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30/09/2015

Proudhon, l'héritage d'un socialiste (3/3)

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Un philosophe, voire un précurseur de la sociologie

Depuis peu, les rééditions de textes de courants socialistes du XIXe siècle se sont multipliées. La connaissance de l’œuvre de Proudhon a incontestablement bénéficié de ce regain d’intérêt dans un contexte où le renouveau pour l’idée de coopérative à une large échelle est manifeste. Les phrases de 1967 citées ci-dessus pourraient s’appliquer, mutatis mutandis, aux années 2000: après l’effondrement du système soviétique, les alternatives au capitalisme ont eu tendance à prendre leurs distances avec l’héritage marxiste et à chercher des solutions chez les socialismes critiques de Marx.

Proudhon, plus qu’un simple représentant d’un socialisme anti-autoritaire ou de l’anarchisme, est désormais considéré comme un philosophe, voire un précurseur de la sociologie, prolongeant des intuitions du sociologue et spécialiste de Proudhon Georges Gurvitch qui aurait été certainement conforté de voir ce regain d’intérêt indéniable après la faillite du «socialisme réel».

Reste qu’il ne faut probablement pas attendre des écrits de Proudhon ce qu’ils ne disent pas et il est désormais vain de vouloir le «réhabiliter» face à Marx ou à d’autres théoriciens de son envergure. Marx a voué aux gémonies avec sarcasme certaines expériences historiques avancées par Proudhon, comme la Banque du peuple, et n’a incontestablement guère perçu l’importance de la force mobilisatrice de démarches alternatives dans le cadre du capitalisme. Mais Marx a sur ce point, d’une certaine manière, les qualités de ses défauts: sa critique de l’économie politique, présentée notamment dans Le Capital, lui confère assurément un regard historique, politique et économique sur l’évolution mondiale du capitalisme d’une toute autre ampleur que celle de Proudhon, dont l’horizon apparaît limité lorsqu’il s’agit de comprendre les évolutions structurelles d’un système.

Peut-être faut-il déjà les (re)lire avec plus de distance l’un et l’autre que jadis et, de ce point de vue, l’appel de Georges Gurvitch de 1965 résonne encore aujourd’hui:

«Je suis persuadé, pour ma part, qu’actuellement, aucune doctrine sociale soucieuse à la fois de dédogmatiser le marxisme et de corriger Proudhon en les dépassant l’un et l’autre, aucune doctrine sociale de cet ordre n’est possible sans une synthèse de la pensée de ces frères ennemis.»

Foundation Jean Jaurès - Slate.fr - 19 Janvier 2015

25/09/2015

Proudhon, l'héritage d'un socialiste (2/3)

«Cet isoloir qu'on appelle Assemblée nationale»

Proudhon a-t-il cru à la «révolution par en haut»? Les désillusions consécutives à l’échec de la vague révolutionnaire de 1848 expliquent en large partie son état d’esprit mais, s’il a pu être tenté par le bonapartisme, ce n’est assurément pas ce qui domine son œuvre, presque toujours critique de l’État et des gouvernements:

«Le but de la Révolution de 1848 est connu: c’est l’abolition complète du privilège propriétaire. Le moyen d’arriver à cette abolition est également connu: c’est l’association ouvrière, c’est la substitution de la solidarité industrielle à la commandite capitaliste; c’est la centralisation, par le crédit mutuel, de toutes les forces travailleuses; c’est, en un mot, l’excommunication de la propriété.»

Pendant cette période, Proudhon publie également un Manuel du spéculateur où il dénonce le «régime bussal», c’est-à-dire l’extension des valeurs de la Bourse à l’ensemble des activités humaines. Toujours critique des autorités, il est de nouveau condamné à la suite de la publication de De la justice dans la Révolution et dans l’église (1858), véritable manifeste de l’anticléricalisme qui sera lu par des nombreux responsables politiques tout au long du XIXe siècle. Il se réfugie ensuite en Belgique jusqu’en 1862, avant de revenir en France où il bénéficie d’une amnistie. Parmi ses dernières réflexions politiques, il faut relever son attention à la question du fédéralisme. Installé à la périphérie de Paris, à Passy, il publie en 1863 Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le parti de la Révolution, où il défend fortement l’idée de fédération:

«Toutes mes idées économiques, élaborées depuis vingt-cinq ans, peuvent se résumer en ces trois mots: fédération agricole-industrielle. Toutes mes vues politiques se réduisent à une formule semblable: fédération politique ou décentralisation.»

