’un pays, finissent par former une sorte d’aristocratie ou d’oligarchie politique ».
– « une politique de défiance systématique envers les micros et les caméras du système » sous-entendu médiatique. En effet, nous détenons une sensibilité anarchiste – ou, si nous préférons, anarchique et salutaire – lorsqu’est entretenu, consciemment ou inconsciemment, un instinct de méfiance à l’égard de toute nouvelle forme d'autorité qui se présente à nous. De surcroît, nous ne pouvons que reconnaître que les médias dominants relaient, notamment par l’omniprésence publicitaire, les principes de l’idéologie dominante totalement adaptée à la Loi du Marché. En conséquence, défendre réellement la cause sociale n’est pas chercher à fanfaronner dans les médias par narcissisme en portant un message anarchisant « à la mode » – boulot du révolutionnaire « branché » (du type Olivier Besancenot), du libertaire au service du libéral ;
– (« le plus difficile puisqu’il s’agit d’un travail qui devrait concerner chaque militant en tant qu’individu singulier ») « un souci constant de s’interroger sur son propre désir de pouvoir et sur son degré d’implication personnelle dans le mode de vie capitaliste » car « il doit y avoir un minimum de cohérence entre les idées que l’on prétend défendre et la façon dont on se comporte dans sa vie quotidienne ».
Nous pouvons ajouter, à ces principes, les trois adages suivants, tirés du livre Le Peuple de l’abîme (1903) du célèbre écrivain britannique Jack London :  
– « Lorsqu'un homme en nourrit un autre, il en devient le maître » ;
– « Si un homme vit dans l'oisiveté, un autre homme meurt de faim à sa place » (proverbe chinois) ;
– « Si plusieurs tailleurs travaillent à l'habit d'un seul homme, beaucoup d'autres hommes n'auront pas de quoi se vêtir. » (Montesquieu)

Le bien redevenu vraiment commun par le biais de la démocratie fait coïncider cette dernière avec l’anarchie dès lors que, comme nous dit Pierre-Joseph Proudhon dans ses Confessions d’un révolutionnaire, « la république est une anarchie positive ». Il faut entendre par république la société construite autour d’un bien commun déterminé, géré, entretenu réellement par les citoyens. Proudhon compare, autrement, l’anarchie négative au capitalisme (ce qui ne fera pas plaisir aux « anarcho-capitalistes »). Au final, cet auteur, et comme il est entendu dans le langage courant, donne deux sens, positif et négatif, à l’anarchie ; ordre absolu et raison pour le premier ; chaos et déraison pour le second.
Précisons que l’anarchie négative peut être entendue positivement comme le refus, au nom de la liberté, de l’autorité extérieure vécue comme une domination, une oppression.
Rappelons, en passant, que Proudhon est le premier penseur de l’histoire à s’être dit anarchiste.

Nous pouvons relier les trois appellations suivantes, pouvant correspondre au système politico-national défendu par ce dernier, comme cela : république fédérale => État confédéral => confédération nationale.
Notre préférence parmi elles se fera en fonction de notre rejet total ou partiel de la notion d’État. Il semble que Proudhon, de son côté, n’avait pas de préférence particulière à propos de ces dénominations.

La confédération nationale se constituerait, sinon, de :
– communes qui seraient plus grandes que celles actuellement – elles peuvent, par exemple, correspondre aux cantons actuels ;
– départements – qui seraient les mêmes qu’actuellement ;
– régions – nous pouvons conserver les 22 régions de la France métropolitaine de 2014.
Dans l’idée de rendre réellement le pouvoir au peuple, chaque département aurait sa constitution déterminée par une importante dynamique constituante, issue des communes et organisée par les citoyens. Tendre, sinon, vers le communalisme me semble être intéressant. Il faut, pour cela, dès aujourd’hui, sensibiliser les individus à l’impérieuse nécessité d’écrire eux-mêmes la constitution de leur département. Nous devons comprendre qu’être un citoyen c’est être d’abord un constituant, c’est s’entraîner collectivement – même à deux ou trois dans un premier temps – à réfléchir sur les principes à inclure dans cette constitution, c’est enfin s’entraîner à rédiger celle-ci. Raisonnement analogue à l’échelle des régions avec, dans chacune d’elles, une dynamique constituante issue de leurs départements, avec l’ensemble des citoyens motivés, que certains mandatent ou non un citoyen devant porter scrupuleusement leur message au cours des assemblées populaires départementales. La réalité actuelle est que nous laissons un groupe d’élus définir lui-même les limites de son propre pouvoir. Nous sommes naïfs de croire que les personnes en question ne vont pas en profiter pour assurer institutionnellement leur domination. C’est comme si nous donnions le bâton pour nous faire battre !
Au nom de la cohésion de la confédération nationale (et pour intégrer les principes indiqués au début de ce texte), il faut naturellement que :
– une constitution à l’échelon territorial national assure son organisation ;
– les constitutions régionales aient un minimum de points communs entre elles ainsi que les constitutions des départements de chaque région.
Toutes les fédérations (régionales, départementales, communales) doivent reposer sur un socle minimal de valeurs communes. Autrement, la confédération ne peut fonctionner, l’entente et l’entraide intercommunales et interrégionales ne peuvent être réalité
Car oui, le régime confédéraliste est un régime de solidarité entre structures issues de la même subdivision territoriale (région, département, etc.). De multiples conventions intercommunales appuieront naturellement cette solidarité. Des communes plus pauvres pourront recevoir des aides particulières de communes plus riches. Les souverainetés des communes d’un même département constitueront équitablement, sans privilégier l’une par rapport à l’autre, la souveraineté de ce département. Même logique pour les autres échelons territoriaux.

Pour paraphraser Pierre-Joseph Proudhon dans Du principe fédératif, une constitution fédérale – quel que soit l’échelon de la fédération – est « le pacte de garantie mutuelle » contenant « les droits et obligations réciproques » des structures fédérées (les régions d’un pays, les départements d’une région, etc.).
Par conséquent, pour la pérennité de la confédération nationale, il doit exister des principes non négociables. Cela peut sembler contradictoire au nom de la démocratie directe et, en même temps, c’est pour qu’entre autres elle-même soit instaurée et perdure.
Mais quels doivent être selon vous ces principes ? Je vous énoncerai ceux qui me semblent essentiels la prochaine fois. A savoir que mon prochain Point de la semaine se fera seulement après les prochaines élections régionales qui, ploutocratisme oblige, n'ont rien à voir avec la démocratie la vraie.

25/11/2015

Le rôle politique de la noblesse

Aramis%20coul.jpgSi nous cherchons à associer le sens vertueux de « noblesse » à la caste du même nom, retrouvable sous l’Ancien régime, alors il faut différencier la noblesse d’épée de la noblesse de robe ; la seconde succédant historiquement à la première. Dans Naissance de la noblesse, l’historien allemand Karl Ferdinand Werner rappelle Chateaubriand. Selon ce dernier, « la noblesse n'est-elle pas « sortie » de « l'âge des supériorités » pour tomber dans celui des « privilèges » avant de s'éteindre dans celui des « vanités » ? ». Werner tranche ainsi : « Une noblesse exerçant d'importantes responsabilités politiques et culturelles sur le plan européen, national et régional, voilà une image bien différente de celle d'une classe vainement occupée à défendre ses privilèges au moment de son déclin. Comment aurait-elle pu, sans forces ni qualités, rester un millénaire au cœur de l'histoire ? »
En parlant des responsabilités en question, l’Allemand nous dit que, au temps de son « âge des supériorités », la noblesse dirigeait les hommes et « n'était coupée ni du « peuple » ni du roi ». Ce dernier était lui-même un noble, que le peuple, par l’intermédiaire de la noblesse censée le représenter, « pouvait élire » ou « déposer ». À cette époque, « les chefs des principautés et des seigneuries restèrent plus proches des populations que le roi, qui de toute façon avait besoin de la noblesse pour exercer son pouvoir et faire exécuter ses ordres ». Ainsi, la noblesse d’épée (car, ici, il s’agit d’elle) avait « une sorte de « monopole du pouvoir direct » entretenu jusqu’au XVe siècle, « époque où la royauté dut péniblement se lancer dans la reconquête du contact direct avec « son » peuple en reprenant les principautés ». En effet, la Monarchie va clairement chercher à affaiblir le pouvoir de la noblesse d’épée, évidemment relative à la féodalité traditionnelle. D’où le phénomène de centralisation, douce mais sûre, du pouvoir national à Paris, dont le roi, avec sa noblesse de robe à partir du XVIIe siècle, est le bénéficiaire. Ce qui, au passage, aux temps révolutionnaires, va faciliter la mise en pratique du centralisme jacobin dont l’idéal est soutenu par ceux qu’on va nommer les bourgeois. Mais qui sont ces derniers ?
Déjà, rappelons que certains progrès techniques soutenus par l’Église, car réduisant le paupérisme, va entraîner une augmentation de la population dans ce qui sera appelé les bourgs. Ce sont les habitants de ces bourgs – à l’origine de nos villes modernes – qui vont être appelés les bourgeois et qui, forts de leurs économies et capacités d’entreprendre, vont traiter avec la Noblesse puis l’embrasser pour l’étouffer totalement, noblesse de robe y compris. Et ce, notamment en défendant stratégiquement l’idéal révolutionnaire. D’où l’historique Nuit du 4 août 1789, soit l’Abolition des privilèges et des droits féodaux.

