Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/05/2012

Le progrès social au Venezuela. Partie 1 sur 2

venezuela.jpgLa nouvelle Loi du Travail célébrée en grande pompe par les travailleurs vénézuéliens ce 1er mai 2012 est un vieux rêve devenu réalité au bout d’un débat citoyen qui a duré près de trois ans. Plus de 19000 propositions ont été remises par toutes sortes d’organisations de travailleurs, syndicats, coordinations, etc.. à la commission présidentielle chargée d’élaborer le projet. Avec la Constitution Bolivarienne, c’est le texte de loi qui a le plus bénéficié de la participation populaire.
Nous avions rendu compte de ce débat national il y a quelques semaines : “Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail“

Résultat : la loi signée le 30 avril 2012 par le président Chavez brise enfin le carcan néo-libéral où les gouvernements antérieurs avaient étouffé les droits sociaux. Depuis le 2 mai la loi (dont on peut lire ici le texte intégral en espagnol) circule gratuitement sur internet et de main en main, massivement, dans plusieurs journaux. Sauf dans ceux de l’opposition qui relaient les critiques patronales contre la loi, contre l’égalité homme/femme, contre l’augmentation des indemnités dues aux travailleurs, etc… Des réunions seront organisées partout dans les mois qui viennent, notamment par les syndicats, pour continuer à faire connaître la loi et pour qu’elle soit un levier de nouvelles transformations.

Points forts : l’égalité entre hommes et femmes ; l’interdiction de la sous-traitance du travail ; les conseils de travailleurs. Ceux-ci ne substituent pas les syndicats (qui voient leurs prérogatives renforcées par la loi). Leur fonction, bientôt développée par une loi spéciale, est de promouvoir la participation des travailleurs et de la communauté vivant autour des centres de travail, dans la gestion des entreprises. Ainsi que de lutter contre la spéculation, l’accaparement des produits de première nécessité.

Détail amusant (qui rappelle l’extrême misère de l’information sur le Venezuela en France) : pour occulter le débat citoyen à la base de cette loi, le Monde et l’AFP n’ont rien trouvé de mieux que de la présenter comme une épreuve de force entre un autocrate et son opposition. Saluons cette nouvelle victoire du droit des lecteurs qu’on “informe” sur une Loi du travail sans donner la parole à un seul des millions de travailleurs concernés mais en la donnant… au patronat.
Cette loi s’accompagne par ailleurs d’une nouvelle augmentation du salaire minimum, qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. Une augmentation du pouvoir d’achat protégéee par la baisse continue de l’inflation depuis cinq mois consécutifs (0,8% en avril), par une loi de contrôle des prix pour les produits de première nécessité et l’offre concomitante de biens bon marché produits par les entreprises nationalisées. venezuelainfos.wordpress.com - 4 mai 2012

30/05/2012

Carnet Noir et Rouge. Partie 1b

cnrl.jpg

Je concède qu’il est difficile de dire d’un lieu qu’il est lui-même. Il est lui-même lorsque les gens qui y vivent sont eux-mêmes. Ainsi, ils le font vivre. Me dire que je vis, c’est me sentir vivre et, par conséquent, ressentir l’étendue de ma liberté. Il y a bien des lieux en France comme en Amérique où l’on entasse des hommes dans des gigantesques immeubles. Ces lieux sont si impersonnels… Je ne mets pas en doute la bonne foi des habitants qui, justement, de par leur culture et leur volonté de vivre malgré leurs modestes conditions sociales, essaient de faire vivre leurs environs. S’ils sont immigrés, ils se sentent déracinés et n’oublient pas – ce qui est légitime et naturel – leurs origines. Le multiculturalisme – si je veux éviter de dire que c’est une idéologie – est elle-même une culture, un instrument pervers de la société occidentale du XXIème siècle. La société multiculturelle – et non pas le multiculturalisme – est un fait. Elle peut être un enrichissement lorsqu’elle n’est pas forcée. Des fusions interculturelles existent, la nature de l’existence humaine fait son travail sans qu’on ait à lui dicter, tambour battant, les vertus de l’échange et du partage. Chez l’homme philosophe, il y a, de toute manière, échange et partage. A travers l’emploi de la philosophie, il y a la volonté d’existence. Et de là, il y a existence sociale, entraînant reconnaissance à la fois de moi-même mais aussi de l’autre.

Je ne me réfère à aucune époque en particulier afin d’apprécier les marques du passé, qu’elles soient d’ordre architectural et plus largement artistique. Quand la foule est loin, je me laisse simplement bercer par l’ambiance sereine des lieux remplis d’authenticité, faisant la part belle au silence qui ressource l’esprit.
Etre réactionnaire, c’est être révolutionnaire. Etre révolutionnaire, c’est éventuellement être futuriste. Alors nous pouvons être à la fois réactionnaire et futuriste ? J’aime imaginer ce mélange étant donnée ma société idéale qui n’a clairement jamais existé.

Je peux être réactionnaire et aimer le mouvement. C’est une certaine modernité technique et linguistique qui décivilise. Etre social, autrement ma philosophie ne pourrait prendre qu’une tournure nihiliste, peu joyeuse et constructive du point de vue de l’être – c’est du moins mon avis actuel, peut-être en changerai-je –, je cède pourtant à quelques moyens de la modernité pour rester relié au monde des humains occidentaux qui est le mien. Si la postmodernité faisait pointer l’individu vers un individualisme original d’inspiration anarchique plutôt que libéral – ce dernier étant le grand gagnant de l’Occident, au début de ce vingt-et-unième siècle –, si cette postmodernité réconciliait l’homme avec l’amour des contes, de la diversité de la nature, du paysage et de l’architecture – l’homme perfectible de Rousseau savait se tourner vers l’autre culture sans renier la sienne – alors être réactionnaire, c’est bel et bien être futuriste. C’est aimer l’au-delà des nations tout en aimant la sienne, l’au-delà du paraître tout en reconnaissant une élégance dans l’hypocrisie de la marche civilisationnelle, l’au-delà de cette vie matérialiste en prenant soin de ce qu’incarne l’expression artistique et, de ce fait, l’expression humaine dans le sens de l’individu révolté donc fervent de son unicité… Parce que je sais encore être amoureux tout en étant résigné, je suis réactionnaire. Parce que je sais me révolter et aimer ma révolte, je suis futuriste. Ou bien ma réaction, constituée modestement en îlot révolutionnaire, est ma révolte. Et comme je suis futuriste, je suis déphasé avec mon époque et résigné devant le silence de ceux qui ne m’accompagnent pas dans mon rêve. Anthony Michel

 Lien vers mon profil FB 

29/05/2012

L'Unique et sa propriété, par Max Stirner : je m'appartiens. Extraits.

image.jpg?context=fullQue je me propose pour idéal l'humanité, l'espèce, et que je tende vers ce but, ou que je fasse le même effort vers Dieu et le Christ, je n'y vois aucune différence essentielle ; ma vocation est tout au plus, dans le premier cas, plus indéterminée, plus vague et plus flottante.
De même que l'individu est toute la nature, il est toute l'espèce.

Ce que je suis détermine nécessairement tout ce que je fais, pense, etc., bref toutes mes manifestations. Le Juif, par exemple, ne peut vouloir que telle chose, ne peut « se montrer » que tel et non autre ; le Chrétien, quoi qu'il fasse, ne peut que se montrer et se manifester chrétien. S'il t'était possible d'être Juif ou Chrétien, tu ne produirais plus que du juif ou du chrétien ; mais cela n'est pas possible, toute ta conduite est celle d'un égoïste, d'un pécheur contre les concepts juif, chrétien, etc., car tu n'es pas = Juif. Comme le bout de l'oreille de l'égoïsme dépasse toujours, on s'est informé d'un concept assez vaste et assez compréhensif pour exprimer réellement tout ce que tu es, d'un concept qui, étant ta vraie nature, impliquât toutes les lois qui règlent ton activité. Ce qu'on a trouvé de plus parfait dans ce genre est l' « Homme ». En étant Juif tu es trop peu, et le juif n'est pas ton devoir ; être un Grec, être un Allemand ne suffit pas. Mais sois un Homme, et tu auras tout ; choisis l'humain comme ta vocation.