Dans son ultime ouvrage, De la capacité politique des classes ouvrières, Proudhon prône une mise à distance radicale du mouvement ouvrier à l’égard des élections et de l’État. La défiance à l’égard de l’institution parlementaire est une des constantes de l’œuvre de celui qui écrivait: «Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent.»

Peut-on résumer les grands traits de son œuvre? On peut citer en premier lieu, sans exclusive, son appréciation de l’histoire révolutionnaire qu’il analyse comme un mouvement perpétuel de l’humanité vers plus de justice. Le rôle central des rapports économiques (la propriété, le crédit, l’impôt) est évident, de même que le problème de l’État et de Dieu, deux absolus contre lesquels il a ferraillé pendant une grande partie de son existence. Enfin, la question sociale et ouvrière est cœur de la réflexion proudhonienne: à ce titre, n’oublions pas de souligner que Proudhon est un des très rares théoriciens du mouvement ouvrier à être d’extraction modeste, et sa popularité parmi les Internationaux français doit aussi se comprendre à partir de cet ancrage.

Proudhon «oui et non»

La perspective séparatiste proudhonienne, au sens où les ouvriers doivent être séparés de toutes les formes politiques et sociales bourgeoises, lègue au mouvement socialiste et syndicaliste français un horizon qui le hantera durablement et périodiquement, au-delà des controverses sur l’œuvre elle-même. Comment en effet ne pas voir chez le militant syndicaliste Fernand Pelloutier et le philosophe Georges Sorel –qui s’en réclament d’ailleurs régulièrement– cet héritage proudhonien? Les syndicalistes révolutionnaires de la CGT ont assurément recueilli et fait fructifier cette dimension séparatiste.

Mais son écho va bien au-delà de la gauche. Une des appropriations les plus controversées de Proudhon est celle de cercle portant son nom, le fameux «Cercle Proudhon», qui mêle des théoriciens du syndicalisme révolutionnaire avec des représentants de l’Action française entre 1911 et 1914. Assurément très minoritaire, il a longtemps porté préjudice à l’image du socialiste anti-autoritaire, d’autant que des théoriciens contre-révolutionnaires d’entre-deux-guerres puis du régime de Vichy font la part belle à Proudhon. Il existe bien en effet une permanence de cet héritage, sélectif et très contestable historiquement, mais légitimé par certaines positions conservatrices sur la famille et une hostilité viscérale au jacobinisme (Proudhon déteste la Révolution française, bourgeoise et parlementaire) et aux républicains bourgeois, associés à l’étatisme. Proudhon, «c’est un style, une violence et une conviction qui ne laissent pas indifférent, notamment de ce côté-ci du monde politique».

Dans le mouvement socialiste organisé, la condamnation est sévère du côté des partisans de Jules Guesde puis ultérieurement par le mouvement communiste international dans le sillage de l’URSS: Proudhon est ainsi une figure très célèbre mais le plus souvent honnie, elle incarne la figure négative de l’anarchisme face à Marx. Reste qu’au sein même du PCF un ouvriérisme marqué, une fierté ouvrière, «basiste» et anti-intellectualiste trouvent selon certains historiens ses racines chez des figures comme Proudhon.

Avec la fin progressive de l’hégémonie intellectuelle à gauche du PCF, Proudhon connaît un regain d’intérêt progressif dans lequel les années 1960 marquent un tournant. Pour la deuxième gauche, Proudhon est bien un anti-Marx, mais surtout une figure à réhabiliter car il incarne un socialisme non autoritaire contre la dérive bureaucratique. Le colloque sur l’Actualité de Proudhon qui a lieu en 1965 et publié en 1967 s’inscrit dans ce mouvement, correspondant aussi à une certaine vivacité du courant anarchiste qui va s’affirmer dans le sillage des événements de mai-juin 1968. Pour présenter cet ouvrage, voilà ce l’on pouvait écrire en 1967:

«On se demande aujourd’hui si certaines tendances du monde contemporain ne correspondent pas à des conceptions fondamentales de Proudhon. Citons, par exemple, le développement de toutes formes d’autonomie, l’accent mis sur l’élément libre et contractuel de tout engagement social, l’association de l’ouvrier à la gestion de l’entreprise et même de l’économie.»