Werner parle ainsi de l’augmentation de l’influence des bourgeois, « fiers de leurs connaissances ou de leur fortune », qui vont économiquement, intellectuellement, politiquement offrir au pouvoir royal « leurs services en concurrençant la noblesse, puis en la remplaçant ». Ils la remplacent même jusqu’à prétendre qu’ils sont les nouveaux représentants du peuple devenant officiellement nation une fois qu’ils ont fait trancher la tête au roi, au nom notamment de l’égalité.
L’aristocrate authentique – qui (que nous le regrettions ou non selon notre sensibilité démocratique et égalitaire) conserve pendant des siècles « le quasi-monopole du savoir » – est alors remplacé par « le faux noble et le bourgeois triomphant ». Ces deux derniers ne font qu’imiter le mode de vie du premier. C’est la noblesse de robe avec ses bourgeois anoblis. Soit, encore, cette « haute société qui regroupe les dignitaires des républiques comme des monarchies, les diplomates et les militaires, nobles ou non, et les hommes appartenant aux nouvelles élites légitimes si elles peuvent se prévaloir de mérites quelconques, illégitimes au contraire dans toutes les formes de nomenklatura, leurs privilèges apparaissant d'autant plus scandaleux qu'elles se réclament d'une idéologie égalitaire ». Louison Chimel, extrait des Cahiers d'un anarchiste conservateur

22/11/2015

Point de la semaine : notre incapacité politique (partie 1)

debat-pnyx-png-442d4.jpgJ'aborde cette semaine ce que j’avais prévu la semaine dernière : notre impuissance politique. Il est bien beau, pour un citoyen lambda actuel, d’écrire « de la politique ». Quels sont, plus largement, les changements politiques et même anthropologiques qui s'opèrent réellement en fonction de l'engagement politique ? Si nos gouvernants semblent faire ce qu'ils veulent malgré le mécontentement populaire, c'est parce que la question institutionnelle est centrale. La question économique est majeure également. Mais les injustices sociales que nous connaissons sont bien institutionnellement autorisées !
Si nous sommes conscients de notre impuissance politique alors, dès lors que nous défendons la démocratie la vraie ou que nous voulons simplement redevenir maîtres de notre destin collectif, reconnaissons que nous sommes en dictature et non en démocratie ! Nous sommes de faux citoyens. La supercherie, en vérité, remonte au temps de la Révolution française.

En ce temps-là, le « haut du panier » économique et intellectuel du tiers-état « révolutionnaire » (en bref, la grande bourgeoisie associée à l'aristocratie financière) va faire croire au monde entier — et d'abord à ceux qui sont bernés, c'est-à-dire les classes laborieuses du peuple français — que c'est ce tiers-état tout entier, avec ces dernières, qui, à partir de 1789, prend le pouvoir en France. Cependant, nous savons, pour peu que nous nous penchions un tantinet sur l'histoire, que ceci relève de mensonges !
Charles De Gaulle lui-même, auprès d'Alain Peyrefitte, le disait bien : « La Révolution française n’a pas appelé au pouvoir le peuple français, mais cette classe artificielle qu’est la bourgeoisie. Cette classe qui s’est de plus en plus abâtardie, jusqu’à devenir traîtresse à son propre pays. » Nous vivons donc, aujourd'hui, sous un semblant de démocratie et de république puisque, en allusion directe à l'étymologie de ces deux termes, le peuple n'est pas souverain et que ses gouvernants ne défendent pas l'intérêt général mais coopèrent avec ceux qui mondialement et culturellement leur ressemblent ; à savoir la classe incarnée par les hommes les plus riches du monde, patrons de multinationales, émirs ou autres grands banquiers...

Nous ne sommes pas, en effet, de vrais citoyens lorsque nous ne faisons que voter quelques fois dans l’année. Et ce, en plus, pour des gens qui soi-disant nous représentent alors qu'en toute logique ils ne feront que représenter ceux qui les engraissent économiquement.
Un citoyen authentique « n’élit pas ses représentants » mais « vote des lois », qu’il détermine avec les autres citoyens.
Un des intérêts majeurs — voire l’intérêt principal — d’écrire « de la politique », c’est donc de sensibiliser les gens à leur impuissance politique, qui les coupe de la maîtrise de leur destin. Dans un sens, la communauté de citoyens se transcende en tant que communauté de destin. Ce destin est singulier. Et nous ne devons plus le subir mais le choisir. Ce que, par conséquent, nous désignons par intérêt commun doit scrupuleusement être ce qui est décidé communément par nous citoyens. Ceci nous éloigne, au passage, de la « démocratie représentative » qui a été un formidable levier d’une ploutocratie médiatique.

Maintenant, ce que j’appelle confédération serait vraiment le régime du peuple. Soit celui des individus modestes et du quotidien, détenteurs de la force de travail avant tout et conscients des principes de réalité économiques et matériels. N’omettons pas, par contre, en son sein, l’ensemble non négligeable des fripons actifs et beaux parleurs, des arrivistes sans scrupules (deux expressions retrouvables dans l'entrevue de Jean-Claude Michéa pour la revue A contretemps de Juillet 2008), des êtres égoïstement ou jalousement avides de gloire personnelle, des trouble-fêtes professionnels, des perturbateurs perturbés. Autrement dit, nous pouvons craindre, avec l’anarchiste Émile Henry, que, au lieu des « intelligents » et « énergiques », « seuls les cyniques et rampants » puissent « se faire bonne place au banquet ».
Mais comment donc neutraliser la nocivité de ces individus au sein d'un processus révolutionnaire et démocratique digne de ce nom ? Je vous donne des éléments de réponse la semaine prochaine. Je vous laisse y répondre entre-temps. Louison Chimel

16/11/2015

Point de la semaine : les attentats parisiens du vendredi 13

france+flag.jpgJ’avais prévu de parler d’autre chose cette semaine : de l’impuissance politique des citoyens, de ses raisons institutionnelles, éthiques et culturelles. En même temps, elle reste la problématique suprême. Donc les récents attentats parisiens du Vendredi 13 la concernent ; nous comprendrons mieux pourquoi plus loin.

Je n’ai pas envie d’écrire sur ma tristesse et ma colère à propos des attentats parisiens du Vendredi 13. D’autres gens savent dignement, sincèrement, témoigner en ce sens.
Par contre, l’expression qui me vient sans cesse à l’esprit est que, dans cette affaire, la France « paie les pots cassés ». Et ce, en raison entre autres de son mauvais positionnement géopolitique depuis des années, avec ses alliances devenant des allégeances vis-à-vis des puissances néo-impérialistes nord-américaine, israélienne, saoudienne et qatarie (il est logique, en passant, qu’un empire ait besoin de vassaux pour subsister). Aussi, devenir une colonie nord-américaine (ce que la France est devenue, économiquement, politiquement, médiatiquement, culturellement), c’est
œuvrer en totale opposition à une conception multipolaire du monde — alors sincèrement favorable à la liberté des peuples à disposer d’eux, à s’autodéterminer pour leur prospérité, à défendre et faire vivre leurs cultures socialisantes, à former entre eux une confédération de nations libres ;
mener une politique extérieure anti-islam, aux antipodes d’une posture dictée par le bon sens (la posture gaullienne d'autrefois) visant, dans les nations du Sud, à être bienveillant vis-à-vis des mouvements patriotiques d’émancipation et notamment de résistance vis-à-vis du colonialisme israélien. Souvenons-nous de la conférence polémique de Charles De Gaulle de novembre 1967 aux accents prophétiques. Précisons que soutenir les pétromonarchies du Golfe, ce n’est pas être « pro-islam » dans la mesure où les politiques des pays en question n’ont rien à voir avec l’islam ;
enfin soutenir des pays qui financent le terrorisme islamique, des États-Unis à l’Arabie Saoudite. Des preuves ici entre autres : http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/hilla...

Au niveau européen maintenant, il faut remettre en cause le dogme des « pays sans frontières » donc les Accords de Schengen. Pourquoi même ne pas en sortir ? Au nom de quelle posture politiquement correcte encore ? Ou bien par peur de qui, de quoi ? Le contrôle aux frontières terrestres et maritimes de la France doit être renforcé afin de mieux savoir qui arrive et qui part, et sous quels motifs — qui peuvent être politiques ou guerriers. Car nous sommes capables, je vous assure, de survivre à un contrôle à la douane ! J’ai souvent connu ceci autrefois quand j’allais en Allemagne, et l’expérience ne m’a aucunement perturbé.
Nous pouvons, de là, dénoncer la politique faussement généreuse du gouvernement français vis-à-vis de ceux baptisés les migrants — qui, en vérité, restent des réfugiés clandestins, surtout composés de jeunes hommes de vingt ans (j’ignore si les « revues d’extrême droite » le disent mais je sais que même le journal Libération le dit) — à qui on n’offre aucune chance d’émancipation ni ici ni chez eux. Car, à part les mettre dans des camps et leur donner quelques nourritures et habits, c’est tout ce que nous faisons. Où sont les informations sur le devenir de ces réfugiés ? Avec sincérité et sans double intérêt caché, il faut combattre le terrorisme chez eux — là où il est né — pour permettre à tous les réfugiés de retrouver leurs terres. Ce dont ils aspirent en très grande majorité. Car, n’en déplaise aux idéologues mondialistes et à leurs perroquets spécialisés dans la parole pseudo-charitable, tout individu préfère évoluer près des siens, qui parlent sa langue, évoluent selon sa culture et dans ce quartier qu’il connaît très bien. Il n’y a pas de profonde émancipation sans enracinement. Entre autres, cette chère philosophe Simone Weil (1909-43) — avec un W, rien à voir avec une certaine politicienne — nous le rappelle très bien !

En politique intérieure, nous devons refuser qu’il existe ce que nous appelons des zones de non droit en France. Ainsi, nous devons donner les moyens nécessaires aux forces de l’ordre d’aller à n’importe quel endroit sur le territoire français, faire les fouilles nécessaires afin notamment de lutter réellement contre le trafic d’armes, de savoir quelles armes se baladent aujourd’hui en France. C’est un problème qui remonte à des décennies. Il s’agit, au moins une fois, de faire un véritable inventaire du territoire national !
Nous pourrions évoquer aussi les conséquences problématiques de la binationalité, attisant le séparatisme, ou encore le rétablissement du service militaire comme une des solutions à la crise sociale et identitaire que traverse notre pays afin de connaître la condition morale de la jeunesse de France et de lui apporter un soutien plus efficace.

Il existe toutefois un problème capital : nos gouvernants ne défendent pas l’intérêt des Français ni de quelconque autre peuple en vérité. Arrêtons de croire qu’ils font « ce qu’ils peuvent ». Ne les excusons en rien. Il ne faut pas leur faire confiance. Appelez-les atlantistes, mondialistes, ou comme vous préférez. Ils ont une conception de l’ordre par le chaos afin de s’assurer d’incarner toujours et encore les sauveurs de l’humanité, pour que toujours et encore une infime minorité d’individus vivent sur le dos de tous les peuples du monde, sans exception !
Ce qui revient à réfléchir sur notre impuissance politique, à devoir œuvrer pour une implosion révolutionnaire — ou contre-révolutionnaire puisque nos gouvernants se considèrent descendants de la Révolution —, pour une nouvelle constitution écrite par nous-mêmes, afin que nous devenions, nous aussi, réellement autodéterminés donc maîtres chez nous. Et ce :
quelle que soit notre confession religieuse et notre origine ethnique ;
— non pas pour faire la guerre entre nous ou contre un autre peuple mais pour nous retourner — nous, peuple de France, ainsi que les autres peuples — contre l’ensemble des impérialistes, qu’ils soient politiques, financiers ou chefs d’entreprise multinationale ;
— au nom d'une conscience de classe qui ne nous fait pas oublier que ces derniers forment les personnes les plus riches de la planète ; qui nous fait, par ailleurs, reconsidérer le rapport capital-travail au nom de la justice, de l'équité et de la dignité ; qui nous fait donc exiger une redistribution des richesses et une véritable socialisation des moyens de production et d'échange.