Nous savons désormais où est le devoir et nous pourrions rédiger le nouveau catéchisme. De nouveau le sujet est subordonné au prédicat, et le particulier immolé au général ; la domination est de nouveau assurée à une Idée, et le sol est préparé pour une nouvelle religion. Nous avons progressé dans le domaine de la religion et particulièrement du Christianisme, mais nous n'avons pas fait un pas pour en sortir.
Ce pas franchi nous conduirait à l'indicible, car la langue indigente n'a pas de mot pour Me dire, et le « verbe », le logos, n'est, lorsqu'il s'applique à Moi, qu'un « vain mot ».
On cherche mon essence. Ce n'est pas le Juif, l'Allemand, etc., c'est — l'Homme. « L'Homme est mon essence. »

Je me suis désagréable ou antipathique, je me répugne, je me dégoûte et me fais horreur, ou bien ne suis jamais assez et ne fais jamais assez pour moi. De tels sentiments naît soit l'autonégation, soit l'autocritique. La religiosité commence avec l'abnégation et finit par la critique radicale. [...]
L'Égoïste qui s'insurge contre les devoirs, les aspirations et les idées qui ont cours commet impitoyablement la suprême profanation : rien ne lui est sacré !
Il serait absurde de soutenir qu'il n'est point de puissances supérieures à la mienne. Mais la position que je prendrai à leur égard sera toute différente de ce qu'elle eût été dans les âges religieux : je serai l'ennemi de toute puissance supérieure, tandis que la religion nous enseigne à nous en faire une amie et à être humbles envers elle.

Le sacrilège concentre ses forces contre toute crainte de Dieu, car la crainte de Dieu lui enlèverait tout empire sur ce dont il laisserait subsister le caractère sacré. Que ce soit le Dieu ou l'Homme qui exerce en l'Homme-Dieu la puissance sanctifiante, que ce soit à la sainteté de Dieu ou à celle de l'Homme que nous adressions nos hommages, cela ne change en rien la crainte de Dieu : l'Homme devenu « Être suprême » sera l'objet de la même vénération que le Dieu, Être suprême de la religion sensu strictiori ; tous deux exigent de nous crainte et respect.

La crainte de Dieu proprement dite est depuis longtemps ébranlée et la mode est à un « athéisme » plus ou moins conscient, reconnaissable extérieurement à un abandon général des exercices du culte. Mais on a reporté sur l'Homme tout ce qu'on a enlevé à Dieu, et la puissance de l'Humanité s'est accrue de tout ce que la piété a perdu en importance : l'Homme est le dieu d'aujourd'hui et la crainte de l'Homme a pris la place de l'ancienne crainte de Dieu.
Mais comme l'Homme ne représente qu'un autre Être suprême, l'Être suprême n'a subi en somme qu'une simple métamorphose, et la crainte de l'Homme n'est qu'un aspect différent de la crainte de Dieu. Nos athées sont de pieuses gens.

Si durant les temps dit féodaux nous recevions tout en fief de Dieu, la période libérale nous a mis dans le même état de vasselage vis-à-vis de l'Homme. Dieu était le Maître, à présent l'Homme est le Maître ; Dieu était le Médiateur, à présent, c'est l'Homme ; Dieu était l'Esprit, et l'Homme aujourd'hui est l'Esprit. Sous ce triple rapport, la vassalité s'est transformée : en premier lieu, nous tenons de l'Homme tout-puissant notre puissance, et cette puissance, émanant d'une autorité supérieure, ne s'appelle pas puissance ou force, mais s'appelle le Droit : le « droit de l'Homme ». En second lieu, nous tenons de lui notre situation dans le monde, car il est le médiateur qui ordonne nos relations et celles-ci ne peuvent par conséquent être qu' « humaines ». Enfin nous tenons de lui nous-mêmes, c'est-à-dire notre valeur propre ou tout ce dont nous sommes dignes, car nous n'avons aucune valeur s'il n'habite en nous et si nous ne sommes pas « humains ». — La puissance est à l'Homme, le monde est à l'Homme et je suis à l'Homme.

Mais en quels termes déclarer que Je suis mon Justificateur, mon Médiateur et mon Propriétaire ? Je dirai :
Ma puissance est ma propriété.
Ma puissance me donne la propriété.
Je suis moi-même ma puissance, et je suis par elle ma propriété.

 Lien vers mon profil FB 

28/05/2012

Carnet Noir et Rouge. Partie 1a

cnrl.jpgJ’aime la ville de Bourg-en-Bresse, en raison notamment de son centre ville avec ses rues piétonnes et ses maisons anciennes.

Le café que je rejoins pour suivre un récital de poésie et un débat philosophique est tout de pierres vêtu. Des poutres les encadrent. A l’étage, il y a les toilettes. Il faut escalader l’une d’elle afin de parvenir au lavabo. C’est un vieux lavabo marron, très plat et cossu. Il est dans un coin de la pièce. Le sol est tout en bois.

Toujours à l’étage, il y a des tables. Il est presque vingt heures et, avec les couverts qui les garnissent, elles sont prêtes pour recevoir, le lendemain midi, des clients à manger. J’aime ce lieu ancien. J’aime les lieux qui n’ont pas trop changé sur des décennies. Sans doute y ressens-je des âmes plus lointaines et profondes. Ou bien c’est mon côté réactionnaire qui veut ça. A moins que le réactionnaire soit simplement celui qui se souvient mieux qu’un autre de ses vies antérieures…

J’aime particulièrement l’Ardèche. Ce département français est quelquefois considéré comme le plus sauvage de France. Le plus sauvage donc le plus anarchique ? Etre anarchique n’est pas relever d’un désordre mais d’un ordre en rapport à son unicité. Ce dernier est le seul ordre authentique de libération !

Celui qui était déjà lui-même et qui n’a pas connu de transformations, celui qui plus brièvement est resté lui-même est anarchique ! L’Ardèche, avec ses nombreux villages de pierres, n’a point connu de turbulences. Il est resté globalement lui-même. Son authenticité n’est pas à démontrer, elle respire la liberté.

Il ne s’agit pas de prôner un quelconque conservatisme. Les conservatistes sont des idéologues comme les autres. En outre, je n’aime pas le mot « conservateur ». Il me fait penser matériellement aux produits chimiques injectés dans la nourriture industrielle afin qu’elle soit comestible plus longtemps. Politiquement, il me fait penser à la droite chrétienne et je ne suis ni religieux ni capitaliste. En effet, cette droite est capitaliste. Quant à la gauche, elle l’est également souvent dans notre Occident. Et puis je ne suis pas un bourgeois, le clivage gauche-droite est une invention de la démocratie bourgeoise. La démocratie bourgeoise est la bourgeoisie souveraine. Ce n’est pas synonyme de « peuple souverain ». Pour en revenir à la chrétienté, je croyais qu’elle disait : « Aimez-vous les uns les autres. » Ou encore : « Aimez votre prochain comme vous-même. ». Qu’en dit Hugo Chavez ? « Il s’agit de la solidarité avec le frère. Il s’agit de la lutte contre les démons que le capitalisme a semés : l’individualisme, l’égoïsme, la haine, les privilèges. (…) Je suis chrétien et je pense que le socialisme doit se nourrir des courants les plus authentiques du christianisme. » Nul besoin d’être croyant pour y trouver une cohérence. La devise républicaine « Liberté, égalité et fraternité » n’aurait jamais existé sans le catholicisme français et les vertus soutenues par l’Eglise. Combien de fois, par ailleurs, le socialisme a été conçu comme un dépassement de la République ? Le catholicisme social originel s’oppose au libéralisme à la fois économique et politique. Le socialisme chrétien se fonde sur la volonté de transformer la société en rejetant le capitalisme, en s’inspirant de théories socialistes et de l’humanisme chrétien.

N’étant pas croyant, je préfère à chrétien l’adjectif romantique. Pourquoi d’abord le socialisme ? C’est l’espace économique des possibles les plus justes. Les idéologues seront intransigeants sur tel ou tel socialisme spécifique, c’est le totalitarisme qui est à bannir. Et il a toujours été dépendant de l’existence de la propriété au sens capitaliste, aussi bien dans le régime nazi – dit pourtant national-socialiste – que soviétique – dit communiste donc anticapitaliste. Quid du totalitarisme sans capital ?

Préférant l’anarque au politique, je n’ai aucune obsession concernant un socialisme spécifique. En revanche, l’idée de rupture avec le capitalisme – origine logique de tout mouvement socialiste qui se respecte – m’intéresse. De cette idée de rupture, dépend bien entendu la révolution. A ma simple échelle individuelle, je ne peux que fantasmer la révolution. C’est mon côté romantique.

