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28/01/2016

Gare aux « réactionnaires », ils sont partout ! (Un rétroviseur, ça doit servir ! (3/4))

NOTE (1) Gare aux « réactionnaires », ils sont partout !
« C’était mieux, le Monde sans téléphone portable et/ou sans Internet » : voilà un exemple simple de jugements qui, même dans le cas où ils s’accompagnent d’une certaine argumentation, auront peu de mal à réveiller des préjugés chez toute personne veillant à s’adapter à la modernité (il n’y a, d’ailleurs, pas que de mauvaises raisons à cela). Quels préjugés exactement ? Ils peuvent s’exprimer par des qualificatifs uniquement injurieux com-me (pour les plus polis d’entre eux) « idiot », « stupide » ou « crétin ». Nous avons, sinon, plus élaboré et bienveillant : « illuminé ». Nous avons, enfin, ceux typiquement à la mode comme « réactionnaire ». En l’occurrence, si nous voulons passer pour un expert de la gâchette verbale au cours des « buffets dînatoires » pour bourgeois bohèmes bien pensants, il faut opter pour la formule raccourcie : « réac ».
Si je pense que, par certains côtés, nous pouvions vivre mieux quand le mobile n’existait pas alors je suis automatiquement un réac.
Évidemment, nous avons des réactionnaires plus fréquentables que d’autres. Un Lorànt Deutsch, par exemple, passe encore à la télévision « malgré » ses livres sur l’histoire de France avec une approche monarchiste. Toujours est-il qu’en 2013 sur le plateau de l’émission de télé nommée Touche pas à mon poste, tandis qu’il nous rappelait ce qui, pour moi, est une banalité – « On est les héritiers d'une histoire ! » –, il a reçu comme réponse entre autres un « Non, ça c'est réactionnaire ! » de la part du journaliste Gilles Verdez. Précisons que, dans la bouche d’un distributeur médiatique de brevets de « bonnes vertus » modernistes et mondialistes, un réactionnaire est accessoirement un raciste donc un nazi, confondu avec un facho – abréviation de « fasciste » –, laissant donc entendre que nazisme et fascisme c’est exactement la même chose (à ce propos, vouloir apporter des nuances historiques par simple amour de la vérité est bien entendu suspect).
Pourtant, en utilisant à tire-larigot le terme de « facho », ne banalisons-nous pas ce que peut comporter de moralement nuisible l’idéologie fasciste authentique ? En outre, s’il y avait réellement autant de fascistes représentés par ceux que la gauche du Politiquement correct surnomme fachos, je pense que nous serions encore sous un régime de chemises noires. Comme ce n’est pas le cas, nous pouvons en déduire facilement qu’un certain nombre de personnes qualifiées de fachos ne sont pas fascistes. Une remarque analogue à propos d’une autre abréviation : très souvent aujourd’hui, le professeur est un prof. Certes, dans ce cas, celui qui est qualifié de prof est généralement un vrai professeur, un individu exerçant le métier d’enseignant. Je constate toutefois que c’est historiquement quand l’autorité du professeur s’est bien affaiblie que ce dernier est devenu un simple « prof ». (Cela ne sous-entend pas que j’idéalise l’école d’antan.) En conséquence, parler de facho et de prof nourrit le mépris des rôles éthiques de l’histoire et de l’enseignant.
Sans vérifier, je parie quand même que, dans le dictionnaire – pardon, dans le dico –, fasciste et facho n’ont pas le même sens. Au passage, à défaut de fréquemment consulter le dictionnaire papier comme autrefois, nommons-le dico. En résumé, le professeur et le dictionnaire, en perdant de leur prestige culturel, étaient prêts à ne devenir qu’un prof et un dico. En suivant la même logique, nommons donc fachos un ensemble hétéroclite d’individus – notamment les « cathos tradi », les monarchistes
et puis, pendant que nous y sommes, tous les opposants à la Gestation Pour Autrui – sans savoir vraiment ce dont retourne historiquement le fascisme. Louison Chimel, Les Cahiers d'un Anarchiste conservateur

18/01/2016

Un rétroviseur, ça doit servir ! (2/4)

retroviseur%20ID%201960.jpgÀ côté de cela, nous avons des zones rurales de plus en plus désertiques. Bien sûr, il faudrait territorialement répartir autrement les populations. Ce qui peut justifier que le lieu géographique idéal de la postmodernité est la campagne. À partir de là, les postmodernes seraient en particulier des anciens urbains devenant des néo-ruraux, s’alliant avec ceux qui, quant à eux, n’ont jamais cessé d’être des ruraux, qui leur feront découvrir les joyeuses connexions avec l’esprit de la nature afin de vivre en harmonie avec elle. La campagne, avec ses petits villages regroupés devenant des communes authentiques, pourrait ensuite servir d’exemple-levier en termes de conscience locale, citoyenne (avec la démocratie directe) et sociale (avec l’entraide organisée en associations et coopératives). Historiquement, quoi qu’il en soit, la vie rurale s’est fréquemment organisée de façon confédérale.