Proudhon «oui et non», tranchera le libertaire Daniel Guérin: son œuvre est bien en discussion.

Une sympathie durable se repère par exemple chez une figure emblématique de la deuxième gauche, l’historien de l’autonomie ouvrière et éditorialiste influent Jacques Julliard, sympathie dont on retrouve encore la trace dans sa récente histoire des gauches ou encore dans son dialogue avec Jean-Claude Michéa. Mais à la perspective anti-étatiste fondamentale s’est substituée ici une référence plus ponctuelle pour exprimer une défiance à l’égard de la bureaucratie et de l’État, à distance des grandes déclarations proudhoniennes de 1848.

 

Foundation Jean Jaurès - Slate.fr - 19 Janvier 2015

22/09/2015

Hillary Clinton - Etats-Unis : la guerre « pour le terrorisme » (2/2)

xanda__536590.pngUn article de Courrier international datant du 4 décembre 2014 nous parle du célèbre journaliste du New York Times James Risen qui, compte tenu des contrats signés entre des entreprises étasuniennes et le département de la Défense de leur pays, estime que la guerre contre le terrorisme a donné lieu à « l’un des plus gros transferts d’argent public vers le privé » de toute l’histoire des Etats-Unis. Incluant les campagnes d’Afghanistan et d’Irak débutées respectivement en 2001 et 2003, cette guerre a coûté 4 000 milliards de dollars (3 200 milliards d’euros) » aux Etats-Unis ; milliards qui ont fait émerger ceux que Risen appelle « les oligarques du 11 septembre », une « bande de profiteurs » selon Tom Engelhardt. Ce dernier, auteur et codirecteur de la collection de livres anti-impérialistes The American Empire Project, nous rappelle que « les objectifs de la guerre contre le terrorisme lancée par George W. Bush [président des Etats-Unis de 2001 à 2009] étaient d’éradiquer le terrorisme de la planète ». Or, toutes ces années et « ces dollars plus tard », il y a, en réalité, extension de l’islamisme avec estimation de « 15 000 combattants étrangers » ayant rejoint la Syrie pour intégrer l’E.I. En conséquence, selon Engelhardt, il ne faut pas parler de guerre contre le terrorisme mais « pour le terrorisme ».