Un socialisme romantique réunit les meilleurs aspects des socialismes libertaires et associatifs. Il est surtout bon pour les utopistes, vous vous dites ? Sans doute. Le socialisme romantique, c'est bien pour les écrivains socialistes et les écrivains romantiques. Ce qui compte, c’est leur authenticité puis quand ils se marient entre eux et font des enfants. Plus sérieusement, en France, l’usine à gaz politique appelée Parti socialiste est, en l’occurrence, hors jeu.

Je veux revenir sur le mot « conservateur » que je n’aime pas. Simplement, il est légitime de désirer conserver ce qui est soi. Car ce qui est soi est ce qui est libre. Autrement, son identité est en crise. Un des risques alors est le mépris de l’identité de l’autre et, de là, le mépris de l’autre dans son essence.

Anthony Michel

 Lien vers mon profil FB 

27/05/2012

Le seul but d'un Etat

1990292-pulpe-d-39-un-citron-et-la-lame-de-fond-noir-knifeon.jpg
"Le seul but d’un État, quel qu’il soit, c’est de garder le pouvoir. À partir de là, la liberté individuelle ne peut que foutre la merde. Donc faut s’en débarrasser. Mais c’est pas facile parce que les gens ne se laissent pas toujours faire. Si le pouvoir est assez fort, il peut se passer de la démocratie et s’imposera à coups de trique. C’est une dictature. S’il est un peu plus faiblard, par exemple quand les gens ont trop de libertés, alors il met en avant la démocratie pour pouvoir faire passer ses trucs en douceur, avec bien de la vaseline pour que personne ne sente passer le zob." Mikhaïl W. Ramseier dans Pulpa negra.

25/05/2012

Qui dit extrême dit radical ?

emo-black-and-red-powerpoint-template.jpg
Ce qui est radical n’est pas nécessairement extrême.
Il est possible qu’un secours imminent, un recours urgent
à la moralité soient empreints de radicalité.
Qu’est-ce qu’une rébellion sans radicalité ?
Une révolution sans rébellion ? (A suivre) Anthony

 Lien vers mon profil FB 

24/05/2012

Generation X - The Prime Of Kenny Silvers (Partie 1 et 2)

22/05/2012

La solution finale. (rediffusion)

reflexion.jpg 

Anthony se dit qu'il vaut mieux que, quel que soit le problème,
la solution finale soit la meilleure. Une solution qui fasse fureur...

 

21/05/2012

Proudhon sur le crédit. Partie 2

proudhobn.jpgQu’est-il résulté de cette incroyable négligence ?

D’abord, que l’accaparement et l’agiotage, s’exerçant de préférence sur le numéraire, qui est à la fois l’instrument des transactions industrielles, et la marchandise la plus recherchée et conséquemment la plus productive et la plus sûre, le commerce de l’argent s’est rapidement concentré aux mains de quelques monopoleurs, dont l’arsenal est la Banque ;

Que dès lors le Pays et l’État ont été inféodés à une coalition de capitalistes ;

Que, grâce à l’impôt perçu par cette bancocratie sur toutes les affaires agricoles et industrielles, la propriété s’est progressivement hypothéquée de 12 milliards, et l’État de plus de 6 milliards ;

Que les intérêts payés par la nation pour cette double dette, frais d’actes, renouvellements, commissions, retenues à l’emprunt compris, s’élèvent à 1.200 millions au moins par année ;

Que cette somme énorme de 1.200 millions de francs n’exprime pas encore tout ce que les producteurs ont à payer à l’exploitation financière, et qu’il convient d’y ajouter une somme de 7 à 800 millions, pour escomptes, avances de fonds, retards de payement, actions de commandite, dividendes, obligations sous seing privé, frais de justice, etc. ;

Que la propriété, rançonnée par la Banque, dans ses relations avec l’industrie, a dû suivre les mêmes errements, se faire agioteuse à son tour et usurière vis-à-vis du travail, et que c’est ainsi que les baux et loyers ont atteint un taux prohibitif, qui chasse le cultivateur de son champ et l’ouvrier de son domicile. Si bien qu’aujourd’hui ceux dont le travail crée toutes choses, ne peuvent ni acheter leurs propres produits, ni se procurer un mobilier, ni posséder une habitation, ni dire jamais : Cette maison, ce jardin, cette vigne, ce champ est à moi.

Tout au contraire, il est de nécessité économique, dans le système actuel du crédit et avec la désorganisation croissante des forces industrielles, que le pauvre, en travaillant davantage, soit toujours plus pauvre, et le riche, sans travailler, toujours plus riche, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre par le calcul suivant.

Sur 10 milliards environ de valeurs produites chaque année et destinées à la consommation, 6 milliards, s’il faut en croire l’estimation d’un savant économiste, M. Chevé, sont prélevés par le parasitisme, c’est-à-dire la finance, la propriété abusive, le budget et ses satellites ; le reste, soit 4 milliards, est laissé aux travailleurs. Un autre savant économiste, M. Chevalier, divisant le produit présumé du pays par trente-six millions d’habitants, a trouvé que le revenu, par tête et par jour, était en moyenne de 65 centimes ; et comme de ce chiffre il faut déduire de quoi payer l’intérêt, la rente, l’impôt et les frais qu’ils entraînent, M. de Morogues, encore un autre savant économiste, a conclu de là que la consommation journalière, pour une grande partie des citoyens, était au-dessous de 25 centimes. Or, puisque les redevances, de même que l’impôt, vont sans cesse grandissant, tandis que par la désorganisation économique le travail et le salaire diminuent, il s’ensuit que, d’après les susdits savants économistes, le bien-être matériel des classes laborieuses suit une progression décroissante que l’on peut représenter par la série des nombres 65, 60, 55, 50, 45, 40, 35, 30, 25, 20, 15, 10, 5, 0 ; – 5 – 10 – 15, etc. Cette loi d’appauvrissement est le corollaire de celle de Malthus : on en trouvera les éléments dans tous les livres de statistique.

Certains utopistes attaquent la concurrence ; d’autres récusent la division du travail et tout le régime industriel ; les ouvriers, dans leur brutale ignorance, s’en prennent aux machines. Personne jusqu’à ce jour ne s’est avisé de nier l’utilité et la légitimité du crédit. Il est incontestable cependant que la dépravation de ce principe est la cause la plus active de la misère des masses ; sans elle, les fâcheux effets de la division du travail, de l’emploi des machines, de la concurrence, se feraient à peine sentir ; ils n’existeraient même pas. N’est-il pas sensible que la tendance de la société est au mal, à la misère, et cela, non par la faute des hommes, mais par l’anarchie de ses propres éléments ?

On dit que c’est abuser de la dialectique ; que les capitaux, la terre, les maisons ne se peuvent louer pour rien ; que tout service doit être payé, etc. — Soit. Je veux croire que la prestation d’une valeur, de même que le travail qui l’a créée, est un service qui mérite récompense. Dès qu’il s’agit du bien d’autrui, j’aime mieux outre-passer le droit que de rester en deçà : mais cela change-t-il le fait ? Je soutiens que le crédit est trop cher ; qu’il en est de l’argent comme de la viande, que le préfet de police nous fait livrer aujourd’hui à 15 et 20 centimes meilleur marché que chez les étalagistes ; comme des transports qu’on aurait à 80 % au-dessous des cours, si les chemins de fer et la navigation savaient ou pouvaient faire jouir le Pays de leurs immenses moyens. Je dis qu’il serait possible, facile, de faire baisser le prix du crédit de 75 à 90 %, sans faire tort aux prêteurs, et qu’il ne tient qu’à la nation et à l’État que cela soit. Qu’on n’argumente donc plus d’une prétendue impossibilité juridique. Il en est des droits seigneuriaux des capitalistes comme de ceux des nobles et des couvents : rien de plus aisé que de les abolir ; et je le répète, il faut, pour le salut même de la propriété, qu’ils soient abolis.

Croit-on que les révolutionnaires de 89, 92, 93, 94, qui portèrent avec tant d’ardeur la cognée sur le tronc féodal, n’en eussent extirpé jusqu’aux moindres racines, s’ils avaient prévu qu’à l’ombre de leur équivoque gouvernementalisme, elles allaient pousser de pareils rejetons ?