Un certain nombre de personnes chez qui je n’ignore pas les « fortes convictions » aiment affirmer qu’il faut accepter que le Monde « change », ou « avance », comme il est en train de « changer », ou « avancer ». Seulement voilà, nous pouvons très bien « changer en mal » ou encore « avancer dans le mur ». Sans que, pourtant, il évolue dans un confort économique, matériel ou mental particulier assuré par des modalités institutionnelles, techniques ou éthiques en cours, qu’un quidam soit si attaché à l’idée de « vivre avec son temps » peut parfois relever d’une peur, chez lui, de se retrouver seul à défaut d'être soi-même.
L’anarchiste conservateur, avec son sens de l’histoire, est amené à faire régulièrement des comparaisons entre présent et passé dans le but de faire, dans le monde actuel, la distinction entre ce qui nous fait perdre et ce qui nous gagner en liberté, en considérant éventuellement – au risque de donner des boutons à tout progressiste dogmatique – qu’il existe des choses qui étaient « mieux avant ». (1)

Ceci étant dit, il ne s’agit pas, bien sûr, d’idéaliser le passé puisque, pour prendre quelques exemples :
– la modernité fournit une technicité salutaire dans le domaine de la médecine ou de l’aménagement de la vie matérielle pour les personnes à mobilité réduite – pour peu, cependant, qu’elles vivent dans des pays riches. Par contre, au nom de l’utopie d’un monde sans armes, les « progrès » techniques dans le domaine militaire peuvent toujours être jugés regrettables ; à moins que l’ensemble des États du Monde soient dans une posture de dissuasion généralisée, ce dont nous pouvons toujours douter quand certains d’entre eux restent beaucoup plus armés que d’autres ;
– depuis la mort du nazisme, sans pour autant négliger l’émergence actuelle de mouvements politiques comme le parti grec Aube dorée se réclamant ouvertement d’icelui, nous pouvons trouver qu’en Occident, globalement, le racisme sous toutes ses formes a perdu du terrain ;
– il existe actuellement une prise de conscience inédite en matière d’écologie même si, bien sûr, elle succède à un laisser-aller généralisé et lui-même inédit durant le siècle dernier, relatif à l’ensemble des phénomènes d’industrialisation cherchant parfois à être justifiés par une rhétorique libérale moderniste qui concrètement appuie les intérêts du Grand capital ;
– nous pouvons trouver qu’il existe, parmi les classes populaires occidentales, un plus grand respect de l’individualité qu’autrefois. En même temps, ce progrès est à double tranchant. Car la défense de l’individualité – autrement dit, de l’unicité individuelle – ne doit pas abîmer la Décence ordinaire, sens de la solidarité et celui, s’il existe encore, de la fraternité. Néanmoins, défendre l’individualité n’est pas défendre le droit de faire tout et n’importe quoi en écoutant seulement nos désirs. Par exemple, il ne faut pas remettre en cause le droit de la filiation sous prétexte qu’il existe de nouvelles techniques de procréation avec, comme conséquences, une marchandisation de l’enfant.

Nous pouvons, par contre, trouver que le concept d’individualité n’est pas adapté aux sociétés tribales. Or, l’individualité n’est pas absente dans ces dernières dans le sens où la solidarité qu’on y retrouve ne découpe pas l’homme de de ce qu’il est. Au contraire, nous sommes d’autant plus humains que nous sommes solidaires. Ainsi, nous nous trouvons, ou retrouvons, davantage, nous déployons notre individualité – à travers les caractéristiques propres à notre personnalité – à mesure que nous sommes des humains dans la complétude humaine, évidemment empreinte de moralité et de spiritualité.
L’individualité, donc, n’est pas à promouvoir sous l’étiquette de l’individualisme libéral (déjà abordé plus haut) – avec individualisation des rapports sociaux devenant égoïstes sinon nuls – faisant des êtres soumis à l’ultralibéralisme – avec atomisation des individus devenant de pitoyables névrosés consommateurs. À l’opposé de la complétude humaine, de l’accomplissement de la décence intégrale, il y a l’homme qui n’est que l’ombre de lui-même.
Les dirigeants de ce Monde usent « intelligemment » de notions positives – en phase, en d’autres termes, avec l’idée d’émancipation – pour tromper les populations. De là, attention à ce qu’ils n’attisent pas, par exemple, notre égocentrisme plutôt que notre individualité. De toute façon, cette dernière se révèle par un travail conscient sur nous-mêmes et non pas en nous remettant à un tiers censé savoir qui nous sommes. Plus largement, les dirigeants politico-médiatiques peuvent malhonnêtement nous faire croire que nous sommes libres de ceci ou de cela. En termes, par exemple, de liberté d’expression, nous pouvons facilement constater qu’il existait encore dans les années 1980 des émissions T.V. et des journaux avec une liberté de ton inouïe par rapport à ce qui nous est proposé aujourd’hui. Pour calmer les colères populaires d’un côté, profiter des êtres déjà à moitié endormis de l’autre côté, les élites mondialisées entendent serrer la visse s’il le faut pour faire perdurer leur domination.
En vérité, l’anarchisme conservateur doit être un positionnement précurseur de la postmodernité. La modernité est incontournable. Il ne s’agit pas d’être réactionnaire et de l’ignorer mais de la dépasser dans le but de, en reprenant mes précédents points :
– réhabiliter une grande liberté d’expression pour la santé du débat public. Quelle que soit la dictature, elle est amenée à malmener cette liberté. Dès que nous considérons que nous sommes dans une dictature ultralibérale, nous devons être vigilants en matière de liberté d’expression, en n’attendant point, évidemment, la permission de parler mais en prenant tout bonnement la parole. « La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise. » (André Malraux). Il faut également dénoncer la technique qui vise à criminaliser l’arrière-pensée ; c’est-à-dire à juger l’autre non pas sur ce qu’il a fait ou dit mais sur ce que, soi-disant, il voulait dire (2) ;
– concevoir l’individualité à travers les vertus de la Décence ordinaire, en les mettant publiquement en avant, pour lutter notamment contre l’indécence sociale et économique en général, « l’indécence extraordinaire des dominants » (3) en particulier (expression orwellienne). Parmi ces vertus, précisons ici l’antiracisme apaisé et fraternel, à opposer à l’antiracisme communautarisé (oxymore) et institutionnalisé de l’oligarchie en place qui hiérarchise et ethnicise les souffrances historiques dans le but
de maintenir sa domination en entretenant des divisions populaires. Attention à l’invention de problèmes ou l’extrapolation de situations relatives à des questions de discriminations reposant sur ce que sont les individus et qu’ils n’ont pas choisis (couleur de peau, physique, sexe). Sur le plan professionnel, il faut, bien entendu, combattre la discrimination à l’embauche et utiliser, pourquoi pas, les C.V. anonymes. Sur le plan historique, l’honnêteté nous amène à avoir un positionnement équilibré entre, par exemple, la conscience de l’existence passée de politiques racistes (traite négrière, nazisme) et l'actuelle manie victimaire comme éventuel objet de manœuvre politique. Ce sont aux classes populaires de montrer l’exemple dans la vie de tous les jours et de ne point se soumettre à l’instrumentalisation politicienne relative entre autres aux précédentes problématiques ;
– préserver la nature et concilier un certain écologisme avec l’idéal confédéraliste et le système économique préférable pour ce dernier : le socialisme autogestionnaire ;
– défendre un positionnement géopolitique confédéral et pacifique à l’égard de l’ensemble des peuples du Monde en opposition à toute théorie promouvant un gouvernement mondial puisque, forcément il sera seulement le pouvoir et la vision de quelques uns. D’où la nécessité de considérer la sensibilité patriotique et internationaliste comme opposée à l’idéologie mondialiste. Louison Chimel, Les Cahiers d'un anarchiste conservateur