Pour clôturer cette partie, retournons au siècle dernier. Car le terrorisme islamique n’est pas subitement né en 2001, l’année des attentats historico-tragiques aux Etats-Unis. Des propos de la célèbre ex-secrétaire d’Etat étasunienne Hilary Clinton sont intéressants quant à comprendre que l’Empire nord-américain « nourrit » depuis longtemps le terrorisme islamique même si le contexte de l’époque – guerre d’Afghanistan de 1979-89 – était bien différent. En effet, il ne s’agissait pas, à ce moment-là, de favoriser consciemment et l’islamisme pour jouer hypocritement avec la peur des populations et justifier de nouvelles campagnes impérialistes mais de renforcer les rangs des fondamentalistes musulmans pour en finir avec l’Union soviétique.
Je n’ai malheureusement pas la date précise des propos de Clinton – filmés officiellement, issus d’un discours relayé sur la chaîne de télé C.N.N. ainsi que d’une entrevue pour la chaîne Fox news. Ils semblent être de 2012. 
Dans l’entrevue, la femme politique étasunienne affirme : « Nous avons créé le problème que nous sommes présentement en train de combattre. » Dans le discours, elle est plus explicite : « Souvenons-nous que les gens contre qui nous nous battons aujourd’hui, nous les avons financés vingt ans plus tôt. » Puis elle rappelle le contexte géopolitique de cette période : « Nous étions enfermé dans un conflit avec l’Union soviétique [U.R.S.S.] qui avait envahi l’Afghanistan et nous ne voulions pas qu’elle contrôle l’Asie centrale. » A la fois dans son discours et dans son entrevue, Clinton nous informe alors que – dans le but de vaincre l’U.R.S.S. – Ronald Reagan (président des Etats-Unis à l’époque) en partenariat avec le Congrès a traité avec l’I.S.I. (Inter-Services Intelligence : services secrets pakistanais) et l’armée pakistanaise pour recruter des moudjahidines venant d’Arabie-Saoudite et d’ailleurs, en les équipant de lance-missiles et en les laissant importer leur idéologie wahhabite. (*)
Pour Clinton, c’est une stratégie qui a porté ses fruits : elle a réellement contribué à l’effondrement de l’U.R.S.S. En effet, ce n’était pas un « mauvais investissement pour en terminer avec l’U.R.S.S. » qui a alors retiré ses troupes et a « perdu des milliards de dollars ». Seulement, la femme d’un autre ex-président des Etats-Unis Bill Clinton ajoute : « Soyons prudents avec ce que nous semons parce que nous allons récolter. »
L’ex-secrétaire d’Etat rappelle alors ce qui s’est produit ensuite à l’époque : « Nous avons quitté le Pakistan, nous leur avons dit : « Débrouillez-vous avec les Stingers [missiles sol-air], que nous avons laissé partout dans votre pays, ainsi qu’avec les mines tout au long de la frontière. » Dans le discours, elle ajoute : « Nous avons arrêté les transactions avec l’armée pakistanaise. » Dans l’entrevue, elle dit que les autorités étasuniennes ont laissé en Afghanistan des « fanatiques entraînés, bien équipés et armés », pour répéter que « les gens que nous combattons » aujourd’hui sont ceux qu’autrefois « nous avons supporté dans le combat contre les Soviétiques ».
N’oublions pas enfin que, comme il est écrit dans un article du Point (28 avril 2010), « la victoire en 1992 des moudjahidines contre le régime soutenu par Moscou – l’Armée rouge avait quitté le pays en 1989 après 10 ans d’occupation – a ouvert la voie à une guerre civile d’une grande violence qui a favorisé l’arrivée au pouvoir en 1996 des talibans » c’est-à-dire d’autres fondamentalistes musulmans…

NOTE (*) A cette époque, le Congrès est dirigé par les Démocrates. Ronald Reagan fait, quant à lui, partie des Républicains. D’où une alliance entre les deux principaux partis politiques étasuniens validant une même politique impériale. Bonjour les clivages…
« Moudjahidines » est le mot utilisé par Hilary Clinton. Nous pouvons le définir le plus simplement possible comme guerrier musulman.
Le wahhabisme, enfin, est un courant politico-religieux saoudien né au XVIIIe siècle défendant une orthodoxie islamique ritualiste et rejetant tous les autres courants de l’islam.
Anthony Michel, extrait de Anarchiste conservateur formant un article retrouvable en entier sur http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/hilla...

20/09/2015

Proudhon, l'héritage d'un socialiste (1/3)

220px-Proudhon_jeune.jpg150 ans après sa mort, l'auteur de «Qu'est-ce que la propriété?» continue de peser sur la pensée politique.

Le 19 janvier 1865, il y a cent cinquante ans, mourait Pierre-Joseph Proudhon. «L’enfant terrible du socialisme», comme le surnomme un de ses biographes, était alors une figure influente des milieux ouvriers politisés. S’inscrivant dans la nébuleuse des socialismes utopistes et conceptuels des années 1830-1860, qui font l’objet de redécouvertes politiques et scientifiques depuis une bonne dizaine d’années, la figure de Proudhon mérite examen, au-delà des quelques formules toujours citées («La propriété, c’est le vol») et des condamnations sommaires, au demeurant compréhensibles sur certains sujets (la misogynie et l’antisémitisme traversent bien l’œuvre proudhonienne).

A la différence de Marx, dont il fut un des plus féroces adversaires, ses partisans n’ont pas fondé un «proudhonisme», comme il existe dès les années 1880 un «marxisme». Néanmoins, il est pour beaucoup considéré comme l’un des principaux théoriciens du courant anarchiste ou d’un «socialisme non étatique». Son œuvre foisonnante, protéiforme et peu systématique prête aux interprétations les plus contradictoires et a légué un héritage complexe dans le mouvement socialiste au moins jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Eloges de Marx