Croit-on qu’au lieu de rétablir les justices seigneuriales et les parlements sous d’autres noms et d’autres formes, de refaire l’absolutisme en le baptisant du nom de Constitution, d’asservir les provinces comme auparavant, sous prétexte d’unité et de centralisation ; de sacrifier de nouveau toutes les libertés, en leur donnant pour compagnon inséparable un prétendu ordre public, qui n’est qu’anarchie, corruption et force brutale ; croit-on, dis-je, qu’ils n’eussent acclamé le nouveau régime, achevé la révolution, si leur regard avait pénétré dans cet organisme que leur instinct cherchait, mais que l’état des connaissances et les préoccupations du moment ne leur permettaient pas de deviner ?…

Ce n’est point assez que la société actuelle, par la déviation de ses principes, tende incessamment à appauvrir le producteur, à soumettre, chose contradictoire, le travail au capital ; elle tend encore à faire des ouvriers une race d’ilotes, inférieure, comme autrefois, à la caste des hommes libres ; elle tend à ériger en dogme politique et social l’asservissement de la classe laborieuse et la nécessité de sa misère. » L’Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle - Joseph Proudhon

18/05/2012

Donna Summer nous a quittés

lgpp31181+summer-love-kissing-at-sunset-poster.jpg
Après la mort de Houston, voilà que Summer nous abandonne :
je crains qu'il n'y ait plus de soleil dans la capitale du Texas... Anthony

17/05/2012

Charden parle d'Albator

16/05/2012

Proudhon sur le crédit. Partie 1

798px-Proudhon-children.jpgCes lignes, extraites de L'Idée générale de la Révolution au 19e siècle, de Pierre-Joseph Proudon, ont 160 ans :

« De toutes les forces économiques, la plus vitale, dans une société que les révolutions ont créée pour l’industrie, c’est le crédit. La bourgeoisie propriétaire, industrielle, marchande, le sait bien : tous ses efforts depuis 89, sous la Constituante, la Législative, la Convention, le Directoire, l’Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, n’ont tendu, au fond, qu’à ces deux choses, le crédit et la paix. Que n’a-t-elle pas fait pour se rallier l’intraitable Louis XVI ? Que n’a-t-elle pas pardonné à Louis-Philippe ? — Le paysan le sait aussi : de toute la politique il ne comprend, comme le bourgeois, que ces deux choses : la diminution de l’usure et de l’impôt. Quant à la classe ouvrière, si merveilleusement douée pour le progrès, telle est l’ignorance où elle a été entretenue sur la cause réelle de ses souffrances, que c’est à peine si, depuis février, elle commence à bégayer le mot de crédit et à voir dans ce principe la plus grande des forces révolutionnaires. En fait de crédit, l’ouvrier ne connaît que deux choses : la taille du boulanger et le Mont-de-piété.

Le crédit est à une nation vouée au travail ce que la circulation du sang est à l’animal, l’organe de la nutrition, la vie même. Il ne peut s’interrompre que le corps social ne soit en péril. S’il est une institution qui, après l’abrogation des droits féodaux et le nivellement des classes, se recommandât avant toute autre aux législateurs, assurément c’était le crédit. Eh bien ! aucune de nos déclarations de droits, si pompeuses ; aucune de nos constitutions, si prolixes sur la distinction des pouvoirs et les combinaisons électorales, n’en a parlé. Le crédit, comme la division du travail, l’application des machines, la concurrence, a été abandonné à lui-même ; le pouvoir financier, bien autrement considérable que l’exécutif, le législatif et le judiciaire, n’a pas même eu l’honneur d’une mention dans nos différentes chartes. Livré, par un décret de l’empire du 23 avril 1803, à une compagnie de traitants, il est resté jusqu’à ce jour à l’état de puissance occulte ; à peine si l’on peut citer, en ce qui le concerne, une loi de 1807, laquelle fixe le taux de l’intérêt à cinq pour cent. Après comme avant la révolution, le crédit s’est comporté comme il a pu, ou, pour mieux dire, comme il a plu aux détenteurs en chef du numéraire. Du reste, il est juste de dire que le gouvernement, en sacrifiant le pays, n’a rien réservé pour soi ; comme il faisait pour les autres, il a fait pour lui-même : à cet égard nous n’avons rien à lui reprocher.

15/05/2012

En hommage à Eric Charden : le générique d'Albator 78

C'est Eric Charden qui donna le nom français du Captain Harlock à savoir Albator. En outre, il composa et chanta le générique de la série Albator 78. Hommage double à ce chanteur à présent disparu et à l'anarchiste et patriote de la Terre, Albator.

14/05/2012

Antoine Chimel (Anthony Michel) Les échecs, les mots d'âme (rediffusion)


A.Chimel - Les echecs - Les maux d'âme - Sans... par Chimel_Antoine

13/05/2012

L'image du philosophe. Partie 5. Extraits d'ouvrages

« L'homme est un animal métaphysique. Sans doute, quand sa conscience ne fait encore que s'éveiller, il se figure être intelligible sans effort; mais cela ne dure pas longtemps : avec la première réflexion, se produit déjà cet étonnement, qui sera plus tard le père de la métaphysique. - C'est en ce sens qu'Aristote a dit aussi au début de sa Métaphysique:...
De même, avoir l'esprit philosophique, c'est être capable de s'étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d'étude ce qu'il y a de plus général et de plus ordinaire; tandis que l'étonnement du savant ne se produit qu'à propos de phénomènes rares et choisis, et que tout son problème se réduit à ramener ce phénomène à un autre plus connu. Plus un homme est inférieur par l'intelligence, moins l'existence a pour lui de mystère. Toute chose lui paraît porter en elle-même l'explication de son comment et de son pourquoi. » Schopenhauer - Le Monde comme volonté et comme représentation,

 « C'est, en effet, l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l'esprit ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l'Univers. Or apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance […]  Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c'est qu'évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire. Et ce qui s'est passé en réalité en fournit la preuve : presque toutes les nécessités de la vie, et les choses qui intéressent son bien-être et son agrément avaient reçu satisfaction, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. […] nous n'avons en vue, dans notre recherche, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons libre celui qui est à lui-même sa fin et n'existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit une discipline libérale, puisque seule elle est à elle-même sa propre fin. » Aristote – L’étonnement métaphysique

12/05/2012

La révolution, d'après Ernst Jünger

junger-breker.jpg
« Toutes les forces révolutionnaires à l'intérieur
d'un même État sont alliées invisiblement,
malgré leur opposition mutuelle.

L'ordre est de ce fait l'ennemi commun. »

11/05/2012

La crise, d'après Antonio Gramsci

gramsci.gif
"La crise, c'est quand le vieux se meurt
et que le jeune hésite à naître."

09/05/2012

Sur la poésie

bdtdkpzk.gif"Autour de mes 18 ans, j'ai écrit environ 200 poèmes. Et puis ça s'est énormément estompé.
A 18 ans, je commençai à écrire mon premier Toni Truand... Je préfère, à présent, nettement la prose. Occasionnellement, m'est arrivé d'écrire un poème encore...
Au niveau lecture, j'en ai très peu lue. Je préfère la force de la prose, je confirme...

Maintenant, poésie peut avoir un sens plus large. La poésie dans la vie peut rimer avec le romantisme... Dans L'Anarque, je développe l'idée suivante : la différence entre le fait anarchique et l'anarchisme que je compare à celle entre le fait romantique et le romantisme. Et je défends l'idée du fait et de l'être romantiques au-delà du simple domaine amoureux. Nous pouvons en effet être romantiques au quotidien, par rapport à bien d'autres choses, en politique, au travail, en amitié, dans la pratique de notre art, dans notre rapport à la nature, etc." Anthony sur Facebook

08/05/2012

Café philo de Bourg-en-Bresse

chez_jeanne_facade.jpgJe serai demain soir au café philo de Bourg-en-Bresse chez la Jeanne, rue Victor Basch.
Le thème sera : "La poésie est-elle nécessaire à la vie ?"
La séance sera spéciale avec, en première partie, un récital de poésie et du violon.

Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas à me rejoindre. Anthony

07/05/2012

L'image du philosophe. Partie 4. Extraits d'ouvrages

"Entre les sophistes et Socrate, où est la différence? Si, pour ce dernier, les mots nous résistent, c'est en raison de leur participation aux idées qui les rend "symphoniques". L'idée est l'âme du mot. Quand nos propos sont inattention à l'Idée, quand elle s'absente des mots que nous proférons, notre langage se défait, il se décompose comme un cadavre. Pour Socrate le langage est le médiateur de la vérité. Les sophistes au contraire livrent la vérité en pâture au langage. De l'idée philosophiquement indéniable qu'il n'est de vérité que d'un dire, ils tirent la conclusions que tout ce qu'on dit ne peut être que vrai. Le langage fait la vérité : il n'y a pas à se subordonner à elle. C'est lui qui parle et non la vérité. La vérité du langage exclut qu'il qu'il y ait un langage de la vérité. Dès lors on peut dire n'importe quoi et être doué de parole est bien être capable de tout. Sur l'affirmation de l'indépendance par rapport au réel d'un langage producteur de sa propre vérité se fonde le programme de l'homme "mesure de toutes choses". La Connaissance philosophique - Hubert Grenier

"La fraicheur, l’innocence, sont essentielles. Sans elles, la vie n’est plus que routine, habitude, ennui, ce que l’amour ne peut jamais être. La plupart des gens ont perdu le sens de l’émerveillement. Pour eux, tout va de soi. Réfugié dans la sécurité de cet état d’esprit, ils perdent la liberté et l’étonnement perpétuel de l’incertitude". Pupul Jayakar Krishnamurti

06/05/2012

Misanthrope imaginaire. Extrait spécial politique

couv-products-41515.pngUn communiste, contrairement à un individu normalement constitué qui regrette qu'il y ait tant de pauvres, regrette qu'il y ait tant de riches.
Mais bon… des années que le marteau a pris l'eau, que la faucille vacille... La leçon du communisme essayé dans la réalité ? Comme il y a des riches et des pauvres, faisons en sorte d'être tous pauvres !
Je sais pourquoi les jeunes gens ne restent plus au Parti communiste. A leur faire lire de force le Manifeste, ils en décampent. Hé oui : un Marx et ça repart !

Le livre est disponible à la vente. Son prix est de 13,90 € frais de port compris.

Comment payer par chèque ?
Laissez-moi un commentaire, je vous enverrai l'adresse où envoyer le chèque.

Comment payer par PAY PAL ?
Sur son compte PAY PAL, cliquer sur l'onglet "Envoi d'argent" en haut de l'écran.
Sur la page "Effectuer un paiement", saisir mon adresse (anto.mi@wanadoo.fr) et le montant cii-dessus.

05/05/2012

L'image du philosophe. Partie 3. Extraits d'ouvrages

"La méthode de connaissance socratique est une méthode de la clarification absolue. Elle oppose, en tant que normes, au beau et au bien simplement présumes le beau et le bien apparus dans la clarification accomplie et donne ainsi naissance à un véritable savoir du beau et du bien. Seul ce savoir authentique, originairement engendré dans l’évidence parfaite, nous apprend Socrate, est capable de rendre l’homme véritablement vertueux, ou ce qui est identique, il est seul à pouvoir lui procurer le vrai bonheur, le plus haut degré de satisfaction possible. Le savoir authentique est la condition nécessaire (et d’(après Socrate aussi suffisante) d’une vie raisonnable ou morale. La déraison, l’aveugle abandon à une vie sans lumière, l’indolente passivité qui néglige tout effort tendant à clarifier son savoir et à acquérir un savoir authentique du beau et du bien eux-mêmes, voilà ce qui rend l’homme malheureux, ce qui le fait poursuivre des buts insensés." Husserl - Extrait de Philosophie première

149578.jpg"Admettons que vous disiez : " Nous allons t'acquitter, à une condition toutefois : c'est que tu ne passeras plus ton temps à examiner les gens ni à philosopher. Mais si on t'y reprend, tu mourras. " Je vous dirais : " Athéniens, je vous sais gré et je vous aime; mais j'obéirai au dieu plutôt qu'à vous; et tant que j'aurai un souffle de vie, tant que j'en serai capable, soyez sûrs que je ne cesserai pas de philosopher, de vous exhorter, de faire la leçon à qui de vous je rencontrerai. " Et je lui dirai comme j'ai coutume de le faire : " Quoi! Cher ami, tu es Athénien, citoyen d'une ville qui est plus grande, plus renommée qu'aucune autre pour sa science et sa puissance, et tu ne rougis pas de donner tes soins à ta fortune, pour l'accroître le plus possible, ainsi qu'à ta réputation et à tes honneurs; mais quant à ta conscience, quant à la vérité, quant à ton âme, qu'il s'agirait d'améliorer sans cesse, tu ne t'en soucies pas, tu n'y songes pas! " Platon - Extrait de Théétète

04/05/2012

L'image du philosophe. Partie 2 sur 2

B. Le naturel philosophique

    Voilà pour ce qui est de ce portrait, voyons ce que nous pouvons retenir de cet exemple. Le philosophe semble un homme indépendant, mû par une recherche personnelle et sincère de la vérité. Ce souci de la vérité va si loin que Socrate va jusqu’à la mort par respect pour la vérité. Non qu'il s'agisse de sa part de fanatisme, mais plutôt de probité. Il faut comprendre par là que le philosophe et la philosophie sont inséparables. On ne peut pas séparer radicalement une philosophie et ses fruits dans la vie du philosophe. La philosophie n’est pas un savoir portatif qui peut, sans contradiction, rester sans incidence sur la vie.

    1) On n’attend pas du scientifique qu’il vive « selon » la théorie des quanta ou la théorie des ensembles, le néodarwinisme, ou la théorie sociologique de Weber etc. La compétence dans un domaine donné du savoir ne préjuge en rien d’ailleurs d’une vie difficile et obscure. Il ne faut pas demander à la science de délivrer une sagesse qui n’est pas directement son objet. Il y a d’un côté l’objectivité des théories et de l’autre la subjectivité individuelle. La mise en rapport de la subjectivité et de l’objectivité n’est pas l’objet de la science. La physique n’est ni une sagesse, ni une philosophie. Elle est un savoir, fondé sur l’approche objective de la connaissance. En tant qu’homme, le physicien peut avoir une certaine vision de la vie, un art de vivre, mais justement, cette vision, parce qu’elle est subjective relève plus de la philosophie, que de la science pure. Une philosophie s’assume nécessairement dans la vie concrète. Une philosophie qui ne serait pas vécue, qui ne serait qu’un savoir objectif ne serait même pas une philosophie. Sans cette marque de personnalité attachée à la connaissance philosophique authentique, la philosophie deviendrait un savoir dogmatique.
    Ce qui est très caractéristique de l’attitude philosophique, c’est cette manière personnelle que nous avons de penser la Vie comme une totalité, dont nous ne nous sentons à aucun moment séparé. On peut dire qu’il y a dans la visée de la philosophie un effort d’auto-compréhension de la Vie, une manière pour la vie de se comprendre elle-même en nous, dès que nous prenons quelque peu conscience de son sens et de sa portée. Cela nous choquerait qu’un philosophe dise une chose et fasse le contraire ! Cela doit nous choquer, car c’est un problème proprement philosophique. On attend du philosophe au minimum une certaine cohérence, car il a souci d’appliquer étroitement la connaissance à la vie. Remarquons qu’en cela, le philosophe est proche de l’artiste, car nous faisons bien un rapprochement entre l’art et la vie. On dit « c’est un artiste » à propos de quelqu’un pour souligner quelques excentricités de comportement, d’habillement, une vie de bohème. Il nous paraît tout naturel que l’on soit artiste dans la vie comme devant une feuille de papier, un bloc de pierre, une partition.