Mais pour cela, il faut ouvrir les yeux sur notre état d’asservissement culturel aux États-Unis, arrêter de croire que les vrais ennemis sont ceux désignés par les impérialistes alors nos ennemis sont eux-mêmes. Il faut cesser d’adopter les réflexes comportementaux suivants : se sentir libres uniquement en consommant, parler anglais pour faire « cool », jouer aux cow-boys devant un jeu vidéo ou même dans la rue en croyant qu’il faut dézinguer quelques barbus et l’affaire est réglée, comme dans les films hollywoodiens — ceci déracine, déresponsabilise, déshumanise les hommes.

N’oublions pas, enfin, que nous sommes un vieux pays issu d’un vieux continent, qu’il existe une civilisation française. Et, comme Charles De Gaulle disait :

Louison Chimel

15/11/2015

Chants chrétiens orthodoxes pour retrouver assez de paix en soi, de force et de courage pour nos compatriotes et au-delà

Loin des chrétiens soumis aux forces impérialistes, pour les chrétiens perdus,
pour apaiser les douleurs de toutes les âmes souffrantes, situées partout sur la planète,
pour nos défunts d'aujourd'hui et les luttes de demain,
pour que l'âme de la France cesse d'être abimée
et que la France se réconcilie avec ses origines et ses vraies amitiés. Anthony

13/11/2015

Point de la semaine (suite) : sur la notion de race (2/2)

berth.jpgLe mot race pouvait tout simplement prendre, autrefois, le sens de peuple.
Ainsi, nous pouvons nous donner le droit de vibrer aux mots suivants du syndicaliste révolutionnaire Édouard Berth qui, au début du siècle dernier dans un des Cahiers du Cercle Proudhon, comparait l’esprit du peuple de France au mouvement « pur et souverainement libre » ; esprit « d'une race essentiellement artiste, guerrière, chevaleresque et révolutionnaire ; race qui a produit tout ensemble la société la plus polie et qui faisait de la vie sociale un art véritable aux nuances les plus exquises et les plus variées, et le peuple le plus révolutionnaire, et qui même semble le seul à avoir la vocation de la Révolution ; […] race unique, faite des contrastes les plus aigus, qui semble la plus prosaïque et la plus bourgeoise du monde […] ; peuple […] le plus libre d'esprit, le plus fanatique de la liberté d'esprit ; où la tradition gauloise et libertine chevauche perpétuellement la tradition précieuse, romanesque ou mystique, le plus clérical et le plus anticlérical, le plus chrétien (il compte même un saint parmi ses rois […] ) et le plus païen, le plus pacifiste et le plus belliqueux, le plus patriote et le plus antipatriote, le plus conservateur et le plus révolutionnaire ». Louison Chimel

09/11/2015

Point de la semaine : sur la notion de race (1/2)

Comme j’ai évoqué très brièvement Nadine Morano la semaine dernière dans mon « point de la semaine », on m’a demandé ce que je pensais de la polémique suscitée, autour de ses propos datant du 26 septembre 2015 dans l’émission télé On n’est pas couché. Cette politicienne a dit : « La France est un pays judéo-chrétien, de race blanche. » Expression en allusion à une citation du général De Gaulle (qui est mort il y a pile quarante-cinq ans aujourd’hui) que Morano a bien mal utilisée. Car, en premier lieu, De Gaulle n’a pas, dans ladite citation, parlé de « pays judéo-chrétien » mais de peuple de « culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Ce qui se comprend très bien car — même si le Christ était juif et qu’en outre nous pouvons sérieusement juger que le Nouveau Testament ne serait pas ce qu’il est sans l’Ancien Testament —, la « première naissance » de la France peut se retrouver dans le baptême de Clovis — un baptême catholique — et la « seconde naissance » dans le sacre d’Hugues Capet — un sacre catholique. Le royaume des Francs puis de France devient une entité civilisatrice, une unité politique, à part entière autour du catholicisme. D’autres croyances se croisent sur le territoire français depuis la naissance de la France en raison de ses traditions païennes. En résumé, la France est, dans son histoire, principalement catholique et païenne ; n’en déplaise à ceux qui, par idéologie notamment, tronquent l’histoire et jugent, tout-à-fait arbitrairement, qu’avant 1789 la France était une terre obscure, sur laquelle vivaient des gens également obscures et indignes — en somme, non civilisés — n’ayant pas encore trouvé l’interrupteur afin de découvrir la lumière…

En second lieu, De Gaulle a bien parlé, par contre, de « race blanche ». Si le mot race signifie « couleur de peau », il est un fait, là aussi, que le peuple de France soit principalement constitué, depuis toujours, de gens blancs.
Certes, le mot race peut avoir un autre sens : l’ethnie. Il existe l’ethnie caucasienne. Les Français sont principalement caucasiens. Un fait là encore. Parler d’ethnie, dans tous les cas, semble plus politiquement correct que parler de race. Et pourquoi donc ? Car, dans les fichiers du F.B.I. nous sommes classés par ethnie ? En somme, ce qui est politiquement correct semble plus d’une fois concorder avec ce qui est usité aux États-Unis, un pays dans lequel nous pensons forcément bien et juste, qui guide culturellement les Français depuis plus d’un demi-siècle à présent ; ces derniers seraient de formidables ignares s’ils n’avaient pas, autrefois, adopté le jean, le flipper et le rock’n’roll…
Je n’ai rien de particulier, bien sûr, contre le jean, le flipper et le rock’n’roll. Même si je ne porte pas le premier, le second nourrit quelques souvenirs d’enfance et j’aime le troisième. Quant au mot race, je ne l’emploie pas spécialement. Il peut m’arriver de l’utiliser en privé en l’associant surtout au sens de « couleur de peau ». J’ai conscience, sinon, que son usage est totalement diabolisé. Parler de race sous-entendrait forcément une vision raciste.
Or, avant le racisme, il existe le racialisme ou encore l’ethno-différentialisme. Il ne faudrait pas confondre, en outre, distinguer et discriminer ; à moins qu’aujourd’hui oser distinguer, préférer une chose ou une personne à une autre, soit déjà discriminer… Mais c’est alors négliger la diversité du monde, des cultures, des compétences, des arts, des couleurs, etc.
Personnellement, dans tous les cas, je m’en fous de la race… Cela ne doit pas aider à reconnaître ou non un Français quand entre autres nous nous rappelons que — même si, à côté, nous pouvons critiquer le colonialisme — les Antillais ont été français avant les Savoyards. A l’époque, être catholique suffisait pour devenir sujet du roi de France. En vérité, le racisme a nourri des idéologies propres à la modernité.

Morano, pour moi, en a trop dit ou pas assez. Elle a voulu faire sa maligne dans une émission qui, quoi qu’il en soit, ne permet pas le débat de fond ni une quelconque explication historique. Il est bien logique, alors, qu’elle a engendré un malaise.
La France est, dans l’histoire occidentale, l’un des pays les moins ethnicistes et aussi les moins xénophobes. La France, autrefois, a eu comme régent « l'Italien » Cardinal Mazarin. Si De Gaulle avait été mort durant son mandat de président de la République, Gaston Monnerville l’aurait automatiquement remplacé dans cette fonction. Ainsi, la France aurait été la première nation occidentale à avoir un chef d’État métisse. Avant les États-Unis, donc, et son Obama... impérialiste comme ses prédécesseurs... Comme quoi, ni la noblesse ni la bassesse n'ont de couleur de peau...

Louison Chimel

02/11/2015

Point de la semaine : Charlie Hebdo, chassez le naturel, il revient au galop

De%20Gaulle%20180640_1.jpgChassez le naturel, il revient au galop. Si je considère que l’historique tuerie du 7 janvier 2015 est choquante et condamnable, je ne me sens pas plus obligé, après celle-ci, de défendre un torchon appelé Charlie Hebdo qui — même si je n’ignore pas certains talents dans l’équipe des origines – naît sur un antigaullisme primaire et une détestation de la France profonde.

Mué il y a quelques années en officine « journalistique » pour néo-conservateurs de gauche (en bref, des pro-américains qui se veulent « cools » et rebelles) en insultant le prophète d’une des principales religions du Monde et en ne jouant donc pas la carte de la pacification et de la conciliation, Charlie Hebdo — qui se vend de moins en moins et mourra en silence puisque justice doit bien se faire un jour — renoue avec ses vieux démons — ou plutôt, ses vieux amours — en caricaturant, début du mois d'Octobre, Nadine Morano telle l’enfant trisomique de De Gaulle.
Cette dame n’est pas là mon sujet, étant l’ingratitude de ces ploucs embourgeoisés qui se prétendent as de la satire et bossent encore à Charlie Hebdo. L’honneur est absent lorsqu’on ose se moquer de la dernière fille qu’a eu le couple De Gaulle morte à vingt ans en 1948.

Bien sûr, les petits enfants bohèmes et suffisants de Voltaire n’arrivent pas à la cheville de De Gaulle qui autrefois était le vrai révolutionnaire. D’hier à aujourd’hui, les premiers jouent la carte de la division populaire — avec leur subversion conforme aux intérêts des impérialistes nord-américains (se cache bien sûr, derrière, la liberté d'expression à deux vitesses) — quand le second était un conciliateur qui, lui, s’est réellement mis à dos les vrais dominants de ce monde, en plus de la droite affairiste et de la gauche arriviste !

Dans le célèbre roman Le Guépard, il est écrit : « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change. » Cette citation va comme un gant aux rédacteurs de Charlie Hebdo, athéistes du dimanche qui, ironie de l'histoire, n’ont pas rechigné les messes catholiques au moment des enterrements de janvier concernant leurs amis disparus.
Si le ridicule ne tue pas, être les larbins de l'Empire peut tuer...