En 1840, Proudhon a 31 ans et mène une carrière itinérante d'ouvrier typographe, un des métiers les plus fréquents de l’élite ouvrière politisée de l'époque, quand il publie son volumineux pamphlet Qu’est-ce que la propriété?, dont l'écho est considérable en France et à l’étranger. Karl Marx affirme alors: «L’ouvrage de Proudhon, Qu’est-ce que la propriété?, a pour l’économie sociale moderne la même importance que l’ouvrage de Sieyès Qu’est-ce que le Tiers-État? pour la politique moderne.» Comme le souligne le meilleur connaisseur de ce texte, l’historien Edward Castelton, dans ce pamphlet Proudhon «identifie le problème qui est au cœur de la question sociale dans la France post-révolutionnaire du XIXe siècle: l’écart entre le droit et le fait. Il est obnubilé par le paradoxe de ses contemporains qui parlent toujours de l’égalité des droits pour justifier la propriété, alors que c’est précisément la propriété qui provoque et consolide des inégalités de richesse et de fortune et qui rend, par conséquent, l’égalité juridique insignifiante».

Installé a Paris, l'ouvrier bisontin fonde un quotidien, Le Peuple, qui devient peu avant la Révolution de 1848 Le Représentant du Peuple, et est élu, début juin 1848, député à l’Assemblée nationale de la jeune Deuxième République. Très critique du gouvernement et révolté par l’écrasement de l’insurrection ouvrière de juin 1848, il intervient quelques semaines plus tard à l’Assemblée pour vanter les mérites de la confrontation de classes et de l’ouvrier, à qui désormais appartient l’avenir de l’humanité. Dans Les Confessions d’un révolutionnaire (1849), il affirmera que c’est aux travailleurs eux-mêmes de structurer leurs propres organisations économiques et sociales. Le théoricien de l’anarchisme est né.

Aux lendemains de cette révolution avortée, son attitude ambiguë à l’égard de Louis- Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III, a contribué à ternir sa réputation. Condamné pour avoir critiqué Louis-Napoléon, il est incarcéré jusqu’en juin 1852 mais la levée de l’interdiction initiale de son ouvrage La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre (1852) comme ses rencontres avec le prince Jérôme, cousin de Napoléon III représentant l’aile sociale du bonapartisme, lui assurent ensuite une certaine bienveillance, reflétant la volonté impériale de tenter d’intégrer les représentants ouvriers au régime.

Foundation Jean Jaurès - Slate.fr - 19 Janvier 2015

15/09/2015

Hillary Clinton - Etats-Unis : la guerre « pour le terrorisme » (1/2)

American_Empire.jpgCertes, un fondamentalisme islamique existe, il n’est pas à ignorer. Il existe donc des Occidentaux qui – sans chercher à stigmatiser les Musulmans puisque, pour une très grande majorité d’entre eux, ils vivent en paix et font partie des classes laborieuses – sont sincèrement inquiets de l’islamisation de leurs pays. Car ils relèvent des coutumes musulmanes toujours plus répandues dans la société occidentale, même si relevant de revendications d’une infime minorité d’individus : repli communautaire dans les banlieues, interdiction de manger du porc dans les cantines, généralisation de la commercialisation de la viande hallal, horaires aménagés à la piscine publique pour les femmes musulmanes afin qu’elles ne se retrouvent pas avec des hommes. Si l’islamisation est seulement l’augmentation du nombre de Musulmans en Occident, et sachant que, parmi eux, il existe une catégorie d’islamistes – même très minoritaires –, elle engendre toujours, naturellement, un peu plus d’islamisme.