    2) Il semble donc que l’on puisse parler d’un naturel philosophique, d’une sorte de disposition à la compréhension globale de la vie, tout particulièrement exercée par ceux que l’on appelle les philosophes, mais qui reste latente en chacun de nous. C’est un style ou un tour d’esprit si l’on veut, à condition que l’on prenne garde au fait qu’une seule chose importe par-dessus tout pour faire d’un homme un philosophe : le souci de la vérité. Ce souci sans compromis amène pour conséquence la volonté de vivre dans la vérité. C’est en ce sens que nous dirons que le philosophe est l’homme de la Pensée, parce que c’est la Vérité qui est l’objet même de la philosophie.
    On retrouve dans les textes d’Épictète quelques descriptions de ce naturel philosophique. Épictète nous répète ceci : « ne te dis jamais philosophe, ne parle pas abondamment, devant des profanes, des principes de la philosophie ; mais agis suivant ces principes. Par exemple, dans un banquet, ne dis pas comment il faut manger, mais mange comme il faut. « Se dire philosophe » relève du faire voir, « agis selon les principes » relève de l’être. Si tu veux être philosophe sois ce que tu es, une intelligence claire en accord avec ce qui est. Est philosophe celui qui assume la vocation de la Pensée. On peut dire, comme le souligne fortement Héraclite, que le philosophe est un être hors du commun, mais non pas dans un sens d’une quelconque supériorité ou dans un quelconque mépris. Il ne veut pas se contenter de faire partie du lot des humains, mais suivre cela qui est le meilleur, qui fait son métier d’homme selon une formule d’Alain. Faire partie du lot des humains signifie ici se contenter de vivre, sans avoir le souci de bien vivre. La différence entre vivre et bien vivre est philosophique, caractéristique du tempérament du philosophe.
    Cela ne va pas sans une certaine solitude de la pensée prenant ses distances vis-à-vis de l’opinion et sans un sens aigu de la recherche toujours en mouvement vers le vrai et l’authentique. La philosophie n’est jamais close, elle est toujours en marche. Elle exige une intelligence prompte et toujours en éveil. Est philosophe celui qui n’est pas pressé d’en finir avec le mystère de la Nature et la complexité troublante du réel, est philosophe celui qui cherche à comprendre et ne se laisse pas dérouter. Un esprit qui prétend tout savoir ou qui prétend pouvoir s’arrêter à ce qu’il sait déjà est un esprit endormi dans la stupidité.
    Cela lui ôte une très grande qualité : la capacité de s’étonner et de s’émerveiller, comme le dit Platon dans le Théétète Quand l’esprit est imbu de lui-même, il est émoussé, il perd la capacité de s’émerveiller de ce qui est, de goûter la fraîcheur toujours nouvelle de chaque instant. Est philosophe celui qui garde cette capacité rare de s’étonner de tout, celui pour qui rien n’est en soi banal, ni insignifiant. L’émerveillement confère à l’esprit un renouvellement constant de son intérêt, une ouverture et une simplicité libre de toute présomption. L’attitude philosophique, à coup sûr, n’a pas le prétendu « sérieux  » de ceux qui sont si fort occupés dans le monde qu’ils n’ont d’attention pour rien d’autre que leur activité. Or rien n’est sérieux que l’attention que l’on consacre à une chose.
    Platon écrit dans le Théétète : « Cette passion est vraiment d’un philosophe que l’émerveillement. Il n’y a point d’autre commencement à la philosophie que celui-ci, et celui qui a dit qu’Iris était fille de merveille ne savait pas mal sa généalogie ». Tel est le point de départ positif de la philosophie. Pouvoir s’émerveiller, c’est pouvoir congédier le voile des représentations toutes faites qui s’interposent entre nous et le réel, pouvoir être touché au cœur par la présence de ce qui est. Si nous osons nous regarder en face avec suffisamment d’honnêteté, nous verrons à quel point notre existence quotidienne est la plupart du temps troublée par la confusion qu’engendrent nos préoccupations un peu courtes et nos idées arrêtées. Notre intérêt est si distrait au monde présent que ce monde n’est jamais étonnant. Il n’a de sens qu’en vertu d’une utilité momentanée que nous pouvons lui trouver. Il n’a pas de Sens en lui-même.
    Et dire que parfois on prétend que par tempérament les philosophes sont des rêveurs ! c’est un préjugé très simpliste. Qui rêve ? Qu'est-ce qu'un rêveur? Qu'est-ce que regarder le monde avec lucidité et sérieux  ? Qui a un souci de ce que peut-être le monde réel ? On voudrait nous faire croire que seuls les gens actifs sont « réalistes ». Il faut examiner ce qu’est cette « réalité » dont on nous rebat les oreilles. Il faut avoir les pieds sur Terre c’est entendu, mais qu’est-ce que vous appelez « terre » ? Sur quelle réalité vous appuyez-vous ? Que signifie cette réalité concrète des gens pratiques ?
    Soyons clair, le philosophe n’est pas un doux rêveur perdu dans ses fantasmes. Nous définissons la philosophie au contraire comme une forme de lucidité supérieure à la vigilance quotidienne. D’autre part, la Réalité ne s’arrête pas à la satisfaction des besoins matériels, à l’importance d’un chiffre d’affaire, à une somme de petits intérêts et de divertissements, à une foule de désirs inassouvis.

    3) On peut repérer un point de départ négatif de la philosophie dans la conscience du caractère extrêmement relatif des opinions dans leur appréciation du réel. Nous voyons bien autour de nous à quel point les hommes se disputent à partir d’opinions contraires, les uns prenant un parti, les autres l’opposé. Les conflits tiennent à des visions unilatérales, à l’affrontement d’opinions qui se croient définitives et identiques au vrai. Nous avons besoin de nous dégager de l’opinion pour la juger d’un point de vue plus élevé, pour remettre chaque affirmation à sa juste place dans la totalité du Réel. La philosophie est là pour apporter un outil de discrimination correcte. Épictète résume cette exigence ainsi : « voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l’origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l’opinion pour savoir si on a raison de la tenir, l’invention d’une norme, de même que l’on a inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et tordu ». C’est d’autant plus important dans un monde soumis à une pléthore d’informations. Comme le dit Edgar Morin dans Science avec conscience :« L’excès d’information nous plonge dans un nuage d’inconnaissance ». On est comme étourdi devant le bombardement hypnotique de la télévision, on est laissé sans jugement, plongé dans l’ébahissement des images. Ensuite, on ne fait souvent que répéter ce que l’on croit avoir compris. Cela engendre de la confusion et un esprit qui est confus ne peut-être intelligent. C’est un esprit qui croit savoir, mais en réalité ne sait rien. La question essentielle est bien celle-ci : peut-on sortir de la confusion ? Est-il possible de vivre une vie qui soit portée par le besoin de comprendre? La soif de connaître n’est-elle pas la marque spécifique de l’humanité  ? Celui qui n’en a aucun souci n’est il pas comme dans la somnolence d’une vie qu'il se contente de vivre ? Tant qu’il y a un souci de la vérité, il y a de l’humain et il y a aussi un intérêt qui vous fait entrer directement dans le champ de la philosophie.

    Tels sont donc les éléments du naturel philosophique et les conditions qui font naître le besoin de la philosophie et cette étonnante liberté de penser qu’elle incarne. La liberté de penser s’incarne de manière exemplaire chez des hommes que nous appelons les philosophes. Chaque fois qu’un être humain prend au sérieux cette vocation de la pensée, au point de s’y consacrer et même d’y consacrer sa vie, nous le désignons comme un philosophe.
    Prenons garde seulement à ne pas faire de confusion. Le philosophe n’est pas seulement un intellectuel engagé, tel que les médias le présentent parfois. Loin des médias, le philosophe n’est pas ou seulement l’image d’un professeur de philosophie, qui modestement tente de faire partager la connaissance philosophique et ses exigences. Ce n’est pas seulement un personnage qui serait un « spécialiste », un érudit de la philosophie, un philologue.
    Au fond, il y a un tour d’esprit qui caractérise le philosophe amoureux de la sagesse et qui donne une trempe de philosophie à celui qui en a l’audace. Nous devenons nous-mêmes philosophes chaque fois que nous posons des questions essentielles et que nous exigeons sérieusement des réponses. On devient philosophe quand on aime la vérité pour elle-même. sergecar.perso.neuf.fr/

03/05/2012

L'image du philosophe. Partie 1 sur 2

   Nous avons tous entendu parler des « philosophes ». Pour beaucoup d’entre nous ce sont des  personnages célèbres que l’on peut identifier dans l’histoire à travers quelques figures que la tradition nous a laissées : Socrate, Platon, Aristote, Plotin, Épictète, Marc-Aurèle pour l’Antiquité ; Descartes, Spinoza, Leibniz, pour la période Moderne ; Kant, Hegel, Bergson ou Heidegger pour la période contemporaine. Ces hommes répondent au qualificatif général de « philosophes » pour quelle raison ? C'est un peu comme quand on dit de A ou B, c'est un "artiste" ou un "scientifique". Cela veut dire qu’ils incarnent, plus ou moins bien, un certain type idéal, comme Picasso ou Van Gogh répondent au qualificatif du type de l’artiste, comme Einstein est pour nous le type idéal du scientifique. Nous reconnaissons en eux des traits caractéristiques de ce que nous croyons être le « philosophe ».

    Mais que veut donc dire être un « philosophe » ? Est-ce que Platon, Descartes ou Spinoza sont conformes à l’opinion vague que nous nous faisons de la philosophie ? Ou bien n’est ce pas plutôt qu’ils ont réalisé d’une manière vivante et personnelle ce qu’est la philosophie ? Ce n'est peut-être pas la même chose. Pourquoi dire de Descartes, de Spinoza qu’ils sont des philosophes ?