14/01/2016

Un rétroviseur, ça doit servir ! (1/4)

RETRO-3486.JPGEn allusion à « l’éloge du rétroviseur » réalisé par Jean-Claude Michéa dans l’un de ses ouvrages, expliquons que le rétroviseur – en politique mais aussi dans la vie quotidienne – est un objet capital afin d’avoir une bonne conduite. En tant que dispositif permettant, à bord de notre auto, de voir derrière nous, le rétroviseur nous assure une plus grande sécurité.
Effectivement, pour avancer en toute sécurité, il faut savoir regarder régulièrement dans ses rétroviseurs. Il ne s’agit pas de faire un éloge du passé mais de savoir regarder le passé pour mieux aborder l’avenir. En ce qui concerne l’anarchiste conservateur, il cherche bel et bien à avancer mais tout en prenant en compte les bienfaits du passé. Le réactionnaire, en revanche, cherche plutôt à reculer, à simplement remonter le temps.
Certes, savoir conduire, c’est savoir entre autres reculer. Mais, en voiture, nous avançons beaucoup plus que nous reculons ! Nous regardons dans le rétroviseur plus souvent pour avancer en toute sécurité (anarchiste conservateur) que pour reculer (réactionnaire).
Nous reculons surtout, à vrai dire, pour nous garer. Comme, dans nos pensées, nous remontons quelquefois le temps, nous cherchons à revivre des souvenirs et cela nous rend heureux : c’est la nostalgie. Puis vient le moment de revenir au temps présent et de continuer notre route…
Si je ne regarde jamais derrière moi, je m’entraîne malheureusement à oublier d’où je viens. Sur un plan moral alors, je renie mes erreurs. Sur un plan intellectuel, difficile de cumuler consciemment des connaissances.
Savoir regarder derrière nous, c’est – sur un plan plus social, relationnel, sentimental – vouloir aujourd’hui rééditer de bons moments passés. Pas tous, car nous savons que nous ne pouvons remonter le temps. Mais pas d’amitié profonde sans souvenirs, sans les cultiver un minimum dans les esprits, sans retrouvailles pour les prolonger. Cela relève d’une volonté initiale de conserver. Justement, George Orwell nous rappelle bien que conserver permet de développer. Le philosophe contemporain Bruce Bégout, auteur d’un essai sur ce dernier, nommé De la décence ordinaire, nous dit : « La préservation de certains aspects doux et bons de la vie ordinaire doit servir de base pour une transformation sociale allant dans le sens de l’extension des valeurs telles que l’égalité, le respect, la décence, etc. » (Entretien sur le site internet Article 11 du 22 décembre 2009) Conservateur oui, mais anarchiste également ! Sur le terrain politique, il y a volonté de généraliser la dignité, par une anthropologie de l’honneur et de la droiture mais aussi de la générosité et de la politesse.