En tout cas, la précédente inquiétude des Occidentaux non musulmans sert les élites atlantistes à diviser le monde en deux, à instrumentaliser la peur, pour mieux régner et justifier une surveillance plus importante de nos faits et gestes en nous faisant croire que nous sommes libres uniquement après avoir consommé des drogues télévisuelles ou purement chimiques. Les mesures libérales sécuritaires qui en découlent cherchent, en réalité, à protéger ces élites plutôt que les peuples appauvris et apeurés. Effectivement, les atlantistes qui, sur le plan économique, ont du mal à gérer l’épuisement des matières premières ainsi que la concurrence sauvage des entreprises chinoises, dénoncent une terreur islamique financée par des dirigeants politiques qatariens et saoudiens, en même temps heureux de bénéficier des pétrodollars ; quand ce ne sont pas les autorités étasuniennes qui s’y collent directement !
Car, d’après un article du journal Le Monde datant du 21 juillet 2014 (la source n’est donc pas conspirationniste), le Federal Bureau of Investigation (F.B.I.) – le principal service étasunien de police judiciaire ainsi qu’un service de renseignement intérieur – « pourrait avoir créé des terroristes » musulmans. En d’autres termes, le F.B.I. aurait « « encouragé, poussé et parfois même payé » des Musulmans américains pour les inciter à commettre des attentats, au cours d’opérations de filature montées de toutes pièces ». Ces personnes – « vulnérables, souffrant de troubles mentaux et intellectuels » – étaient, jusqu’ici, respectueuses de la loi. Dès lors, on leur aurait suggéré « l’idée de commettre un acte terroriste ». Plus exactement, « des informateurs ou policiers infiltrés auraient alors interagi avec elles en élaborant le plan d’attentat, en fournissant les ressources pour le mettre en œuvre, puis en persuadant, voire en faisant pression sur la personne pour qu’elle y participe ».
L’article du Monde, en vérité, relaie les conclusions d’un rapport datant de juillet 2014 et provenant de l’Organisation non gouvernementale Human Rights Watch, « aidée de l’Institut des droits de l’homme de l’école de droit de l’université de Columbia ». Le rapport repose sur « vingt-sept affaires, de l’enquête au procès, en passant par l’inculpation et les conditions de détention » avec entrevue de 215 individus dont les « inculpés ou condamnés eux-mêmes », leurs proches, ainsi que des avocats, des juges et des procureurs.
Dans ce texte, est stipulé que « la moitié des condamnations résultent de coups montés ou guet-apens ». De plus, « dans 30 % des cas, l’agent infiltré a joué un rôle actif dans la tentative d’attentat ».
Dans cette étude, nous retrouvons entre autres les cas suivants :
– les « quatre de Newburgh », « accusés d’avoir planifié des attentats contre des synagogues et une base militaire américaine, alors que le gouvernement avait, selon un juge, « fourni l’idée du crime, les moyens, et dégagé la voie », transformant en « terroristes » des hommes « dont la bouffonnerie était shakespearienne » » ;
– Rezwan Ferdaus, « condamné à dix-sept ans de prison à l’âge de 27 ans pour avoir voulu attaquer le Pentagone et le Congrès avec des mini-drones bourrés d’explosifs. Un agent du F.B.I. avait dit de cet homme « qu’il avait « de toute évidence » des problèmes mentaux ». Le plan avait alors été « entièrement conçu avec le policier infiltré, le F.B.I. ayant notamment financé son voyage et son armement ».

Un article de L’Obs du 21 juillet 2014 nous informe que le ministre étasunien de la Justice Eric Holder a encouragé, le 8 juillet de la même année, à Oslo en Norvège, à généraliser les opérations de filature menées depuis les attentats islamistes du 11 septembre 2001 « afin de mettre au jour d’éventuels complots d’attentats par des Européens radicalisés en Syrie » et ayant rejoint l’organisation armée islamiste appelée l’Etat islamique (E.I.). Holder ajoute que ces opérations, assurées par le F.B.I. pour combattre le crime organisé mais « étendues au terrorisme » après ces attentats, se font « avec une précision et une précaution extraordinaires, pour veiller [...] à ce que les suspects ne soient ni piégés ni privés de leurs droits juridiques ».
Or, selon Andrea Prasow, l’un des auteurs du précédent rapport, si le gouvernement fédéral des Etats-Unis cherche à rassurer son peuple avec ces méthodes qui consisteraient réellement à empêcher et punir le terrorisme sur son territoire, il faut y regarder de plus près pour constater que beaucoup desdits terroristes « n’auraient jamais commis de crime si les forces de l’ordre ne les avaient pas encouragés, poussés, et parfois même payés pour commettre des actes terroristes ».