    En d’autres termes : Qu’est ce qu’un philosophe ? Pour répondre à cette question, il faudra composer une sorte de portrait du philosophe et vérifier dans quelle mesure il est effectivement reconnu comme tel. Nous devrons examiner ensuite la métamorphose qu’a pu subir la représentation du philosophe d’époque en époque.

socrate.jpgA. Le modèle de Socrate

    Comme nous débutons, il est bien plus facile de commencer par des exemples concrets. Nous pourrions nous arrêter sur plusieurs grandes figures comme Épictète ou Spinoza. Nous choisirons Socrate, parce que l’on a souvent vu en lui le père de la philosophie occidentale et le type peut-être le plus achevé du philosophe. Socrate incarne d’une certaine manière une vocation de la philosophie qui est exemplaire. Nous pouvons donc préciser notre question en demandant : qui était Socrate ? En quoi est-il effectivement un philosophe ?

    L’histoire et la biographie de Socrate nous renseignent assez peu. Son père était sculpteur, sa mère sage-femme. Son origine n’était pas aristocratique, il était simple citoyen d’Athènes. Qu’a-t-il fait d’extraordinaire pour qu’on le désigne comme philosophe ?

    Marquons un temps d'arrêt. Est-il seulement pertinent d’aller chercher une sorte de manière de se distinguer qui ferait de Socrate un philosophe ? Voyons ce que vaut ce préjugé consistant à croire que le philosophe est quelqu’un qui se distingue. Il n’y a rien d’extraordinaire dans la vie de Socrate, si ce n’est justement sa mort. On ne devient pas philosophe, comme on devient un héros quand on gagne une bataille à la guerre, ou parce que l’on remporte un tournoi sportif. La philosophie n’est pas une manière de se distinguer dans une action d’éclat, ni de poser, elle ne se montre pas sur une seule action exceptionnelle. Nous ne pourrons être philosophe que dans l’ordinaire de la vie, dans la vie quotidienne et non pas seulement dans des situations d’exception, ni pour « montrer » qu’on l’est. D’ailleurs, celui qui se prétend philosophe l’est-il vraiment ? Celui qui se donne des airs de philosophe n’est certainement pas un philosophe, mais seulement un poseur, vantard, un pédant, une caricature de philosophe. Cette première leçon de modestie est très présente dans la vie simple de Socrate.

    Socrate est décrit comme un homme qui vit au contact de ses semblables dans la Cité. Il ne s’est pas enfermé dans une tour d’ivoire intellectuelle, ce n’est pas un reclus. Il n’y a chez Socrate ni mépris, ni distance vis-à-vis d’une foule qu’en tant que philosophe il pourrait peut-être (c’est un autre préjugé) considérer comme « inculte ». Le philosophe ne fuit pas le monde . Ce n’est pas un ascète ou un « marginal ». Il vit dans le Monde, il assume les responsabilités de la vie sociale et de sa propre condition humaine. La philosophie n’est pas une dérobade romantique dans de belles idées, loin des contingences du Monde. Socrate assume une vie publique ordinaire et même toutes ses responsabilités quand vient son tour d’être à la présidence du Conseil d’Athènes. C’est un patriote attaché à son pays et aux lois de la Cité. Il y a cependant une nuance qui ne fait pas de Socrate un politicien. Socrate est resté assez distant vis-à-vis de la carrière politique. L’ambition du pouvoir ne semble pas avoir eu d’effet sur lui. C’est un point que nous pourrions développer à l’adresse de ceux qui font du philosophe seulement un « intellectuel engagé ». Le philosophe en tant que tel n’est pas l’homme d’action, le politique engagé dans le monde pour la défense d’une politique, d’un parti, d’une idéologie. L’attitude partiale du doctrinaire dans les polémiques sociales, la prépondérance qu’il tend à mettre de l’action au dépens de la réflexion, vont à l’encontre de l’esprit philosophique. Cela ne veut pas dire que le philosophe se replie sur lui-même, ni qu’il fuit le monde et tout engagement. Entre l’engagement frénétique et le repli frileux, il y a une position essentielle sur laquelle nous reviendrons : celle de l’observateur lucide de son temps ou du témoin impartial de la réalité.

    Physiquement, Socrate était décrit comme un homme assez trapu, au nez camus et au regard vif. Ses contemporains racontent qu’il était doué d’une santé inaltérable qui le rendait capable de se passer de sommeil, tout en demeurant égal, indemne, même quand le vin coulait à flot dans les banquets. On raconte que lors d’un banquet, alors que tout le monde s’était endormi, Socrate se lève et s’en va  passer sa journée comme à l’accoutumée. Il semble aussi doué d’une puissante concentration. « ... il pu se comporter d’une manière très insolite. En chemin, il reste en arrière, les yeux fixés devant lui. Il peut rester ainsi debout une nuit entière. Quand vient l’aurore, ‘il fit une prière au soleil et s’en alla’ ". Cette capacité de concentration et cette vigilance constante ont aussi un rapport avec ce que nous appellerons la vigilance philosophique. Nous verrons qu’il y a nécessairement dans l'attitude philosophique une conscience plus élevée que celle que nous déployons d'ordinaire.

    Mais où commence donc la philosophie avec Socrate ? Traditionnellement, on répond à cette question en considérant la manière très originale qu’a Socrate d’user du dialogue. Socrate passe son temps à vagabonder dans Athènes pour s’entretenir avec les hommes de toutes conditions. Cependant, il ne fait pas pour autant de bavardage . C’est justement quand on a compris avec Socrate et Platon son disciple, ce qu’est une conversation philosophique que l’on commence à percevoir la différence entre le bavardage et le dialogue. Il ne s’agit pas ici de brasser des mots, de parler de tout et de rien et pour ne rien dire, de meubler la conversation, histoire de parler, de se répéter toujours les mêmes choses. Le bavardage est une conscience limitée de la Parole, une parole qui n'a rien à dire et qui a si peu de présence qu’en réalité, elle ne s’adresse à personne et ne fait pas même pas attention à ce qu'elle dit. Dans un dialogue, à l'inverse, l’attention est plus vive. Deux éléments sont essentiels au dialogue : je m'adresse à quelqu'un et nous avons quelque chose à dire et non pas rien. Socrate ne bavarde pas parce qu’il se met très vite à poser des questions et à insister pour qu’on lui réponde. Philosopher, c'est poser des questions. Le scénario est identique dans à peu près tous les dialogues platoniciens. Socrate rencontre Critias, (ou Charmide etc.) , discute avec lui et l’interroge sur ce qu’il a fait ou vu. La conversation s’oriente ensuite sur un thème qu’elle approfondit. Supposons qu’à la sortie du palais de justice nous croisions un juge. Au delà des considérations purement techniques de son métier et des banalités convenues, nous aurons peut-être le désir de lui demander à la manière de Socrate : « tu rends la justice tous les jours, tu dois donc pouvoir m’éclairer, qu’est ce que la justice ? ». Si nous posons cette question avec insistance, nous n’attendons pas seulement que l’on nous donne un catalogue d’exemples : tel procès, telle ou telle affaire sensationnelle. Nous n’approchons pas le magistrat en journaliste. Nous voulons savoir ce qu’est la justice, quelle est son essence, indépendamment de telle ou telle condition particulière de son application. Et il en est de même pour toute question qui vise l’essence : ce qu’est le courage, l’amitié, l’amour, la haine, la mort, le désir, la peur ou la médiocrité. (texte) C’est justement ce que ne voient pas au début les interlocuteurs de Socrate. Ils croient pouvoir contenter une curiosité un peu naïve avec quelques opinions convenues, des faits en tout genre, mais donner des faits ce n’est pas définir avec rigueur, aller vers l’essence. Socrate écoute, pèse les mots, les réponses, examine attentivement et met en évidence ce qui est insuffisant, contradictoire ou accessoire. Le résultat qui apparaît, c’est d’abord ce caractère assez creux des réponses les plus courantes, des opinions. L’auditeur prend conscience du vide des opinions et se rend compte qu’il croyait savoir beaucoup de choses, alors qu’au fond il ne sait rien.

    Cette situation implique, pour nous qui n’avons fait que commencer notre voyage philosophique, que nous passons en fait notre temps à nous payer de mots sur l’essentiel sans vraiment savoir ce qu’est la justice, la vertu, le courage, la sagesse, la beauté, en bref sans savoir ce qu’est la Vie. Que d’années peut-on passer à se payer de mots sans vraiment connaître ! En prendre conscience n’est pas très agréable, c’est un moment négatif de lucidité, mais essentiel dans la mesure où nous sommes à ce point immergés dans l’opinion, que nous ne sommes même pas capables de reconnaître notre ignorance. Le drame de l’ignorant, c’est justement de ne pas avoir conscience de son ignorance ! Le drame de l'ignorance, c'est d'engendrer une vie qui est comme hébétée parce qu'elle ne se connaît pas elle-même. Il y a dans la provocation de Socrate un brutal réveil qui conduit à un constat : je croyais savoir, mais au fond je ne sais pas. Je découvre maintenant à quel point je suis ignorant, et ignorant sur les questions les plus importantes de la vie, sur ce qui donne à la vie tout son sens. Il faut en passer par là quand on est ligoté par des préjugés, dans la suffisance de son savoir. Un esprit qui reconnaît ses limites est ouvert, un esprit qui croit être au courant de tout est borné, parce qu’il a des idées sur tout. L’ignorant le plus revêche, ce n’est pas celui qui a l’esprit vide, c’est celui qui a l’esprit encombré d’opinions creuses, d’une connaissance de seconde main, d’une connaissance de pacotille. C’est celui-là même dont le bavardage peut frapper les oreilles, mais qui ne fait pas illusion, pour peu qu’il soit soumis à l’examen.