J’en reviens à mon rétroviseur. Si, sur la route, je ne regarde jamais à l’intérieur de celui-ci, j'ignore les risques qu’on me rentre dedans. Le conducteur derrière moi va peut-être plus vite que moi. Il est un danger pour moi comme d’ailleurs, étant donnée ma vitesse, je peux être un danger pour lui, même si, dans ce cas, il vaut mieux que nous allions tous les deux moins vite. En conséquence de quoi, le rétroviseur permet de mieux respecter l’autre en prenant en compte son évolution. En même temps, en roulant devant lui, c’est comme si nous lui montrions le chemin, éclairions la voie.
Si maintenant je recule en ignorant le rétroviseur, je suis tel ce réactionnaire ne respectant pas les autres qui ne partagent pas sa position. L’ordre ancien qu’il défend devient trop inadapté à l’ordre actuel tant il se découpe de l’humanité qui évolue avec lui et dont, qu’il le veuille ou non, il fait partie.
En même temps, en utilisant bien sûr le rétroviseur, aller parfois en arrière, c’est, selon certains, aller de l'avant ! Autrement dit, l’anarchiste conservateur est amené à considérer que la liberté est plus à redécouvrir qu’à découvrir. Il est le gardien du temple des libertés passées ; ces libertés perdues que nous trouvions autrefois, que nous retrouvons encore, dans les endroits reculés, à la campagne, où ni la police de la pensée ni la police proprement dite surveillent à tout bout de champ la conduite des gens ordinaires. D’où cette pensée, plutôt radicale, d’Edward Abbey dans son livre Désert solitaire en 1968 : « Nous avons besoin de la nature », d’un « refuge même si nous n'aurons peut-être jamais besoin d'y aller. Je n'irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l'Alaska soit là. Nous avons besoin de pouvoir nous échapper aussi sûrement que nous avons besoin d'espoir ; sans cette possibilité, la vie urbaine pousserait tous les hommes au crime ou à la drogue ou à la psychanalyse. »
Les pensées traditionnelles ont très généralement des postures raisonnables et des intentions protectrices à l’égard de la nature. D’où, chez l’anarchiste conservateur, un certain intérêt pour elles sinon pour les traditions elles-mêmes qui font vivre une part de liberté :
– collective à travers le lien social qu’elles font maintenir ;
– plus intérieure et individuelle par leur éventuelle dimension créative (je pense à l’artisan inscrit dans une certaine tradition locale).
Certaines villes, elles, sont devenues des mégapoles, avec une incroyable concentration de populations dont, majoritairement, l’origine est forcément « importée » puisque, sur les terres en question, il n’y avait autrefois qu’une ville ou cité. Importation concernant immigrés ou anciens ruraux, le lien social est à recréer. Mais, à l’inverse des sociétés traditionnelles – avec leurs familles, clans et tribus –, l’identification à un groupe social est plus difficile dans les zones urbaines émanant de la modernité capitaliste. La notion de citoyenneté, pour sa part, semble, en vérité, toujours plus adaptée à ces dernières zones qu’à des schémas traditionnels. Mais, dans les deuxièmes et compte tenu du sens de la communauté qui y est retrouvable, le fonctionnement politique et civique intègre la prise de décisions à plusieurs et, plus globalement, des comportements démocratiques même s’il s’agira alors, au-delà de l’échelon familial, de représenter une voix par famille au niveau du champ décisionnaire clanique puis une voix par clan au niveau du champ décisionnaire tribal.
Le sens de la communauté – avec sa volonté collective d’établir une vérité commune et de défendre un intérêt commun – est ancré dans les sociétés traditionnelles. C’est comme si, par contre, il avait fallu faire redécouvrir tout cela aux populations urbanisées, regroupées dans des chaînes d’immeubles. D’où la citoyenneté de notre modernité républicaine, dont les origines théoriques a des vertus – par exemple, sous la plume d’un Jean-Jacques Rousseau – mais qui va, en même temps, nourrir un individualisme libéral invitant l’individu à se défaire des « chaînes » qui le liait jusqu’ici à des groupes sociaux de petite taille, avec un mépris culturel suprémaciste qui fait le pont entre un Benjamin Constant et un Jules Ferry, entre le début et la fin du XIXe siècle. Ainsi – compte tenu, en plus, de la ploutocratisation des institutions depuis maintenant quelques siècles –, le salut ne peut être dans la tribu mais dans cette citoyenneté qui fait de l’homme moderne un simple électeur qui ne doit pas lui-même écrire la constitution avec ses voisins, ni les lois. Il ne doit pas non plus chercher à mettre en avant un corpus précis de valeurs dépassant la laïcité comme simple contrat de cohabitation et de respect mutuel de soumission à la Loi du Marché. Ce sont pourtant ces précédents « groupes sociaux de petite taille » qui assurent l’heureuse socialité primaire et protègent l’homme d’une anthropologie libérale consistant à tout considérer comme un échange marchand, avec son « tempérament » d’essence atomisée et consommatrice.
Car, en effet, cet homme – qui devait être « supérieur » à celui « survivant » dans les sociétés qualifiées de primitives au nom de la précédente médisance suprémaciste – semble bien isolé et malheureux. Il est à même, en outre, de côtoyer cette pauvreté massive et urbanisée, forcément inédite dans l’histoire de l’humanité. Louison Chimel, Les Cahiers d'un anarchiste conservateur

10/01/2016

Point de la semaine : notre incapacité politique (partie 4)

Dernier point de la semaine associé aux autres réunis sous le nom de « notre incapacité politique ». Je fournis ici des informations répondant à quelques questions concernant l’idéal confédéraliste (ou fédéraliste intégral).

