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25/11/2015

Le rôle politique de la noblesse

Aramis%20coul.jpgSi nous cherchons à associer le sens vertueux de « noblesse » à la caste du même nom, retrouvable sous l’Ancien régime, alors il faut différencier la noblesse d’épée de la noblesse de robe ; la seconde succédant historiquement à la première. Dans Naissance de la noblesse, l’historien allemand Karl Ferdinand Werner rappelle Chateaubriand. Selon ce dernier, « la noblesse n'est-elle pas « sortie » de « l'âge des supériorités » pour tomber dans celui des « privilèges » avant de s'éteindre dans celui des « vanités » ? ». Werner tranche ainsi : « Une noblesse exerçant d'importantes responsabilités politiques et culturelles sur le plan européen, national et régional, voilà une image bien différente de celle d'une classe vainement occupée à défendre ses privilèges au moment de son déclin. Comment aurait-elle pu, sans forces ni qualités, rester un millénaire au cœur de l'histoire ? »
En parlant des responsabilités en question, l’Allemand nous dit que, au temps de son « âge des supériorités », la noblesse dirigeait les hommes et « n'était coupée ni du « peuple » ni du roi ». Ce dernier était lui-même un noble, que le peuple, par l’intermédiaire de la noblesse censée le représenter, « pouvait élire » ou « déposer ». À cette époque, « les chefs des principautés et des seigneuries restèrent plus proches des populations que le roi, qui de toute façon avait besoin de la noblesse pour exercer son pouvoir et faire exécuter ses ordres ». Ainsi, la noblesse d’épée (car, ici, il s’agit d’elle) avait « une sorte de « monopole du pouvoir direct » entretenu jusqu’au XVe siècle, « époque où la royauté dut péniblement se lancer dans la reconquête du contact direct avec « son » peuple en reprenant les principautés ». En effet, la Monarchie va clairement chercher à affaiblir le pouvoir de la noblesse d’épée, évidemment relative à la féodalité traditionnelle. D’où le phénomène de centralisation, douce mais sûre, du pouvoir national à Paris, dont le roi, avec sa noblesse de robe à partir du XVIIe siècle, est le bénéficiaire. Ce qui, au passage, aux temps révolutionnaires, va faciliter la mise en pratique du centralisme jacobin dont l’idéal est soutenu par ceux qu’on va nommer les bourgeois. Mais qui sont ces derniers ?
Déjà, rappelons que certains progrès techniques soutenus par l’Église, car réduisant le paupérisme, va entraîner une augmentation de la population dans ce qui sera appelé les bourgs. Ce sont les habitants de ces bourgs – à l’origine de nos villes modernes – qui vont être appelés les bourgeois et qui, forts de leurs économies et capacités d’entreprendre, vont traiter avec la Noblesse puis l’embrasser pour l’étouffer totalement, noblesse de robe y compris. Et ce, notamment en défendant stratégiquement l’idéal révolutionnaire. D’où l’historique Nuit du 4 août 1789, soit l’Abolition des privilèges et des droits féodaux.

Werner parle ainsi de l’augmentation de l’influence des bourgeois, « fiers de leurs connaissances ou de leur fortune », qui vont économiquement, intellectuellement, politiquement offrir au pouvoir royal « leurs services en concurrençant la noblesse, puis en la remplaçant ». Ils la remplacent même jusqu’à prétendre qu’ils sont les nouveaux représentants du peuple devenant officiellement nation une fois qu’ils ont fait trancher la tête au roi, au nom notamment de l’égalité.
L’aristocrate authentique – qui (que nous le regrettions ou non selon notre sensibilité démocratique et égalitaire) conserve pendant des siècles « le quasi-monopole du savoir » – est alors remplacé par « le faux noble et le bourgeois triomphant ». Ces deux derniers ne font qu’imiter le mode de vie du premier. C’est la noblesse de robe avec ses bourgeois anoblis. Soit, encore, cette « haute société qui regroupe les dignitaires des républiques comme des monarchies, les diplomates et les militaires, nobles ou non, et les hommes appartenant aux nouvelles élites légitimes si elles peuvent se prévaloir de mérites quelconques, illégitimes au contraire dans toutes les formes de nomenklatura, leurs privilèges apparaissant d'autant plus scandaleux qu'elles se réclament d'une idéologie égalitaire ». Anthony Michel, extrait des Cahiers d'un anarchiste conservateur

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