Quant à moi évidemment, je suis Charles, pas Charlie. Louison Chimel

25/10/2015

Lien vers mes articles Agoravox.tv

auton22812-5df5f.jpgBonjour à tous,

je vous invite à retrouver mes articles parus sur Agoravox.tv
à partir du lien suivant :
http://www.agoravox.tv/auteur/anthony-michel

Vous y retrouvez notamment un dossier sur l'impérialisme nord-américain et son entretien du terrorisme musulman ainsi qu'un dossier sur l'anthropologie du don, dont l'intérêt est incontournable si nous défendons une société décente et sommes attachés à une conception de l'avenir collectif ayant un sens véritablement humain.

Tous les articles sont issus de mon prochain ouvrage (en quatre tomes) appelé Les Cahiers d'un Anarchiste conservateur.

Bonne lecture. Anthony MICHEL

19/10/2015

Les frontières sont-elles nécessaires ? L'avis d'Etienne Chouard

12/10/2015

Les frontières sont-elles nécessaires ? (2/2)

L'idée de frontière nous ramène, dans un sens, à l'idée de propriété, qui est une belle idée surtout quand nous l'entendons dans son sens inclusif. Dans son sens exclusif, elle semble tout d'un coup moins sympathique. C'est d'ailleurs pourquoi elle est rejetée par les collectivistes anarchistes ou communistes.

La frontière permet d'affirmer par exemple : « Ici, je suis chez moi. J'y accueille qui je veux. » Ou encore : « J'aimerais aller seul aux toilettes et y être en paix. » Ces choses, au nom de la vie privée et intime, sembleront assez évidentes. Sans frontière autrement dit, pas de respect de l'intimité donc de la dignité. C'est, ainsi, une question d'éthique. Le nécessaire sens des limites, sans lequel il n'y a pas de bon sens, se compose entre autres d'un sens des frontières. D'ailleurs, les notions de limite et de frontière ont des ressemblances. Le sens des limites, c'est « ce qui ne se fait pas », ce que je ne peux pas m'autoriser avec l'autre, ce que je ne peux lui demander et qui est indécent ; c'est, globalement, tout ce qui relèverait d'un abus de pouvoir. La frontière doit permettre la reconnaissance mutuelle des deux parties qui se situent d'un côté et de l'autre de la première. Ces parties s'autorisent alors, selon la volonté de chacune, tel don, tel échange, telle marque d'affection entre elles. N’oublions pas, non plus, que la liberté, elle, peut être conçue d'abord comme une négativité.

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? C’est d’abord un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui. Entrons dans le détail avec le mouvement de révolte. Un fonctionnaire qui a reçu des ordres toute sa vie juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Il se dresse et dit non. Que signifie ce non ? Il signifie par exemple : « les choses ont assez duré », « il y a des limites qu’on ne peut pas dépasser », « jusque-là oui, au-delà non », ou encore « vous allez trop loin ». En somme, ce non affirme l’existence d’une frontière. Cette idée se retrouve sous une autre forme encore dans ce sentiment du révolté que l’autre « exagère », « qu’il n’y a pas de raisons pour », enfin « qu’il outrepasse son droit », la frontière, pour finir, fondant le droit. La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi-même en quelque façon et quelque part raison. C’est en cela que le fonctionnaire révolté dit à la fois oui et non. Car il affirme, en même temps que la frontière, tout ce qu’il détient et préserve en deçà de la frontière. Il affirme qu’il y a en lui quelque chose qui vaut qu’on y prenne garde. D’une certaine manière, il croit avoir raison contre l’ordre qui l’opprime. En même temps que la répulsion à l’égard de l’intrus, il y a dans toute révolte une adhésion entière et instantanée de l’homme a une certaine part de l’expérience humaine. » (Albert Camus, L'homme révolté)

Louison Chimel, extrait de Anarchiste conservateur retrouvable sous forme d'article à l'adresse suivante :
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-ne...

09/10/2015

Points communs entre l'anarque et l'historien (extrait)

couv-products-114990.pngL’historien, tel décrit ci-dessus, peut être anarque. Comme celui-ci – pour entretenir, en tant que libre observateur, sa distance avec la société et la pensée dominante – peut plonger dans l’étude historique. Le premier peut se retrouver dans l’image du deuxième à travers son rapport à l’histoire, précisé ci-dessous. Au passage, le libre observateur voit éventuellement ce qu’officiellement il n’a pas droit de voir. Il observe ainsi secrètement. C’est une forme d’espion. Il est aux services secrets de la condition humaine à travers sa propre éthique. Il peut alors servir à sa façon la révolution dans laquelle il s’est librement engagé, puisque toute révolution ne peut jamais se dispenser d’espions.

L’Anarque a probablement, dans l’histoire de l’humanité, des passages préférés à d’autres. Mais cette histoire partage un point commun avec la géographie : l’inconnu. L’homme ne vit qu’un instant et qu’à un seul lieu à la fois. L’Anarque peut découvrir l’histoire à travers les livres comme il peut parcourir le Monde. Or sachant, sur ce dernier, posé un regard bienveillant et détaché, il reste conscient qu’il n’a vécu tel instant en tel lieu et qu’il aura toujours un avis biaisé par rapport à celui d’un homme qui a vécu ce précédent instant. C’est le connu qui a pour limite l’inconnu. De là, toute considération politique (mêlant histoire et géographie) a sa part d’absurde, et l’Anarque se passe bien d’avoir une idée tranchée sur « ce qu’il aurait fait » en ce temps-là ou à la place de tel individu. La limite de cette considération est la réalité individuelle, dépassée par la réalité universelle. En même temps, cette réalité universelle n’existe pas puisqu’elle n’a aucun propriétaire. Ou bien c’est Dieu, pour les croyants. Sinon, entendons réalité universelle comme somme des réalités individuelles.

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05/10/2015

Les frontières sont-elles nécessaires ? (1/2)

« Un peuple, c’est une population, plus des contours et des conteurs. » (Régis Debray, Eloge des frontières)

Les frontières sont nécessaires afin que plusieurs sous-ensembles cohabitent « pacifiquement » à l'intérieur d'un même ensemble. Premier exemple qui peut venir à l'esprit, le corps humain et ses milliards de cellules avec leur porosité. Qui dit frontière ne dit donc pas fermeture nette et absolue. Il y a la maison, son intérieur et son extérieur – avec un jardin, par exemple –, puis ses portes et fenêtres afin de justement « faire communiquer » son intérieur et son extérieur ; la gestion de leurs ouvertures et fermetures revient logiquement à leur propriétaire. Aussi, d'un certain découpage, nous pouvons obtenir un meilleur assemblage.

 

Une frontière, en politique, est censée protéger des droits pour une population donnée sur un territoire donné. Ceci peut permettre une meilleure reconnaissance et un certain respect – non seulement moralement mais aussi juridiquement – de ceux qui sont de l'autre côté de la frontière, concernant une autre population, un autre territoire. Toute posture anti-colonialiste dépend de l’existence des frontières. Appuyer intelligemment cette dernière peut servir une cause anti-colonialiste ou anti-impérialiste.

La frontière n’est pas un problème en soi. Sa mauvaise gestion peut en être un. Dans l'absolu, n’est-ce pas aux peuples autochtones de choisir qui ils acceptent ou non sur leur territoire ? Il faut se méfier de la gestion des frontières par des représentants d'intérêts particuliers – politiques ou économiques. Eux peuvent se moquer du bien-vivre ensemble et de la solidarité interne à un peuple mais aussi de celle entre deux peuples et justement entretenue par la frontière gérée alors harmonieusement, sans posture idéologique visant à défendre l'ouverture, ou la fermeture, constante des « portes et fenêtres ». Les colonialistes et impérialistes, eux, se fichent à coup sûr des frontières. Ils les répugnent. C'est pour cela qu'ils osent faire ce qu'ils font. Ils s’assoient sur la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes – et donc à formuler un destin commun sur un territoire dont ils sont souverains.

De surcroît, l'idée de frontière effraie des anarchistes. Car qui dit frontière dit principe d'inclusion et d'exclusion d'individus. Pourtant, l'inclusion par l'association – toute consentie qu'elle peut, et doit, être – entraîne nécessairement une exclusion : il y a les associés et les autres. Ce qui ne veut pas dire que l'association est intangible. Aujourd’hui, je contracte avec untel. Demain, avec untel autre. Analogiquement, la frontière n’est pas un mur qui, en plus, serait assurément infranchissable.

Louison Chimel, extrait de Anarchiste conservateur retrouvable sous forme d'article à l'adresse suivante :
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-ne...

30/09/2015

Proudhon, l'héritage d'un socialiste (3/3)

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Un philosophe, voire un précurseur de la sociologie

Depuis peu, les rééditions de textes de courants socialistes du XIXe siècle se sont multipliées. La connaissance de l’œuvre de Proudhon a incontestablement bénéficié de ce regain d’intérêt dans un contexte où le renouveau pour l’idée de coopérative à une large échelle est manifeste. Les phrases de 1967 citées ci-dessus pourraient s’appliquer, mutatis mutandis, aux années 2000: après l’effondrement du système soviétique, les alternatives au capitalisme ont eu tendance à prendre leurs distances avec l’héritage marxiste et à chercher des solutions chez les socialismes critiques de Marx.

Proudhon, plus qu’un simple représentant d’un socialisme anti-autoritaire ou de l’anarchisme, est désormais considéré comme un philosophe, voire un précurseur de la sociologie, prolongeant des intuitions du sociologue et spécialiste de Proudhon Georges Gurvitch qui aurait été certainement conforté de voir ce regain d’intérêt indéniable après la faillite du «socialisme réel».

Reste qu’il ne faut probablement pas attendre des écrits de Proudhon ce qu’ils ne disent pas et il est désormais vain de vouloir le «réhabiliter» face à Marx ou à d’autres théoriciens de son envergure. Marx a voué aux gémonies avec sarcasme certaines expériences historiques avancées par Proudhon, comme la Banque du peuple, et n’a incontestablement guère perçu l’importance de la force mobilisatrice de démarches alternatives dans le cadre du capitalisme. Mais Marx a sur ce point, d’une certaine manière, les qualités de ses défauts: sa critique de l’économie politique, présentée notamment dans Le Capital, lui confère assurément un regard historique, politique et économique sur l’évolution mondiale du capitalisme d’une toute autre ampleur que celle de Proudhon, dont l’horizon apparaît limité lorsqu’il s’agit de comprendre les évolutions structurelles d’un système.