Le témoignage de Mike German, qui a travaillé comme agent spécial du F.B.I. pendant vingt-cinq ans, appuie les conclusions de l’étude de Human Rights Watch. Cet homme a démissionné après avoir dénoncé, dans son pays, « les dérives de la lutte antiterroriste ». Dans un reportage de l’émission Envoyé spécial diffusé le 12 février 2015 sur la chaîne de télé France 2, il aborde ces informateurs ayant « pour mission d’identifier des cellules antiterroristes avant qu’elles ne passent à l’action ».Certains d’entre eux, « sous pression, [...] auraient été poussés à créer de toutes pièces » ces cellules dans lesquelles ils souffleraient « mot pour mot à leurs contacts les délits pour lesquels ils seront condamnés ».
L’ancien agent ajoute que le F.B.I. est « prêt à fournir des armes, de l’argent ainsi que le plan de l’attaque ». German parle de « fabrication d’affaires » au nom d’une « politique du chiffre ». Il précise que le budget du F.B.I. a beaucoup augmenté ces dernières années – plus précisément depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis –, il « est désormais de 3 milliards de dollars annuels ».
Il semble, selon cet homme, que le F.B.I. tente « d’entretenir la peur dans l’opinion publique et auprès du Congrès [branche législative du gouvernement fédéral étasunien], qui décide de lui donner de l’argent et du pouvoir. » J’ajouterais que la peur instrumentalisée par les élites politiques nord-américaines repose, en l’occurrence, sur une diabolisation du Musulman en général et de tout ce qui nous ramène à l’islam. D’ailleurs, German nous dit que la communauté musulmane, dans laquelle « le F.B.I. mène plusieurs intrusions » – « par le biais de la mosquée ou de l’école », nous précise l’article de L’Obs –, « est suspectée d’office » et non « pas seulement pour fabriquer de faux complots terroristes » mais aussi pour espionner les Musulmans. Par conséquent, nous pouvons facilement partager l’avis de cet ex-agent condamnant les pratiques excessives du F.B.I. qui « à la fois violent la vie privée et les libertés civiques et ne sont pas efficaces contre les vraies menaces ». D’où l’émergence d’un règne de la surenchère sécuritaire anti-libertés. 
Aussi, si nous suivons le novlangue moderne et anti-dialectique — autrement dit, si nous suivons le sens détourné et abrutissant des mots que nous donnent nos « élites » politico-médiatiques —, nous pouvons dire que parfois un djihadiste n’est qu’un tueur en série qui, pendant son délit, juste avant ou juste après, prend la précaution de crier « Allahou Akbar » pour nous faire croire que son acte est raccord avec l’islam même si, en plus :
– son plat préféré est le pied de cochon accompagné d’un bon bourgogne (américanisez la nourriture et la boisson si vous le souhaitez) ;
– il n’a jamais lu une ligne du Coran de sa vie.

Anthony Michel, extrait de Anarchiste conservateur formant un article retrouvable en entier sur
http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/hilla...

10/09/2015

Dans quel mensonge nous vivons (vidéo)

01/09/2015

La Confiance en l'Esprit, extrait 2 de la partie 1

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L'Esprit, fruit de l’Âme, est le moteur de la Pensée. L’Âme, si je veux la distinguer de l’Esprit, je la définirais comme la vitalité originelle, la toile de fond de notre existence, le principe faisant réalité notre essence, au-delà de toutes nos capacités cognitives, et concernant donc tous les êtres vivants. L’Âme est à l'Esprit ce que l'Esprit est à la Pensée. L’écrivain François Cheng nous dit joliment dans ses Cinq méditations sur la mort : « L’Esprit raisonne, l’Âme résonne. »

Avoir confiance en l'Esprit, c'est avoir confiance en la conception la plus complexe de la Pensée qui est la Raison (je pense puis je peux raisonner) en rappelant qu'au sens large un être confiant est un être aimant une chose qui le rassure, le sécurise, le soutient. Avoir confiance en l'Esprit, c'est s'en remettre, par la Raison – mais aussi par l’Intuition, comme je l’explique plus loin –, à la potentialité d'un meilleur spirituel.

Qu'entends-je par meilleur ? C'est, par définition, ce qui est davantage bon. Ce qui, avec une dimension spirituelle, nous ramène à la bonté donc à l'éthique. Analogiquement, nous pouvons faire le lien suivant : mieux – bien – morale. L'éthique contient, contrairement à la morale, une idée d'adaptation, d'évolution donc de progression éventuelle. Pour cette raison, je préfère parler d'un meilleur plutôt que d'un mieux.

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