DE L’AN-ARCHIE, L’ORDRE JAILLIT
D’abord, ce dernier remet-il en question l’existence de l’État ? Pour répondre, je m’en remets à l’un des principaux théoriciens du fédéralisme intégral, ce cher Pierre-Joseph Proudhon. Lui, ne remet pas totalement en cause l’existence étatique. À vrai dire, qu’importe, selon lui, comment nous l’appelons… Dans ses Confessions d’un révolutionnaire, il nous dit en effet : « Le gouvernement, l’État, le pouvoir, quel que soit le nom que vous lui donniez, ramené à ses justes limites, qui sont, non de légiférer ni d’exécuter, pas même de combattre ou de juger, mais d’assister, comme commissaire, aux prêches, s’il y a des prêches ; aux débats des tribunaux et aux discussions du parlement, s’il existe des tribunaux et un parlement ; de surveiller les généraux et les armées, si les circonstances obligent de conserver des armées et des généraux ; de rappeler le sens des lois et d’en prévenir les contradictions ; de procurer leur exécution, et de poursuivre les infractions : là, dis-je, le gouvernement n’est autre chose que le proviseur de la société, la sentinelle du peuple. »
En fait, à partir de là, pour Proudhon, « le gouvernement n’existe plus, puisque, par le progrès de leur séparation et de leur centralisation, les facultés que rassemblait autrefois le gouvernement, ont toutes, les unes disparu, les autres échappé à son initiative ».
Ainsi, « de l’an-archie est sorti l’ordre ». Nous obtiendrions plus précisément :
« la liberté des citoyens, la vérité des institutions, la sincérité du suffrage universel, l’intégrité de l’administration, l’impartialité de la justice, le patriotisme des baïonnettes, la soumission des partis, l’impuissance des sectes, la convergence de toutes les volontés » ;
– une société « organisée, vivante, progressive ; elle pense, parle, agit comme un homme, et cela précisément par ce qu’elle n’est plus représentée par un homme, parce qu’elle ne reconnaît plus d’autorité personnelle, parce qu’en elle, comme en tout être organisé et vivant, comme dans l’infini de Pascal, le centre est partout, la circonférence nulle part ».

UNE CENTRALISATION POSITIVE
Une seconde interrogation peut porter sur le degré de décentralisation des pouvoirs politiques dans la confédération nationale (logique qui peut s’étendre au monde entier). Si le fédéralisme en question est dit intégral, c’est pour invalider totalement l’actuelle pyramide des pouvoirs en vigueur et réaliser leur décentralisation maximale. Ce qui reste de pouvoir à un échelon territorial supérieur est ce que veulent bien déléguer les citoyens à l’échelon inférieur, avec un contrôle permanent et une possible remise en cause par eux-mêmes de ce qui est délégué — remplacement du mandat représentatif par le mandat impératif.
Si cette remarque vaut pour le volet politique, il vaut également pour celui économique. L’autogouvernement en politique vaut l’autogestion dans le domaine professionnel et économique.
En son temps, Pierre-Joseph Proudhon (à nouveau lui) a beaucoup critiqué la concentration des pouvoirs nationaux par le centralisme étatique (hérité du jacobinisme).
Or, voyons ici que, toujours dans ses Confessions d’un révolutionnaire, il associe ce centralisme au despotisme et à l’insidieux processus de représentativité et défend en contrepartie un autre « mode » (mot qu’il emploie) de centralisation. De cette façon, Proudhon oppose deux types de centralisation :
– celle des États « despotiques et représentatifs » qui est « l’autorité, héréditaire ou élective, qui du Roi, Président ou Directoire descend sur le Pays et absorbe ses facultés » ;
– celle reposant sur le contrat, celle des sociétés « d’hommes libres, qui se groupent suivant la nature de leurs industries ou de leurs intérêts, et chez lesquels la souveraineté, collective et individuelle, ne s’abdique ni ne se délègue jamais ».
Dans le second cas, « l’unité sociale, au lieu de résulter [comme dans le premier cas] du cumul et de la confiscation des forces par un soi-disant mandataire du peuple, est le produit de la libre adhésion des citoyens. En fait et en droit, le Gouvernement, par le suffrage universel, a cessé d’exister ».
D’où la centralisation proudhonienne s’effectuant « de bas en haut, de la circonférence au centre », avec autonomie de toutes les fonctions administratives se gouvernant, en effet, « chacune par elle-même ».