    Socrate, c’est assez original pour que l’on s’y arrête, ne nous paraît pas philosophe parce qu’il proposerait un savoir de plus, un savoir plus prétentieux que les autres, une doctrine ésotérique qui prétendrait à elle seule tout expliquer. Il est philosophe dans sa remise en question du savoir et dans son exigence de justification. En face de Socrate, il y avait les Sophistes, ceux-là qui allant de ville en ville prétendaient justement pouvoir tout enseigner. Socrate est philosophe dans cette étrange affirmation : il a conscience qu’il ne sait rien. La philosophie commence dans le non-savoir. Socrate explique que ce qu’il ne sait pas, il ne prétend pas non plus le savoir, comme ceux qui vendent si cher des leçons sur tout, sur la rhétorique, la vertu ou la justice. Un esprit qui commence par la vacuité libère immédiatement son intelligence. Il ne s’appuie pas sur un savoir entendu, il exige en toutes choses une justification. Il est mûr pour une compréhension juste. Comprenons bien le tour du dialogue socratique. Ce n’est pas un jeu gratuit qui viserait à dérouter simplement l’auditeur. Le philosophe n’est pas une sorte de discoureur vicieux qui ne chercherait qu’à embarrasser les autres. La philosophie n’est pas l’éristique. L’entretien philosophique est sincère parce qu’il vise la vérité, il est porté par une invincible confiance dans la vérité qui se montre au cours d’une mise en question inflexible. Accepter avec loyauté de ne rien savoir, ce n’est pas se décider pour le « rien », et jouer des grands airs sur le néant des choses humaines et du savoir humain, ce n’est pas tout nier, tout critiquer. C’est plutôt rechercher la totalité de ce qui est, affirmer ce qu’il en est de la vérité de ce qui est. Socrate semble dans cette démarche ne pas reconnaître d’autorité extérieure, que ce soit dans l’opinion ou dans la référence à des auteurs célèbres qui font autorité. Qu’importe l’opinion, ce que l’on peut dire, et même ce que l’on pense de moi, dira-t-il au procès. Qu’importe ce que disent les accusateurs et leurs mensonges. La vérité seule a autorité. Socrate ajoute que la voix intérieure, le daimon, ne l’a pas arrêté et seule cette voix est une autorité (texte). La conscience intérieure est la seule autorité, parce qu’en matière de vérité l’esprit ne doit s’incliner que devant l’évidence.

    La sophistique contre laquelle se bat Socrate bien au contraire suit le pli de la démagogie et n’accorde pas à la vérité toute son importance. La rhétorique des sophistes est un art de la persuasion (texte) qui peut se détourner de la vérité, puisque ce qui importe c'est que le rhéteur parvienne à ses fins. La rhétorique permet à l’orateur de parler au niveau du pathos, (texte) de l’affectivité immédiate, le résultat recherché étant un pouvoir, un empire sur l’auditoire. Le rhéteur construit son discours sur l'intention de commander aux hommes. (texte) Les sophistes savent qu’il y a une magie des mots et une élégance du discours qui fait mouche, pour peu que l’on sache l’employer avec habileté. Dès le début de L’Apologie de Socrate, Socrate se défend de cet usage de la parole et il explique qu’il n’a pas de mots fleuris à offrir, qu’il ne sait pas manier la parole pour émouvoir à la manière des Sophistes, qu’il se contentera de dire la vérité avec les premiers mots venus. Ce n’est pas un hasard si cela apparaît dans la première page de L’Apologie de Socrate. C’est un enjeu que nous retrouverons constamment dans l’histoire de la philosophie, parce qu'il est présent ici et maintenant dans notre rapport à la Parole. Il est remarquable que Socrate, dans le bouillonnement de la pensée antique, se présente sans apporter une doctrine nouvelle. Il n’oppose pas une doctrine à une autre. La philosophie peut être considérée comme un exercice de lucidité, nu et sans présupposé. Socrate constate l’effondrement de la Cité grecque, la corruption des mœurs dont le ferment semble être la sophistique elle-même. Il avoue que devant un tel problème, le savoir de son époque, la philosophie de la Nature d’Anaxagore, n’apporte guère de solutions. Accumuler un savoir ne construit pas l’homme intérieur. L'accumulation du savoir ne nous aide pas, quand est en jeu le salut de l’homme et celui de la Cité. Alors que faire ?

    Il ne reste que la libre recherche capable de déraciner l’erreur, le souci de placer l’âme devant elle-même, pour lui redonner le désir du Vrai. Réduit à très peu de mots cela tient à une formule très dense : Connais-toi toi-même ! Tel est le point de départ de la philosophie socratique. Et de la philosophie tout court. C’est qu’au fond, la vérité n’est pas dans les livres, mais en nous, elle est dans l’âme elle-même. La vérité est la vie intime de l’esprit. Socrate est celui qui, par son enseignement, vise moins à gorger l’esprit d’idées nouvelles, qu’à faire accoucher l’esprit de la vérité qu’il porte en lui, sans vraiment le savoir. Réveillé par Socrate, le disciple n’apprend pas, il comprend, il s’éveille et découvre ce qu’au fond il avait toujours pressenti. Il entre en possession de cette vérité qui n’était auparavant qu’à l’état d’opinions flottantes. L’exemple de Socrate nous montre que la vérité, si elle n’est pas un simple savoir que l’on « apprend » dans les livres, réside plutôt dans l’âme du disciple qui la découvre (texte). Elle est en nous et ne demande qu’à se manifester, dans le cours d’une investigation correctement conduite. Socrate est philosophe au sens où il est un éveilleur. Il se présente lui-même, à l’image de sa mère, comme un accoucheur, mais un accoucheur d’esprit. Socrate pratique ce que l'on appelle la maïeutique, l’art de faire accoucher l'esprit de la vérité qu’il porte en lui. Réveillé par Socrate, celui que l’on peut nommer à juste titre le disciple, n’apprend rien qui soit vraiment extérieur, il effectue plutôt une sorte de réminiscence d’une vérité qui était depuis toujours en lui, mais qui restait comme à l’état latent. Il dé-couvre ce qu’il avait au fond toujours su, mais qui était resté voilé, il se réveille de la torpeur de son ignorance. Telle est l’authentique expérience de la compréhension, tel est l’Éveil de l’intelligence. sergecar.perso.neuf.fr/

02/05/2012

L'intelligence, selon Frédéric Dard

60832292.jpg"L'intelligence, c'est ce qui permet à un individu de communiquer avec tous les autres. Elle implique, non seulement la compréhension, mais également la bonté. Partant de là, j'affirme, je clame, qu'il n'existe pas de salaud intelligent.
L'intelligence, c'est la tolérance. Elle ne doit s'insurger que contre la connerie, lorsque la connerie atteint des points de violence culminants; qu'elle devient tyrannique, répressive, contraignante.
L'intelligence, c'est la main tendue, le sourire tendu, le coeur tendu. Elle se nourrit davantage d'amour que de culture.
L'intelligence, c'est la fantaisie. C'est le grain de folie qui ne doit jamais germer, mais qui pimente si bien la grisaille quotidienne.
L'intelligence, c'est la modestie foncière, la permanence de la notion de fin dans l'esprit d'un homme.
L'intelligence, c'est la charité, c'est faire sienne la douleur des autres.
l'intelligence, c'est le respect de la paix sous toutes ses formes, c'est l'amour de ce qui est juste.
L'intelligence, c'est la mémoire d'un bonheur qu'on a jamais connu, mais qui vous sert d'espoir.
L'intelligence, c'est de dominer ses bassesses pour rester disponible.
l'intelligence, c'est regarder, entendre, toucher, humer, goûter le monde en tentant d'affiner ses sens au maximum pour en avoir une plus délicate perception." Frédéric Dard