Peut-être faut-il déjà les (re)lire avec plus de distance l’un et l’autre que jadis et, de ce point de vue, l’appel de Georges Gurvitch de 1965 résonne encore aujourd’hui:

«Je suis persuadé, pour ma part, qu’actuellement, aucune doctrine sociale soucieuse à la fois de dédogmatiser le marxisme et de corriger Proudhon en les dépassant l’un et l’autre, aucune doctrine sociale de cet ordre n’est possible sans une synthèse de la pensée de ces frères ennemis.»

Foundation Jean Jaurès - Slate.fr - 19 Janvier 2015

25/09/2015

Proudhon, l'héritage d'un socialiste (2/3)

«Cet isoloir qu'on appelle Assemblée nationale»

Proudhon a-t-il cru à la «révolution par en haut»? Les désillusions consécutives à l’échec de la vague révolutionnaire de 1848 expliquent en large partie son état d’esprit mais, s’il a pu être tenté par le bonapartisme, ce n’est assurément pas ce qui domine son œuvre, presque toujours critique de l’État et des gouvernements:

«Le but de la Révolution de 1848 est connu: c’est l’abolition complète du privilège propriétaire. Le moyen d’arriver à cette abolition est également connu: c’est l’association ouvrière, c’est la substitution de la solidarité industrielle à la commandite capitaliste; c’est la centralisation, par le crédit mutuel, de toutes les forces travailleuses; c’est, en un mot, l’excommunication de la propriété.»

Pendant cette période, Proudhon publie également un Manuel du spéculateur où il dénonce le «régime bussal», c’est-à-dire l’extension des valeurs de la Bourse à l’ensemble des activités humaines. Toujours critique des autorités, il est de nouveau condamné à la suite de la publication de De la justice dans la Révolution et dans l’église (1858), véritable manifeste de l’anticléricalisme qui sera lu par des nombreux responsables politiques tout au long du XIXe siècle. Il se réfugie ensuite en Belgique jusqu’en 1862, avant de revenir en France où il bénéficie d’une amnistie. Parmi ses dernières réflexions politiques, il faut relever son attention à la question du fédéralisme. Installé à la périphérie de Paris, à Passy, il publie en 1863 Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le parti de la Révolution, où il défend fortement l’idée de fédération:

«Toutes mes idées économiques, élaborées depuis vingt-cinq ans, peuvent se résumer en ces trois mots: fédération agricole-industrielle. Toutes mes vues politiques se réduisent à une formule semblable: fédération politique ou décentralisation.»

Dans son ultime ouvrage, De la capacité politique des classes ouvrières, Proudhon prône une mise à distance radicale du mouvement ouvrier à l’égard des élections et de l’État. La défiance à l’égard de l’institution parlementaire est une des constantes de l’œuvre de celui qui écrivait: «Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent.»

Peut-on résumer les grands traits de son œuvre? On peut citer en premier lieu, sans exclusive, son appréciation de l’histoire révolutionnaire qu’il analyse comme un mouvement perpétuel de l’humanité vers plus de justice. Le rôle central des rapports économiques (la propriété, le crédit, l’impôt) est évident, de même que le problème de l’État et de Dieu, deux absolus contre lesquels il a ferraillé pendant une grande partie de son existence. Enfin, la question sociale et ouvrière est cœur de la réflexion proudhonienne: à ce titre, n’oublions pas de souligner que Proudhon est un des très rares théoriciens du mouvement ouvrier à être d’extraction modeste, et sa popularité parmi les Internationaux français doit aussi se comprendre à partir de cet ancrage.

Proudhon «oui et non»

La perspective séparatiste proudhonienne, au sens où les ouvriers doivent être séparés de toutes les formes politiques et sociales bourgeoises, lègue au mouvement socialiste et syndicaliste français un horizon qui le hantera durablement et périodiquement, au-delà des controverses sur l’œuvre elle-même. Comment en effet ne pas voir chez le militant syndicaliste Fernand Pelloutier et le philosophe Georges Sorel –qui s’en réclament d’ailleurs régulièrement– cet héritage proudhonien? Les syndicalistes révolutionnaires de la CGT ont assurément recueilli et fait fructifier cette dimension séparatiste.

Mais son écho va bien au-delà de la gauche. Une des appropriations les plus controversées de Proudhon est celle de cercle portant son nom, le fameux «Cercle Proudhon», qui mêle des théoriciens du syndicalisme révolutionnaire avec des représentants de l’Action française entre 1911 et 1914. Assurément très minoritaire, il a longtemps porté préjudice à l’image du socialiste anti-autoritaire, d’autant que des théoriciens contre-révolutionnaires d’entre-deux-guerres puis du régime de Vichy font la part belle à Proudhon. Il existe bien en effet une permanence de cet héritage, sélectif et très contestable historiquement, mais légitimé par certaines positions conservatrices sur la famille et une hostilité viscérale au jacobinisme (Proudhon déteste la Révolution française, bourgeoise et parlementaire) et aux républicains bourgeois, associés à l’étatisme. Proudhon, «c’est un style, une violence et une conviction qui ne laissent pas indifférent, notamment de ce côté-ci du monde politique».

Dans le mouvement socialiste organisé, la condamnation est sévère du côté des partisans de Jules Guesde puis ultérieurement par le mouvement communiste international dans le sillage de l’URSS: Proudhon est ainsi une figure très célèbre mais le plus souvent honnie, elle incarne la figure négative de l’anarchisme face à Marx. Reste qu’au sein même du PCF un ouvriérisme marqué, une fierté ouvrière, «basiste» et anti-intellectualiste trouvent selon certains historiens ses racines chez des figures comme Proudhon.

Avec la fin progressive de l’hégémonie intellectuelle à gauche du PCF, Proudhon connaît un regain d’intérêt progressif dans lequel les années 1960 marquent un tournant. Pour la deuxième gauche, Proudhon est bien un anti-Marx, mais surtout une figure à réhabiliter car il incarne un socialisme non autoritaire contre la dérive bureaucratique. Le colloque sur l’Actualité de Proudhon qui a lieu en 1965 et publié en 1967 s’inscrit dans ce mouvement, correspondant aussi à une certaine vivacité du courant anarchiste qui va s’affirmer dans le sillage des événements de mai-juin 1968. Pour présenter cet ouvrage, voilà ce l’on pouvait écrire en 1967:

«On se demande aujourd’hui si certaines tendances du monde contemporain ne correspondent pas à des conceptions fondamentales de Proudhon. Citons, par exemple, le développement de toutes formes d’autonomie, l’accent mis sur l’élément libre et contractuel de tout engagement social, l’association de l’ouvrier à la gestion de l’entreprise et même de l’économie.»

Proudhon «oui et non», tranchera le libertaire Daniel Guérin: son œuvre est bien en discussion.

Une sympathie durable se repère par exemple chez une figure emblématique de la deuxième gauche, l’historien de l’autonomie ouvrière et éditorialiste influent Jacques Julliard, sympathie dont on retrouve encore la trace dans sa récente histoire des gauches ou encore dans son dialogue avec Jean-Claude Michéa. Mais à la perspective anti-étatiste fondamentale s’est substituée ici une référence plus ponctuelle pour exprimer une défiance à l’égard de la bureaucratie et de l’État, à distance des grandes déclarations proudhoniennes de 1848.

 

Foundation Jean Jaurès - Slate.fr - 19 Janvier 2015

22/09/2015

Hillary Clinton - Etats-Unis : la guerre « pour le terrorisme » (2/2)

xanda__536590.pngUn article de Courrier international datant du 4 décembre 2014 nous parle du célèbre journaliste du New York Times James Risen qui, compte tenu des contrats signés entre des entreprises étasuniennes et le département de la Défense de leur pays, estime que la guerre contre le terrorisme a donné lieu à « l’un des plus gros transferts d’argent public vers le privé » de toute l’histoire des Etats-Unis. Incluant les campagnes d’Afghanistan et d’Irak débutées respectivement en 2001 et 2003, cette guerre a coûté 4 000 milliards de dollars (3 200 milliards d’euros) » aux Etats-Unis ; milliards qui ont fait émerger ceux que Risen appelle « les oligarques du 11 septembre », une « bande de profiteurs » selon Tom Engelhardt. Ce dernier, auteur et codirecteur de la collection de livres anti-impérialistes The American Empire Project, nous rappelle que « les objectifs de la guerre contre le terrorisme lancée par George W. Bush [président des Etats-Unis de 2001 à 2009] étaient d’éradiquer le terrorisme de la planète ». Or, toutes ces années et « ces dollars plus tard », il y a, en réalité, extension de l’islamisme avec estimation de « 15 000 combattants étrangers » ayant rejoint la Syrie pour intégrer l’E.I. En conséquence, selon Engelhardt, il ne faut pas parler de guerre contre le terrorisme mais « pour le terrorisme ».

