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05/06/2014

Le désir d'anarchie

couv-products-99349.pngErnst Jünger écrit concernant l’histoire des hommes des cent dernières années : « [...] tout rationalisme mène au mécanisme et tout mécanisme à la torture, comme à sa conséquence logique : ce qu’on ne voyait pas encore au XIXe siècle. Il ne faut rien de moins qu’un miracle pour sauver l’homme de tels tourbillons. Et ce miracle s’est produit d’innombrables fois […] Cela s’est vu jusque dans les prisons […] En toute occurrence, envers chacun, l’homme seul peut ainsi devenir le prochain — ce qui révèle son être inné. » Il évoque ensuite « la personne du gardien qui glisse secrètement au prisonnier un morceau de pain. De telles actions ne peuvent se perdre : et c’est d’elles que vit le monde. Elles sont les sacrifices sur lesquels il est fondé* ». De là, l’Anarque oppose au fait mécanique le fait anarchique.
Outre, comme on les a déjà vus, les microcosmes généraux (mental, social) d’un homme qui incluent son conditionnement, il en existe d’autres à l’infini. En fonction de l’activité d’un individu, ils naissent et disparaissent. Puis ils renaissent, etc. L’homme en est le perpétuel bâtisseur. Des amoureux se retrouvent en catimini dans une chambre d’hôtel. L’homme ferme la porte derrière lui. Qu’importe le régime sous lequel vivent lui et sa bien aimée. Cette femme est peut-être la fille d’un bourreau, cet homme le frère d’un esclave. Ou bien ils sont de nationalités qui, pendant ce temps, se disputent sur le champ de bataille. Qu’importe, je répète. Ils vont, durant un instant – quelques heures ou une nuit –, se couper du monde extérieur en recréant leur propre monde alimenté d’un amour réel c’est-à-dire anarchique, qui existe malgré la pression alentour, la terreur éventuelle que le régime répand. Ces amants ne peuvent échapper totalement à leur conditionnement respectif, ils savent néanmoins être les créateurs d’un instant d’attentions partagées, de délicatesse authentique.
Jamais un système n’arrivera à bout du désir d’anarchie, qui, au fond, est très lié à ce qu’il y a de plus simple et beau en l’Individu. Il y aura toujours au moins un être avec ce ressenti, pratiquant sa moralité qui découle de la proportion anarchique de son esprit.
Quand un homme se met à lire un livre, un microcosme se fabrique également. Il se constitue de cet homme, du livre et de la lecture. Icelle est le champ d’interactions de ce microcosme. Plongé dans sa lecture et dans l’imagination des situations qu’il rencontre en lisant, l’homme crée, en effet, un microcosme. En général, il n’en a même pas conscience.
Témoigner de l’Anarchie est l’affaire du philosophe ou juste de l’homme en quête de spiritualité dans le but de parfaire sa liberté. Le fait anarchique est propre à la nature humaine en recherchant en permanence, ici où là sur la planète, l’assurance des libertés individuelle et partagée.
En vérité, l’homme riche a plus de moyens de révolutionner que l’homme pauvre. Je parle ici de moyens financiers ; l’argent – puisqu’il existe, que nous le voulions ou non – constitue matériellement
le nerf capital du combat révolutionnaire. Il permet d’aider les plus démunis, d’organiser des manifestations, de mener des offensives à l’égard des oppresseurs. C’est pourtant l’homme pauvre qui a le plus besoin de cette révolution. Il peut au moins compter sur ces hommes vivant dans sa condition et conservant un sens de la solidarité. Prêts à devenir des rebelles, leurs moyens sont d’abord spirituels. Ce qui n’est absolument pas négligeable. Au contraire, c’est ce que l’Anarque reconnaît en premier lieu. Seulement, celui qui a faim ne peut mettre de grands moyens matériels dans sa révolte et risque d’être grandement découragé. Quant à celui qui n’a pas faim, il se peut qu’il ne voie pas pourquoi révolutionner. Tant que les frigidaires ne sont pas vides, personne ne veut bouger. Lorsqu’ils le sont, personne ne peut plus bouger. Remarque pessimiste ?

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