DE LA CENTRALISATION POSITIVE AU DEGRÉ SALUTAIRE D’UNITÉ NATIONALE,
DE CETTE UNITÉ A LA MONARCHIE POSITIVE
Tout phénomène de centralisation dépend d’une certaine unification. Ainsi, la précédente centralisation positive dépend forcément d’un degré salutaire d’unité nationale. On peut juger que le fédéralisme intégral — soit ce confédéralisme absolu — défendu par Proudhon détricote de trop l’unité nationale ; ce qui, au passage, met de côté tout mythe nécessaire à l’unification en question.
D’où la solution monarchique conçue comme « l’anarchie plus un » par l’école néo-monarchiste de l’Action française. Si nous voyons, dans cette « anarchie plus un », l’incontournable prolongation de « l’anarchie positive » de Proudhon — au nom de ce qui a été dit précédemment mais aussi, et tout simplement, de la dose nécessaire de stabilité institutionnelle —, comment définir raisonnablement le rôle d’un nouveau roi de France ?

HenriIV.JPGLe roi de France, par l’éducation civique et patriotique qu’il aura reçue, ne peut que bien connaître l’histoire de France ainsi que constituer lui-même une référence éthique, un exemple de bonne conduite pour toute la jeunesse de France.
Le roi est à même d’incarner :
l’indépendance et la souveraineté du pays, qui reposent sur la faculté de la France à battre sa propre monnaie, faire ses propres lois, assurer l’indépendance de son système judiciaire (non soumis à des instances supranationales) et de son armée destinée avant tout à assurer la paix civile et non à faire des guerres en dehors de ses frontières en ne respectant pas la souveraineté des autres pays ;
une continuité historico-éthique nationale, les spécificités de la civilisation française, la mémoire des hommes et des femmes ayant résidé sur le territoire national, avec leurs luttes émancipatrices et leurs positions garantissant la décence ordinaire ;
les principes moraux non négociables, retrouvables dans la constitution nationale, assurant l’équité entre tous les Français, les traitements impartiaux et sans discrimination ;
– les vertus à la fois cardinales et théologales, au nom des origines philosophiques et religieuses de la France – de l’éthique des Grecs de l’Antiquité et du paganisme au catholicisme.

Le roi peut :
– avoir un pouvoir très limité. Il donne son avis dans l’intérêt du peuple pouvant l’appuyer et, souverainement, choisir l’option royale ;
– même être une autorité sans pouvoir particulier, comme certains chefs de tribu mélanésienne. Ce sont ces « hommes d’influence » dont il est collectivement reconnu le prestige. Ce dernier se retrouve, chez le roi, à travers entre autres ses capacités à servir (non à se servir) et à protéger (non à veiller à ce que son statut soit conservé puisqu’il est roi jusqu’à la mort). Autrement dit, le roi ne cherche pas à faire carrière. Son avenir politique est tout tracé. Il peut, par conséquent, se dévouer au bien de son peuple. « Le droit du peuple consiste dans cet ensemble de libertés publiques maintenues et développées par des générations qui, en reconnaissant le Roi, n'entendent pas se donner un maître de leurs personnes et de leurs biens, mais un protecteur de leurs droits. » (François-René de La Tour du Pin, Vers un ordre social chrétien) L’autorité du roi coule de source. Elle est évidente aux yeux, et dans le cœur, des Français.

Quant à ces derniers, les sujets du royaume de France, nous pourrons toujours les nommer citoyens dans la mesure où la monarchie défendable n’est pas, pour moi, n’importe quelle monarchie. Elle est une monarchie constitutionnelle et fédérative. Son principe fédératif peut se définir en s’inspirant beaucoup des thèses proudhoniennes (que je continue à défendre indépendamment de la solution monarchique). Il faut, selon moi, établir toutes les jonctions éthiques et institutionnelles possibles entre les précédentes « anarchie positive » et monarchie comme « anarchie plus un » ; entre leurs deux intégralismes, respectivement fédéraux et nationaux (*).
De cette façon, les Français seront toujours plus des citoyens dans cette monarchie que dans notre actuelle république agonisante. La première sera démocratique quand la seconde est ploutocratique. La monarchie que je décris cherchera vraiment à se concilier avec ce que désigne authentiquement la res publica. L’administration royale garantira, par conséquent, l’autodétermination des provinces françaises et la démocratie directe maximale, à tous les échelons territoriaux du pays. Le peuple, de son côté, reconnait, en le roi, le symbole de la :
– dimension unificatrice des régions françaises ;
– de la consistance d’une réalité française, héritière politiquement de ses monarchies, empires et républiques, culturellement de traditions locales diverses, d’un savoir philosophique et scientifique, d’un savoir-faire artisanal et artistique exceptionnels.

(*) À noter que Proudhon n’a jamais été monarchiste mais – dans De la Justice dans la Révolution et dans l’Église (1858) –, affirmant son patriotisme, il n’exclut pas la solution royaliste : « Je veux, autant qu'un autre, la gloire du nom français ; je ne repousserais pas le triomphe de mes principes et le bonheur de ma nation, parce qu'elle me viendrait d'un empereur ou d'un roi. » Comparant, par ailleurs, la Monarchie et la République françaises, il écrit : « Religion pour religion, l'urne populaire est encore au-dessous de la sainte-ampoule mérovingienne. Tout ce qu'elle a produit a été de changer la science en dégoût, et le scepticisme en haine. » Comparaison et préférence confirmée dans Du principe fédératif (1863) : « Ôtez de l’ancienne monarchie la distinction des castes et les droits féodaux ; la France, avec ses États de province, ses droits coutumiers et ses bourgeoisies, n’est plus qu’une vaste confédération, le roi de France un président fédéral. C’est la lutte révolutionnaire qui nous a donné la centralisation. » Nous savons, de toute façon, que Proudhon tient pour responsable la République de la centralisation qu’il critique avec virulence et à raison selon moi.
Le Bisontin a également écrit : « Un homme qui travaille à assurer sa dynastie, qui bâtit pour l’éternité est moins à craindre que des parvenus pressés de s’enrichir et de signaler leur passage par quelque folie d’éclat. » (De la création de l'ordre dans l'humanité ou Principes d'organisation politique) Je trouve qu’on peut, par contre, élargir cette dernière idée aux hommes de la vie ordinaire – bons pères de famille, entrepreneurs sociaux, créateurs moraux, virtuoses vertueux – soucieux de laisser derrière eux un bel héritage, éventuellement matériel (même modeste) mais toujours spirituel. Louison Chimel (reprenant des parties de ses Cahiers d'un anarchiste conservateur, à paraître)