Pour clôturer cette partie, retournons au siècle dernier. Car le terrorisme islamique n’est pas subitement né en 2001, l’année des attentats historico-tragiques aux Etats-Unis. Des propos de la célèbre ex-secrétaire d’Etat étasunienne Hilary Clinton sont intéressants quant à comprendre que l’Empire nord-américain « nourrit » depuis longtemps le terrorisme islamique même si le contexte de l’époque – guerre d’Afghanistan de 1979-89 – était bien différent. En effet, il ne s’agissait pas, à ce moment-là, de favoriser consciemment et l’islamisme pour jouer hypocritement avec la peur des populations et justifier de nouvelles campagnes impérialistes mais de renforcer les rangs des fondamentalistes musulmans pour en finir avec l’Union soviétique.
Je n’ai malheureusement pas la date précise des propos de Clinton – filmés officiellement, issus d’un discours relayé sur la chaîne de télé C.N.N. ainsi que d’une entrevue pour la chaîne Fox news. Ils semblent être de 2012. 
Dans l’entrevue, la femme politique étasunienne affirme : « Nous avons créé le problème que nous sommes présentement en train de combattre. » Dans le discours, elle est plus explicite : « Souvenons-nous que les gens contre qui nous nous battons aujourd’hui, nous les avons financés vingt ans plus tôt. » Puis elle rappelle le contexte géopolitique de cette période : « Nous étions enfermé dans un conflit avec l’Union soviétique [U.R.S.S.] qui avait envahi l’Afghanistan et nous ne voulions pas qu’elle contrôle l’Asie centrale. » A la fois dans son discours et dans son entrevue, Clinton nous informe alors que – dans le but de vaincre l’U.R.S.S. – Ronald Reagan (président des Etats-Unis à l’époque) en partenariat avec le Congrès a traité avec l’I.S.I. (Inter-Services Intelligence : services secrets pakistanais) et l’armée pakistanaise pour recruter des moudjahidines venant d’Arabie-Saoudite et d’ailleurs, en les équipant de lance-missiles et en les laissant importer leur idéologie wahhabite. (*)
Pour Clinton, c’est une stratégie qui a porté ses fruits : elle a réellement contribué à l’effondrement de l’U.R.S.S. En effet, ce n’était pas un « mauvais investissement pour en terminer avec l’U.R.S.S. » qui a alors retiré ses troupes et a « perdu des milliards de dollars ». Seulement, la femme d’un autre ex-président des Etats-Unis Bill Clinton ajoute : « Soyons prudents avec ce que nous semons parce que nous allons récolter. »
L’ex-secrétaire d’Etat rappelle alors ce qui s’est produit ensuite à l’époque : « Nous avons quitté le Pakistan, nous leur avons dit : « Débrouillez-vous avec les Stingers [missiles sol-air], que nous avons laissé partout dans votre pays, ainsi qu’avec les mines tout au long de la frontière. » Dans le discours, elle ajoute : « Nous avons arrêté les transactions avec l’armée pakistanaise. » Dans l’entrevue, elle dit que les autorités étasuniennes ont laissé en Afghanistan des « fanatiques entraînés, bien équipés et armés », pour répéter que « les gens que nous combattons » aujourd’hui sont ceux qu’autrefois « nous avons supporté dans le combat contre les Soviétiques ».
N’oublions pas enfin que, comme il est écrit dans un article du Point (28 avril 2010), « la victoire en 1992 des moudjahidines contre le régime soutenu par Moscou – l’Armée rouge avait quitté le pays en 1989 après 10 ans d’occupation – a ouvert la voie à une guerre civile d’une grande violence qui a favorisé l’arrivée au pouvoir en 1996 des talibans » c’est-à-dire d’autres fondamentalistes musulmans…

NOTE (*) A cette époque, le Congrès est dirigé par les Démocrates. Ronald Reagan fait, quant à lui, partie des Républicains. D’où une alliance entre les deux principaux partis politiques étasuniens validant une même politique impériale. Bonjour les clivages…
« Moudjahidines » est le mot utilisé par Hilary Clinton. Nous pouvons le définir le plus simplement possible comme guerrier musulman.
Le wahhabisme, enfin, est un courant politico-religieux saoudien né au XVIIIe siècle défendant une orthodoxie islamique ritualiste et rejetant tous les autres courants de l’islam.
Louison Chimel, extrait de Anarchiste conservateur formant un article retrouvable en entier sur http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/hilla...

20/09/2015

Proudhon, l'héritage d'un socialiste (1/3)

220px-Proudhon_jeune.jpg150 ans après sa mort, l'auteur de «Qu'est-ce que la propriété?» continue de peser sur la pensée politique.

Le 19 janvier 1865, il y a cent cinquante ans, mourait Pierre-Joseph Proudhon. «L’enfant terrible du socialisme», comme le surnomme un de ses biographes, était alors une figure influente des milieux ouvriers politisés. S’inscrivant dans la nébuleuse des socialismes utopistes et conceptuels des années 1830-1860, qui font l’objet de redécouvertes politiques et scientifiques depuis une bonne dizaine d’années, la figure de Proudhon mérite examen, au-delà des quelques formules toujours citées («La propriété, c’est le vol») et des condamnations sommaires, au demeurant compréhensibles sur certains sujets (la misogynie et l’antisémitisme traversent bien l’œuvre proudhonienne).

A la différence de Marx, dont il fut un des plus féroces adversaires, ses partisans n’ont pas fondé un «proudhonisme», comme il existe dès les années 1880 un «marxisme». Néanmoins, il est pour beaucoup considéré comme l’un des principaux théoriciens du courant anarchiste ou d’un «socialisme non étatique». Son œuvre foisonnante, protéiforme et peu systématique prête aux interprétations les plus contradictoires et a légué un héritage complexe dans le mouvement socialiste au moins jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Eloges de Marx

En 1840, Proudhon a 31 ans et mène une carrière itinérante d'ouvrier typographe, un des métiers les plus fréquents de l’élite ouvrière politisée de l'époque, quand il publie son volumineux pamphlet Qu’est-ce que la propriété?, dont l'écho est considérable en France et à l’étranger. Karl Marx affirme alors: «L’ouvrage de Proudhon, Qu’est-ce que la propriété?, a pour l’économie sociale moderne la même importance que l’ouvrage de Sieyès Qu’est-ce que le Tiers-État? pour la politique moderne.» Comme le souligne le meilleur connaisseur de ce texte, l’historien Edward Castelton, dans ce pamphlet Proudhon «identifie le problème qui est au cœur de la question sociale dans la France post-révolutionnaire du XIXe siècle: l’écart entre le droit et le fait. Il est obnubilé par le paradoxe de ses contemporains qui parlent toujours de l’égalité des droits pour justifier la propriété, alors que c’est précisément la propriété qui provoque et consolide des inégalités de richesse et de fortune et qui rend, par conséquent, l’égalité juridique insignifiante».

Installé a Paris, l'ouvrier bisontin fonde un quotidien, Le Peuple, qui devient peu avant la Révolution de 1848 Le Représentant du Peuple, et est élu, début juin 1848, député à l’Assemblée nationale de la jeune Deuxième République. Très critique du gouvernement et révolté par l’écrasement de l’insurrection ouvrière de juin 1848, il intervient quelques semaines plus tard à l’Assemblée pour vanter les mérites de la confrontation de classes et de l’ouvrier, à qui désormais appartient l’avenir de l’humanité. Dans Les Confessions d’un révolutionnaire (1849), il affirmera que c’est aux travailleurs eux-mêmes de structurer leurs propres organisations économiques et sociales. Le théoricien de l’anarchisme est né.

Aux lendemains de cette révolution avortée, son attitude ambiguë à l’égard de Louis- Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III, a contribué à ternir sa réputation. Condamné pour avoir critiqué Louis-Napoléon, il est incarcéré jusqu’en juin 1852 mais la levée de l’interdiction initiale de son ouvrage La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre (1852) comme ses rencontres avec le prince Jérôme, cousin de Napoléon III représentant l’aile sociale du bonapartisme, lui assurent ensuite une certaine bienveillance, reflétant la volonté impériale de tenter d’intégrer les représentants ouvriers au régime.

Foundation Jean Jaurès - Slate.fr - 19 Janvier 2015

15/09/2015

Hillary Clinton - Etats-Unis : la guerre « pour le terrorisme » (1/2)

American_Empire.jpgCertes, un fondamentalisme islamique existe, il n’est pas à ignorer. Il existe donc des Occidentaux qui – sans chercher à stigmatiser les Musulmans puisque, pour une très grande majorité d’entre eux, ils vivent en paix et font partie des classes laborieuses – sont sincèrement inquiets de l’islamisation de leurs pays. Car ils relèvent des coutumes musulmanes toujours plus répandues dans la société occidentale, même si relevant de revendications d’une infime minorité d’individus : repli communautaire dans les banlieues, interdiction de manger du porc dans les cantines, généralisation de la commercialisation de la viande hallal, horaires aménagés à la piscine publique pour les femmes musulmanes afin qu’elles ne se retrouvent pas avec des hommes. Si l’islamisation est seulement l’augmentation du nombre de Musulmans en Occident, et sachant que, parmi eux, il existe une catégorie d’islamistes – même très minoritaires –, elle engendre toujours, naturellement, un peu plus d’islamisme.

En tout cas, la précédente inquiétude des Occidentaux non musulmans sert les élites atlantistes à diviser le monde en deux, à instrumentaliser la peur, pour mieux régner et justifier une surveillance plus importante de nos faits et gestes en nous faisant croire que nous sommes libres uniquement après avoir consommé des drogues télévisuelles ou purement chimiques. Les mesures libérales sécuritaires qui en découlent cherchent, en réalité, à protéger ces élites plutôt que les peuples appauvris et apeurés. Effectivement, les atlantistes qui, sur le plan économique, ont du mal à gérer l’épuisement des matières premières ainsi que la concurrence sauvage des entreprises chinoises, dénoncent une terreur islamique financée par des dirigeants politiques qatariens et saoudiens, en même temps heureux de bénéficier des pétrodollars ; quand ce ne sont pas les autorités étasuniennes qui s’y collent directement !
Car, d’après un article du journal Le Monde datant du 21 juillet 2014 (la source n’est donc pas conspirationniste), le Federal Bureau of Investigation (F.B.I.) – le principal service étasunien de police judiciaire ainsi qu’un service de renseignement intérieur – « pourrait avoir créé des terroristes » musulmans. En d’autres termes, le F.B.I. aurait « « encouragé, poussé et parfois même payé » des Musulmans américains pour les inciter à commettre des attentats, au cours d’opérations de filature montées de toutes pièces ». Ces personnes – « vulnérables, souffrant de troubles mentaux et intellectuels » – étaient, jusqu’ici, respectueuses de la loi. Dès lors, on leur aurait suggéré « l’idée de commettre un acte terroriste ». Plus exactement, « des informateurs ou policiers infiltrés auraient alors interagi avec elles en élaborant le plan d’attentat, en fournissant les ressources pour le mettre en œuvre, puis en persuadant, voire en faisant pression sur la personne pour qu’elle y participe ».
L’article du Monde, en vérité, relaie les conclusions d’un rapport datant de juillet 2014 et provenant de l’Organisation non gouvernementale Human Rights Watch, « aidée de l’Institut des droits de l’homme de l’école de droit de l’université de Columbia ». Le rapport repose sur « vingt-sept affaires, de l’enquête au procès, en passant par l’inculpation et les conditions de détention » avec entrevue de 215 individus dont les « inculpés ou condamnés eux-mêmes », leurs proches, ainsi que des avocats, des juges et des procureurs.
Dans ce texte, est stipulé que « la moitié des condamnations résultent de coups montés ou guet-apens ». De plus, « dans 30 % des cas, l’agent infiltré a joué un rôle actif dans la tentative d’attentat ».
Dans cette étude, nous retrouvons entre autres les cas suivants :
– les « quatre de Newburgh », « accusés d’avoir planifié des attentats contre des synagogues et une base militaire américaine, alors que le gouvernement avait, selon un juge, « fourni l’idée du crime, les moyens, et dégagé la voie », transformant en « terroristes » des hommes « dont la bouffonnerie était shakespearienne » » ;
– Rezwan Ferdaus, « condamné à dix-sept ans de prison à l’âge de 27 ans pour avoir voulu attaquer le Pentagone et le Congrès avec des mini-drones bourrés d’explosifs. Un agent du F.B.I. avait dit de cet homme « qu’il avait « de toute évidence » des problèmes mentaux ». Le plan avait alors été « entièrement conçu avec le policier infiltré, le F.B.I. ayant notamment financé son voyage et son armement ».