04/01/2016

Point de la semaine : notre incapacité politique (partie 3)

t36_rlm0581mj_2.jpg?itok=EnSYTjG_Bonne année ! Que cette année soit, le plus possible, une année d’éveil des consciences et des volontés dissidentes de défendre activement sa Cité, sa région, notre pays la France !
Dans le modèle confédéral que je préconise, les institutions seront telles que nous gérerons nous-mêmes le bien de la Cité. Nous occuper du bien de la Cité ne doit pas, bien sûr, occuper tout notre temps. Seulement, je suis sûr que beaucoup de gens trouveraient cela attrayant, deviendraient passionnés par la cogestion de la vie publique – dépourvue, par ailleurs, de toute recherche de domination personnelle étant données les institutions confédérales qui seraient en vigueur.
Pour ce faire, il faut, c’est vrai, faire confiance, beaucoup confiance, à l’homme, à son bon sens, à son sens du bien commun. Seulement, je suis sûr, encore une fois, que la vertueuse pratique politique en question relève d’une nécessité – et va donc dans le sens de l’émancipation individuelle et collective – et ne serait alors vécue telle une contrainte.
Plus spirituellement parlant, s’occuper du bien de la Cité, c’est se reconnecter avec son humanité, dans son sens le plus digne et même le plus noble, par les vertus – qui alors irrigueraient à la fois notre cœur et la société – et par les heureuses conséquences sociales.
Au passage, nous pouvons juger que la précédente propension à faire confiance relève d’une naïveté étant donnée la corruptibilité humaine. Néanmoins, si nous considérons que le bon sens signifie vraiment quelque chose, si nous en avons une idée même plutôt abstraite mais qui donc se rapporte à notre spontanéité éthique, c’est qu’il est encore retrouvable dans des proportions intéressantes. Car il réside déjà dans cette spontanéité, qui est aussi la vision intuitive d’une bonne conduite, d’une socialité forcément en adéquation avec la dignité partagée.
De cette façon, nous pouvons dire que l’origine du bon sens se situe dans notre âme ayant fourni à l’esprit la moralité, dans notre sentiment inné de ce qui est juste. Ce dernier, nous pouvons le juger ancré plutôt qu’inné dans le sens où il est transmis entre générations.
Il n’empêche qu’à cause de la précédente corruptibilité – attisée de diverses façons dans notre société moderne ultralibérale ayant très peu de rapport avec les libertés authentiques – la confiance en la pérennité du bon sens retrouvable chez beaucoup d’individus ne doit pas nous détourner d’une certaine vigilance amenant à défendre la notion d’héritage prise ici dans sa dimension éthique en particulier. De plus, afin de faire société, il faut sans doute perdre un peu de liberté relative à notre essence, qu’elle soit naturelle (animalité) ou culturelle (individualité). Et, en même temps, la deuxième se parfait dans l’existence qui prend tout son sens dans la vie sociale, dépendant nécessairement d’une conscience collective. Ce qui nous ramène à ce que nous dit le philosophe Jean-Jacques Rousseau et que je reformule ainsi dans mon dossier internet appelé Rousseau contre les Lumières : « Le passage nature-culture peut être positif dans une conscience préalable que la liberté toute sociale ne peut être conquise qu’en perdant une certaine part de liberté. »