Un article de L’Obs du 21 juillet 2014 nous informe que le ministre étasunien de la Justice Eric Holder a encouragé, le 8 juillet de la même année, à Oslo en Norvège, à généraliser les opérations de filature menées depuis les attentats islamistes du 11 septembre 2001 « afin de mettre au jour d’éventuels complots d’attentats par des Européens radicalisés en Syrie » et ayant rejoint l’organisation armée islamiste appelée l’Etat islamique (E.I.). Holder ajoute que ces opérations, assurées par le F.B.I. pour combattre le crime organisé mais « étendues au terrorisme » après ces attentats, se font « avec une précision et une précaution extraordinaires, pour veiller [...] à ce que les suspects ne soient ni piégés ni privés de leurs droits juridiques ».
Or, selon Andrea Prasow, l’un des auteurs du précédent rapport, si le gouvernement fédéral des Etats-Unis cherche à rassurer son peuple avec ces méthodes qui consisteraient réellement à empêcher et punir le terrorisme sur son territoire, il faut y regarder de plus près pour constater que beaucoup desdits terroristes « n’auraient jamais commis de crime si les forces de l’ordre ne les avaient pas encouragés, poussés, et parfois même payés pour commettre des actes terroristes ».

Le témoignage de Mike German, qui a travaillé comme agent spécial du F.B.I. pendant vingt-cinq ans, appuie les conclusions de l’étude de Human Rights Watch. Cet homme a démissionné après avoir dénoncé, dans son pays, « les dérives de la lutte antiterroriste ». Dans un reportage de l’émission Envoyé spécial diffusé le 12 février 2015 sur la chaîne de télé France 2, il aborde ces informateurs ayant « pour mission d’identifier des cellules antiterroristes avant qu’elles ne passent à l’action ».Certains d’entre eux, « sous pression, [...] auraient été poussés à créer de toutes pièces » ces cellules dans lesquelles ils souffleraient « mot pour mot à leurs contacts les délits pour lesquels ils seront condamnés ».
L’ancien agent ajoute que le F.B.I. est « prêt à fournir des armes, de l’argent ainsi que le plan de l’attaque ». German parle de « fabrication d’affaires » au nom d’une « politique du chiffre ». Il précise que le budget du F.B.I. a beaucoup augmenté ces dernières années – plus précisément depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis –, il « est désormais de 3 milliards de dollars annuels ».
Il semble, selon cet homme, que le F.B.I. tente « d’entretenir la peur dans l’opinion publique et auprès du Congrès [branche législative du gouvernement fédéral étasunien], qui décide de lui donner de l’argent et du pouvoir. » J’ajouterais que la peur instrumentalisée par les élites politiques nord-américaines repose, en l’occurrence, sur une diabolisation du Musulman en général et de tout ce qui nous ramène à l’islam. D’ailleurs, German nous dit que la communauté musulmane, dans laquelle « le F.B.I. mène plusieurs intrusions » – « par le biais de la mosquée ou de l’école », nous précise l’article de L’Obs –, « est suspectée d’office » et non « pas seulement pour fabriquer de faux complots terroristes » mais aussi pour espionner les Musulmans. Par conséquent, nous pouvons facilement partager l’avis de cet ex-agent condamnant les pratiques excessives du F.B.I. qui « à la fois violent la vie privée et les libertés civiques et ne sont pas efficaces contre les vraies menaces ». D’où l’émergence d’un règne de la surenchère sécuritaire anti-libertés. 
Aussi, si nous suivons le novlangue moderne et anti-dialectique — autrement dit, si nous suivons le sens détourné et abrutissant des mots que nous donnent nos « élites » politico-médiatiques —, nous pouvons dire que parfois un djihadiste n’est qu’un tueur en série qui, pendant son délit, juste avant ou juste après, prend la précaution de crier « Allahou Akbar » pour nous faire croire que son acte est raccord avec l’islam même si, en plus :
– son plat préféré est le pied de cochon accompagné d’un bon bourgogne (américanisez la nourriture et la boisson si vous le souhaitez) ;
– il n’a jamais lu une ligne du Coran de sa vie.

Louison Chimel, extrait de Anarchiste conservateur formant un article retrouvable en entier sur
http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/hilla...

10/09/2015

Dans quel mensonge nous vivons (vidéo)

01/09/2015

La Confiance en l'Esprit, extrait 2 de la partie 1

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L'Esprit, fruit de l’Âme, est le moteur de la Pensée. L’Âme, si je veux la distinguer de l’Esprit, je la définirais comme la vitalité originelle, la toile de fond de notre existence, le principe faisant réalité notre essence, au-delà de toutes nos capacités cognitives, et concernant donc tous les êtres vivants. L’Âme est à l'Esprit ce que l'Esprit est à la Pensée. L’écrivain François Cheng nous dit joliment dans ses Cinq méditations sur la mort : « L’Esprit raisonne, l’Âme résonne. »

Avoir confiance en l'Esprit, c'est avoir confiance en la conception la plus complexe de la Pensée qui est la Raison (je pense puis je peux raisonner) en rappelant qu'au sens large un être confiant est un être aimant une chose qui le rassure, le sécurise, le soutient. Avoir confiance en l'Esprit, c'est s'en remettre, par la Raison – mais aussi par l’Intuition, comme je l’explique plus loin –, à la potentialité d'un meilleur spirituel.

Qu'entends-je par meilleur ? C'est, par définition, ce qui est davantage bon. Ce qui, avec une dimension spirituelle, nous ramène à la bonté donc à l'éthique. Analogiquement, nous pouvons faire le lien suivant : mieux – bien – morale. L'éthique contient, contrairement à la morale, une idée d'adaptation, d'évolution donc de progression éventuelle. Pour cette raison, je préfère parler d'un meilleur plutôt que d'un mieux.

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24/08/2015

La vie est un combat

george-foreman-quotes-4.jpgOui, pour moi, la vie est un combat. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour la qualifier. J'aurai su ce que c'est d'être perçu comme spécialement différent sur le plan physique. J’aurai connu la différence au-delà, en raison des conséquences de cette perception sur ma psychologie. J’aurai relevé l'hypocrisie des autres, spécifique à leur approche vis-à-vis de mon handicap physique, à leur appréhension – non démunie d’a priori parfois dévalorisants – par rapport à ce que je peux faire ou ne pas faire. J'ai l'impression d'avoir connu une réalité déformée – ou, pour être plus exact, d’avoir vu la vie à travers un prisme déformé qui, en dernière instance, m’a éclairé sur la vérité. Quelle vérité ? Celle relative à la conscience des éléments essentiels et simples qui constituent le bonheur.
J'aurai cherché à être malin pour savoir faire entendre mon point de vue ou, tout bonnement, me faire respecter malgré des dispositions physiques ne permettant pas de m'imposer facilement.
J'aurai appris la patience et la résignation, face à la douleur entre autres et ce qui m’est fondamentalement impossible de faire. J'aurai appris à prendre soin de moi, même si cela m'a pris du temps que j'aurais voulu utiliser pour les autres.
La vie a cela en commun avec la boxe qu’elle se règle sur un combat ; un combat que nous n’avons pas choisi dans le premier cas ; un combat durant lequel, dans les deux cas, nous cherchons avant tout à survivre et à prendre le moins de coups possibles. J’admire les grands boxeurs car le combat est un moment de vérité, durant lequel nous ne pouvons nous défiler, nous devons résister et, de préférence, nous devons rendre des coups pour nous assurer de rester debout. La vie, ici bas, c’est ce moment de vérité terrestre, qui, un jour, a nécessairement une fin. A cet instant-là, un petit panel de questions sera posé. Combien de fois es-tu tombé au sol ? Combien de temps y es-tu resté ? T’es-tu battu dans l’honneur ? Que pense le public de ta prestation ? Que penses-tu de ta prestation ? Mes dieux feront les comptes. Ils ne seront pas « gentils ». Ils seront fermes mais justes. Pour survivre, il faut, à ma place, détenir un tempérament de boxeur, de chevalier, de guerrier. Ce n’est pas une question de prétention mais d’obligation. C’est donc forcément une confrérie d’esprits bien trempés, mais non démunie de noblesse, qui m’attend… Louison Chimel (texte retrouvable dans son prochain ouvrage : Anarchiste conservateur)

18/08/2015

Le principe fédératif proudhonien opposé à l'actuel fédéralisme européen

cloud-us-eu-flagd540.jpg?epbox(Extrait de mon prochain livre : Anarchiste conservateur)
« Le fédéralisme régional […] ce serait encore une organisation politique de haut en bas. L’organisation vraiment populaire commence au contraire par un fait d’en bas, par l’association et par la commune. Organisant ainsi de bas en haut, le fédéralisme devient alors l’institution politique du socialisme, l’organisation libre et spontanée de la vie populaire. » (Mikhaïl Bakounine, Circulaire à mes amis d’Italie)
Je trouve plus logique de parler de confédéralisme plutôt que de fédéralisme pour préciser la nature du principe fédératif proudhonien (et bakouninien). Ou bien il faut toujours insister sur le fait qu’il est question d’un fédéralisme fortement décentralisé.
Par exemple, dans l’extrait suivant tiré du Principe fédératif, Pierre-Joseph Proudhon utilise lui-même l’adjectif « confédéré » lorsqu’il explique que les pouvoirs de l’autorité centrale doivent être réduits « à un simple rôle d’initiative générale, de garantie mutuelle et de surveillance, dont les décrets ne reçoivent leur exécution que sur le visa des gouvernements confédérés et par des agents à leurs ordres ».
Pour le philosophe franc-comtois, plus la structure géopolitique est grande (une nation est plus grande qu’une région) plus son pouvoir doit être limité. D’ailleurs, au niveau européen, il parlait lui-même de confédération. L’Europe doit être, pour lui, confédérale. Elle doit certes posséder un budget, une cour de justice, un marché commun (libre-échange mais taxe de compensation, liberté de résidence et de circulation) mais son organisation ne peut que reposer sur la volonté des peuples en faisant remonter et respecter leur choix par la démocratie directe d’abord dans leurs communes et cantons. De ce fait, l’Europe confédérale peut paraître difficile à construire. Mais au moins, cette Europe-là, si elle doit exister un jour, sera réellement démocratique.
Une nation, par rapport à un continent, est fédération. Mais elle est, par rapport à ses provinces (ou régions), une confédération bien qu’elle reste, pour les citoyens, fédération par rapport au continent car son pouvoir est plus important. Dans l’Europe actuelle, les choses sont totalement inversées : le pouvoir européen est plus important que ceux des nations qui, à leur tour, sont plus importants que ceux de leurs régions – quoique, à ce niveau-là, il faut voir au cas par cas, l’Allemagne est par exemple un pays fort décentralisé. Par conséquent, nous pouvons tout à fait, par proudhonisme, dénoncer les institutions européennes et défendre contre elles les souverainetés nationales et, en même temps, vouloir un pouvoir beaucoup plus important au niveau régional, départemental, cantonal et communal. C’est le pouvoir d’une structure géographiquement plus petite qui doit appuyer les décisions de la structure qui, toujours géographiquement, se place juste au-dessus d’elle. La délégation du pouvoir se fait de bas en haut et non de haut en bas. En conséquence de quoi le pouvoir, pour sa plus grande partie, reste en bas. La souveraineté européenne doit être le pur reflet des souverainetés populaires donc des démocraties nationales. Icelle doit être le pur reflet des démocraties régionales, etc.
Proudhon nous dit encore : « Dans la fédération, le principe d’autorité étant subalternisé, la liberté prépondérante, l’ordre politique est une hiérarchie renversée dans laquelle la plus grande part de conseil, d’action, de richesse et de puissance reste aux mains de la multitude confédérée, sans pouvoir jamais passer à celles d’une autorité centrale. » Le but est que soit opérée subsidiarité maximale ; autrement dit que le plus grand nombre de problématiques politiques et sociales soit géré à l’entité collective la plus proche possible du citoyen. En effet, il s’agit de donner un pouvoir inédit aux plus petites structures sociopolitiques. Proudhon a, ceci dit, bien conscience d’un « dualisme » qui se formerait entre une « loi d’unité » et une « loi de divergence ». Pourtant, il croit qu’à travers lui se situe un équilibre afin que tout citoyen « empile » consciences sociale, locale, nationale et européenne. Louison Chimel

12/08/2015

La Confiance en l'Esprit, extrait de la partie 7

couv-products-115079.pngLa Force est, pour Platon, l'une des quatre vertus cardinales, avec la Prudence, la Tempérance et la Justice. C'est ce que nous expliquons dans cette partie.
La Tempérance, condition des trois autres vertus, est, en grec, la sophrosyne. Elle désigne la Modération dont l'essence est la Modestie. L'idée est la suivante : la Modestie entraîne la Modération. Mettre de l'eau dans son vin image bien la Modération par la Modestie. La Modération, ou la Tempérance, entraîne ensuite et pour sa part le triomphe du mental sur la matière. En découle l'harmonie entre l'intellect et l'esprit – puisque le mental est la passerelle entre les deux – donc une bonne santé psychique et morale avec le souci de la santé physique.
La Force, ou andreia, c'est le courage digne des héros. D’ailleurs, Georg Hegel les considère comme de très bons exemples de l'Esprit absolu. Ce qui fait le lien avec la Force spirituelle, qui déploie ce dernier, et donc la Force comme vertu cardinale. Puisque, par définition, un héros est moral, la Force est encore la noblesse du combat pour le Bien. Cette noblesse se situe dans le dépassement de nos limites morales afin d’œuvrer dans le bon sens – c'est-à-dire pour le bien d'autrui – ou défendre notre conception de la justice (autrement dit, notre éthique). La Force subsiste naturellement par la constance de l’œuvre pour le Bien demandant une maîtrise de son mental (d'où la sophrosyne).
La Prudence est la phronesis c'est-à-dire la sagesse pratique aristotélicienne. Elle repose sur un discernement moral – donc sur le pouvoir de la moralité – faisant choisir les moyens adéquats afin de réaliser le Bien.
La Justice, ou dikaiosyne, est la volonté morale de remettre à chacun ce qu'il mérite. Remarquons que si Platon s'arrête à ceci concernant la définition de cette vertu, Aristote la voit aussi comme l'accomplissement moral d'un individu par son respect des lois afin que subsiste la paix civile.


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31/07/2015

La Confiance en l'Esprit, nouvel extrait de la partie 5 (la Force spirituelle : indispensable à l'Esprit absolu)

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La Force spirituelle est l'animation fulgurante de la pensée. L'esprit n'est-il pas, par ailleurs, l'animation que je qualifierais de pure, autrement dit l'animation de l'anima ? En latin, l'anima, c'est l'âme. Plus anciennement, l'anima est synonyme d'animus mais aussi, plus intéressant, de spiritus. Et spiritus signifie le souffle vital, voire la vie elle-même. Comment donc, sans passion, concevoir ce souffle, imaginer ce désir essentiel d'agir, sans cependant occulter la Raison ? 

Il s'agit de concevoir une globalité de la vitalité à travers la somme des vitalités du sentiment, de l'intellect et de l'esprit. Vivus se rapporte à la fois à ce qui est vivant et vif. De là, je fais de mon vivus une association de la vitalité et de la vivacité – la seconde dépendant naturellement de la première – de sorte que je pense la vitalité absolue telle la somme des vivacités du sentiment, de l'intellect et de l'esprit. Le mental – mot venant du latin mens signifiant pensée, lui-même issu du grec ancien menos signifiant esprit –  est, quant à lui, la passerelle entre l'intellect et l'esprit. 

En prenant pour référence le philosophe allemand Georg Hegel mais aussi le dieu grec Dionysos – qui promettait à ses convives l'immortalité par l'exaltation des plaisirs des sens –, l'ivresse du sensible (par l'art), de l'intelligible (de l'art à l'esthétique et à la philosophie) et du spirituel (de la philosophie à une sagesse empreinte de moralité) fonderait l'Esprit absolu.

L'Esprit absolu est alors le résultat d'un système d'élévation spirituelle. On peut le voir aussi comme son amorce étant donnée la Force de l'esprit se rapportant à l'élan vital de celui-ci. Telle la conscience originelle qui est une propriété de l'être pensant, la Force spirituelle donne à ce dernier l'accès à une méditation qui, si active par déploiement de l'Esprit absolu, devient, à terme, passive tout en restant libératrice. On peut rapporter la passivité en question à la passio – terme latin, origine de la passion – entendue ici comme la passion originelle et universellement vitale. Pensons aussi à la figure du Bateleur, être à l'esprit indivisible et innocent. Sa force spirituelle réside dans son unité fournissant une importante potentialité à l'Esprit absolu, car parfaitement située à la racine de son élévation, au commencement de son initiation. En reliant esprit et conscience par le savoir, je répète que le Savoir absolu n'est pas tout savoir mais savoir que l'on sait et, pour cela, qui l'on est. 

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25/07/2015

Marchez sur notre terre douce et sacrée ! (Edward Abbey)

Desert-Solitaire-2783133.jpg« Que puis-je dire à ces gens ? Comment puis-je libérer, désincarcérer ces mollusques à roulettes enfermés dans leurs coquilles de métal hermétique ? La voiture comme boîte de conserve, le ranger du parc comme ouvre-boîte. Hé ho ! ai-je envie de crier, hé ho les gars, bon sang sortez de vos foutues machines, enlevez-moi ces putains de lunettes de soleil et ouvrez grand les yeux, regardez autour de vous ; jetez-moi ces satanés foutus appareils photo ! Bon Dieu les gars, qu'est-ce que c'est que cette vie, si à tant s'inquiéter il n'est de temps pour s'arrêter, pour contempler ? Hein ? Enlevez un peu vos chaussures, descendez la braguette, pissez joyeusement, plantez les orteils dans le sable chaud, éprouvez-moi cette terre crue et rude, cassez-vous un peu les ongles de pied, que du sang coule ! Et pourquoi pas ? Bon sang, Madame, ouvrez-moi cette fenêtre ! Vous ne voyez rien du désert si vous ne le sentez pas. C'est poussiéreux ? Bien sûr que c'est poussiéreux – c'est l'Utah ! Mais c'est de la bonne poussière, de la bonne poussière rouge de l'Utah, riche en ferraille, riche en raillerie. Coupez-moi ce moteur. Sortez de cette caisse de tôle et étirez un peu ces jambes variqueuses, enlevez votre soutien-gorge et prenez un peu de soleil sur vos vieux trayons ridés ! Et vous, Monsieur, qui regardez la carte pendant que votre radiateur bout et qu'un tampon de vapeur bouche votre circuit d'essence, exfiltrez-vous de cette boîte de merde chromée siglée GM et allez marcher un peu – oui, laissez donc la vieille bourgeoise et les gnards hurlants, tournez-leur le dos et allez marcher droit dans les canyons, perdez-vous un moment, revenez quand foutu bon vous semble, ça vous fera sacrément bien à vous et à elle et à eux. Et aussi : lâchez un peu la grappe à vos enfants, laissez-les sortir, qu'ils aillent escalader les rochers et chasser les serpents à sonnette et les scorpions et les fourmis rouges – oui, Monsieur, laissez-les sortir, libérez-les ; comment osez-vous emprisonner des petits enfants dans votre foutue carriole toutes options sauf les chevaux ? Oui, Monsieur, oui, Madame, je vous en conjure, sortez de vos fauteuils roulants motorisés, levez vos culs vulcanisés, tenez-vous debout comme des hommes ! comme des femmes ! comme des humains ! et marchez – *marchez* – MARCHEZ sur notre terre douce et sacrée. » (Edward Abbey, Désert solitaire)

20/07/2015

Très bon documentaire sur le marché du médicament