Ce point de la semaine est dédié aux principes non négociables qui pourraient être introduits dans la constitution de la confédération au niveau national. Mes propositions :
– les principales libertés retrouvables dans les Droits fondamentaux dont certains peuvent être mis de côté car se confondant avec des droits « très libéraux ». Parmi eux, il y a ceux qui sont adaptés à une logique économique inéquitable, et d’autres que concrètement ne peut pas faire valoir, dans l’ordre économique et politique actuel, l’ensemble des citoyens. Il y a donc bien la nécessité de faire un tri et une mise à jour ;
le respect de la souveraineté nationale. Soit la primauté du pouvoir politique de l’échelon territorial national sur celui continental et sur toutes les instances supranationales). Soit également la faculté de la France à battre sa propre monnaie, faire ses propres lois, assurer l’indépendance de son système judiciaire et de son armée destinée avant tout à assurer la paix civile et non à faire des guerres en dehors de ses frontières en ne respectant pas la souveraineté des autres pays ;
l’égalité de traitement des citoyens devant la loi à chaque échelon de la confédération dont ils sont membres par leur nationalité et leur lieu de résidence ;
l’égalité d’accès des citoyens à l’ensemble des services publics de santé ;
l’Éthique de Réciprocité afin de mettre en avant la mutualité : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne vous voudriez pas qu'on vous fasse ; Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir. » Ce qui débouche sur la reconnaissance du régime des contrats (diplomatiques, institutionnels, économiques et sociaux). Préciser cette règle, c’est s’opposer à la facilité, entretenue par l’éducation du libéralisme, amenant à considérer que la mutualité est « l'affaire d'économie politique, non de gouvernement » (Pierre-Joseph Proudhon, De la Capacité politique des classes ouvrières) ;
– la maxime suivante : « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres. » Ce qui doit déployer, dans toutes les fédérations, un service public de reconnaissance de la qualité (combinant qualification et capacité) de tous les travailleurs. Ce qui transforme le mutualisme du point précédent en socialisme entendu comme société décente et donc société juste ;
la protection de la force de travail contre la « force de capital », de l’économie réelle contre l’économie virtuelle ;
– l’interdiction, par n’importe quelle fraction citoyenne pourtant mandatée pour des actions bien précises par une partie du peuple, d'endetter la confédération dans le but de combler des intérêts privés ;
– l’assurance que l’ensemble des banques présentes sur le territoire de la confédération nationale soit nationalisé pour permettre leur mutualisation toujours à l’échelle nationale ;
Les principes énonçant des valeurs plutôt que les fonctionnements institutionnels pourraient être rassemblés dans une charte éthique intégrant la constitution confédérale.

Au nom de la démocratie, nous pouvons toujours, cependant, juger que les citoyens doivent avoir les moyens de proposer directement des modifications de la constitution de la confédération nationale. Nous pouvons, pour cela, nous inspirer du droit d’initiative populaire fédérale, trouvable en Suisse. Ceci est un droit constitutionnel extensible au domaine législatif et à tous les échelons territoriaux. C'est ce qui permet aux citoyens d’agir directement sur les constitutions et les lois aux échelons communaux, cantonaux, départementaux et régionaux. De toute façon, celles-ci, dans une confédération authentique, doivent déjà être les fruits de la volonté citoyenne.
Naturellement selon les échelons, la décision peut se prendre par l’intermédiaire de représentants de citoyens. Seulement, les mandats de ces représentants sont très cadrés afin que l’action menée par ceux-là corresponde le mieux possible à la volonté des citoyens qui les ont momentanément désignés. Un mandataire rapporte forcément la parole du citoyen qui l’a choisi. Les mandats en question ont des modalités particulièrement calquées sur le modèle du mandat impératif.
Nous savons, sinon, que la démocratie directe (donc la démocratie la vraie), c’est la mise en pratique de la recherche permanente d’un intérêt commun par les citoyens eux-mêmes. Tout intérêt commun :
– peut être considéré comme une somme (indéterminable exactement) de plusieurs autres intérêts communs (exemple : l’intérêt d’un département est la somme des intérêts convergents de ses communes). Ceux-là ne doivent pas seulement cohabiter mais s’interpénétrer au nom de la cohésion sociale ; interpénétration rendue possible par le double principe fédératif de la confédération nationale associant les individus comme à la fois des citoyens et des travailleurs. Un intérêt commun est fondamentalement la jonction d'intérêts individuels dont les points communs reposent d’abord sur les besoins physiologiques et sociaux élémentaires de tout individu. L’intérêt commun « de base » est dégagé à l’échelle d’une commune voire, déjà, d’un quartier quand, dans cette dernière, sont reconnus, avec leurs assemblées, plusieurs quartiers ;
– repose sur une vérité commune qui certes évolue – car une société n’est pas historiquement figée et les humains ne sont pas des robots à la mémoire préfabriquée – mais ne change pas non plus tous les quatre matins puisque, justement par notre mémoire et notre raison, nous aspirons à être des êtres constants et conséquents. D’ailleurs, la responsabilisation collective par la démocratie la plus vraie doit appuyer notre capacité à changer ce qu'il faut et conserver ce qu’il faut dans la société. De surcroît, la première redonne absolument sens à l’idée de bien commun, qui est cet intérêt permanent. Nous savons bien, par exemple, que, pour vivre, nous avons besoin d’avoir un toit et de manger régulièrement. Aussi, c’était valable hier et cela le sera demain : nous ne pouvons pas faire n’importe quoi avec la nature car elle nous permet notamment de respirer le bon air nécessaire à notre bonne santé physique – puis mentale et morale. En conséquence, il existe bien, selon les besoins constants de l’humanité, ce précédent intérêt permanent.
Et même si, une fois, des gens votent « mal » – faute de réalisme à propos, par exemple, des moyens économiques et techniques à fournir afin de lutter contre des phénomènes naturels matériellement dégradants –, ils seront logiquement mieux avertis et préparés la seconde fois. Apprendre réellement – puis maîtriser pour devenir responsable –, c’est éventuellement faire des erreurs et les comprendre pour ne pas les rééditer.

Nous verrons la prochaine fois ce que peuvent encore désigner l’État, la centralisation et l'unification du pays à travers ce modèle très décentralisé qu'est la confédération nationale. Louison Chimel